Archive | novembre, 2012

Splendeurs et misères de la vie de prestataire

30 Nov

Laissez-moi vous narrer ce soir la belle histoire des nombreux travailleurs qui sont (peut-être) vos fournisseurs.

Nous sommes ainsi nombreux dans les sociétés dites « de services » à avoir ce statut. Il en est de même des autres secteurs bien sûr, mais mon parti pris est de m’exprimer sur ce que je connais, ma tendance à la digression est déjà prononcée, nul besoin d’en rajouter. Pour faire bref et resituer le concept, un prestataire est un parfois un individu, le plus souvent une entreprise qui réalise une mission (ou conçoit un produit) pour le compte d’une autre.

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Un prestataire, donc, a donc l’insigne honneur d’être ce que l’on pourrait appeler le dernier maillon d’une chaîne plus ou moins longue. Et à ce titre d’être bien souvent celui sur lequel retombent à la fois les tensions qui sont venues s’accumuler et l’héritier involontaire des dysfonctionnements qui se sont insidieusement installés au fur et à mesure du déroulement du process. Avec l’expérience, il veillera donc à mettre en application quelques principes fondamentaux, lui permettant de mener à bien son projet sans exploser en vol.

En premier lieu, il convient d’adopter une attitude empathique vis-à-vis de son client, même lorsque celui-ci, effet boule de neige oblige, se présente dans un état de colère ou de nervosité tel que même avec le ciré jaune le plus épais qui soit, il soit impossible de rester imperméable au stress véhiculé. Lorsque ce cas (hélas de plus en plus fréquent) se produit, et notre « sens du service au client » se trouve mis à mal par l’envie de raccrocher violemment en envoyant valser le combiné, ou de quitter la réunion en lui hurlant « vous me faites chier » au visage, il est donc nécessaire de trouver les bons moyens pour calmer le jeu. Quelques options s’offrent à lui, parmi lesquelles certaines ont une certaine efficacité :

  • D’abord, laisser parler le client : si vous êtes vous-même fatigué pour des raisons liées à la mission ou à d’autres tâches que vous effectuez en parallèle, vous pouvez même vous dispenser d’écouter réellement ce qui se dit, l’essentiel est que les personnes présentes aient le sentiment d’avoir pu s’exprimer et/ou la satisfaction de vous avoir mis un petit coup de pression supplémentaire et se donner ainsi l’illusion de leur propre pouvoir.
  • Ensuite, prendre un temps très bref pour montrer que vous avez suivi (donc même si vous n’écoutez pas vraiment, notez une ou deux phrases et surtout repartez des derniers mots prononcés en les paraphrasant, c’est quasiment imparable.
  • Lorsque les attentes formulées sont irréalistes (ou hors budget, mais j’y reviendrai), faites-le lui comprendre avec diplomatie (ou glissez une allusion au budget mais sans insistance, chaque chose en son temps). S’il insiste et si la demande est réellement impossible à satisfaire, il est possible, en veillant à ne pas se montrer discourtois, de dire de façon un peu plus directe que vous ne pouvez pas vous engager dans cette voie. Dire oui à tout est en effet la pire des attitudes possibles.
  • Ne pas hésiter à user et à abuser de votre position d’expert. Le client fait appel à vous justement pour cela, c’est le moment de lui montrer avec brio que vous connaissez votre métier et que vous avez une solution à lui proposer. Si malgré tout il s’obstine et veut imposer une idée qui est à côté de la plaque, peu pratique à mettre en œuvre, voire franchement farfelue, le mieux est de lui faire comprendre avec tact mais aussi avec conviction que vous ne cherchez pas à lui apprendre son métier, et que vous connaissez le vôtre, chacun ses attributions et les vaches seront bien gardées…

Dans la très grande majorité des cas, ces méthodes fonctionnent. Toutefois, si en dépit de tous les efforts que vous avez déployés, vous vous trouvez face à une forte tête qui n’en démord pas, il est toléré, dans des cas exceptionnels (en vous assurant au préalable de l’appui de votre boss) de couper court à la conversation ou à la réunion avec une phrase du type « nous n’arrivons pas à nous entendre, je propose que nous arrêtions là et que nous reprenions cette discussion ultérieurement ». Un soupçon d’énervement vous sera pardonné dans ces circonstances exceptionnelles.

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A ce stade, il me paraît nécessaire de faire un  petit aparté sur la typologie des clients rencontrés, je tâcherai d’être succincte, mais il est important de bien savoir à qui vous avez à faire pour adapter votre manière d’agir :

  • Le client bordélique, qui ne sait pas réellement ce qu’il veut, ni les moyens dont il dispose, et qui ne vous fournit jamais les éléments dont vous avez besoin. Il est à fuir autant que possible ou à contourner en passant par d’autres membres de l’équipe dédiée au projet sur lequel vous travaillez.
  • Le client marchand de tapis, qui discute l’un après l’autre chaque poste de coût en cherchant à savoir s’il peut gagner quelques euros sur telle étape en faisant 5% par lui-même et si en contrepartie vous pouvez lui faire cadeau d’un produit ou d’un service supplémentaire puisque vous avez beaucoup gagné grâce à son geste. En général, la négociation elle-même prend un temps qui mériterait d’être facturé. Mais comme chaque client compte, il faut lui donner l’impression d’avoir été gagnant tout en cédant sur un point qui à vous ne vous coûte pas trop de temps et/ou d’argent.
  • Le client stressé, qui subit énormément de pression de divers interlocuteurs à l’intérieur et/ou à l’extérieur et qui ne peut se départir de son angoisse même avec la meilleure volonté du monde. Si vous parvenez à le rassurer, c’est gagné.
  • Le client qui croit tout savoir, déjà esquissé un peu plus haut, qui s’est auto-persuadé que son avis était le bon, et que faire autrement qu’à sa manière ne marchera pas, y compris lorsqu’il est flagrant que tous ses collaborateurs en interne sont désespérés et convaincus par votre discours mais bloqués pour vous donner leur aval.
  • Le client tatillon, qui veut tout contrôler à chaque étape, et effectue vérification sur vérification, ce qui en général finit par étendre les délais, ce qu’il a du mal à concevoir. Parce qu’il cumule en plus sa manie de tout checker continuellement avec une vigilance extrême à ce que les rendus soient prêts le jour dit (y compris s’il vous a fait perdre des jours entiers avec ses validations en série).
  • Le client expert, qui le plus souvent a été à votre place précédemment, et qui se décompose en deux sous-catégories : celui qui a été sous pression pendant des années et se venge une fois passé de l’autre côté de la barrière et celui qui au contraire sait comment vous aider et anticiper les éventuels freins au bon déroulement de la prestation (aussi dans la case client idéal).
  • Le client orienté vers la performance, qui fait preuve de fermeté dans ses attentes, qui veille à ce que vous lui livriez ce qui était attendu, et qui ne viendra mettre son nez partout que s’il y a écart par rapport à ce qu’il souhaitait obtenir (ce qui implique de bien clarifier ce point au préalable).
  • Le client idéal, qui connaît ses dossiers, vous accorde sa confiance aussi longtemps que vous la respectez et l’avertissez des éventuels accrocs ou contretemps. Il en existe réellement et je les salue pour leur action positive, lorsque vous en comptez des comme ça dans votre portefeuille, la stratégie qui s’impose est de les fidéliser, tout le monde y gagnera.

Bien entendu, ces catégories peuvent se recouper, et il en existe d’autres, elles me paraissent néanmoins assez représentatives de ce que l’on peut trouver.

Point capital lorsque vous êtes dans une société de services en B to B (j’entends d’ici les envieux qui disent que je me la raconte avec mon vocabulaire business, ce à quoi je rétorque que je vous ai épargné beaucoup de jargon et que vous devriez me remercier), il existe une règle d’or qui est de sans cesse vous référer au cahier des charges ou à votre propale (proposition commerciale pour les non initiés, ça c’est juste pour céder à la tentation du fameux jargon). Je n’encourage pas pour autant les prestataires à devenir tatillons eux-mêmes, il est évident que le service fourni dépasse toujours légèrement les contours définis, simplement il faut savoir fixer des limites à ces petits débordements naturels. Si le client vous fait du chantage affectif ou joue sa position de grand compte, sachez résister, en montrant votre ouverture au dialogue, mais en lui rappelant que ce qu’il exige n’est pas dans vos attributions. De même, s’il ne tient pas les délais qui lui sont impartis pour valider ce que vous lui rendez ou vous fournir les données nécessaires à l’avancement de la mission, signifiez-lui par écrit que le calendrier en sera naturellement prolongé. L’expérience montre que l’on gagne plus de respect et que l’on conserve aussi plus longtemps un client lorsqu’on lui demande la fameuse rallonge budgétaire que j’évoquais précédemment ou qu’on pose des limites afin de ne pas s’épuiser soi-même ou l’ensemble de l’équipe (certes, il arrive parfois que l’un d’eux ne le supporte pas mais d’une part c’est assez rare, et d’autre part, ce n’est généralement pas une énorme perte dans le sens où ce type de profil vous fait en général perdre beaucoup d’énergie et des fameux jours/hommes qui font fondre votre marge initiale comme neige au soleil).

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Après avoir émis toutes ces réserves et recommandations, je voudrais quand même souligner que la vie de prestataire est malgré ces quelques désagréments une expérience riche à bien des égards. Parmi celles-ci figure l’avantage d’être au service de plusieurs clients, souvent simultanément, la bonne composition de l’un venant compenser la mauvaise humeur de l’autre. Et du même coup, on apprend en permanence, découvrant tantôt un nouveau secteur, tantôt une nouvelle problématique, abordant les choses sous un angle différent d’une période ou d’une organisation à l’autre. Ainsi, en apportant un savoir-faire, on renforce ses compétences dans le domaine parce que l’on s’enrichit de l’apport de la société qui nous mandate pour réaliser son projet. Et puis, chose importante, un prestataire a lui-même souvent ses propres sous-traitants…

Vous l’aurez compris, cette chronique se veut humoristique tout en balançant quelques vérités. Je précise que ma déontologie fait que je laisse aux clients leur droit de réponse, à vous la plume, donc…

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Ode aux marchés

29 Nov

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Quand vient le week-end, il est un rituel que j’affectionne tout particulièrement, ayant la chance d’habiter dans un lieu privilégié pour m’y adonner : aller faire mes courses au marché.

Un marché, lorsqu’il est d’une taille suffisamment conséquente, c’est une invitation au voyage. D’abord simplement en regardant les étals. Les îles nous apportent toute l’année leur dose d’exotisme : bananes a minima, et, en fonction des mois, grenades, ananas, papayes, fruits de la passion… J’évoque les îles, mais je n’oublie pas les mangues en provenance du Brésil ou d’Asie, où les poissons affluant de tous les océans, sans oublier les épices de diverses origines, dont l’odeur transporte dans les souks de Tunis ou d’ailleurs.

Mais à me projeter dans les backwaters ou en Equateur, j’en oublierais presque les tomates et les patates venant de beaucoup plus près. Et là aussi, le marché est une invitation au voyage, celui du goût cette fois. Car si l’on y trouve bien évidemment les mêmes légumes et fruits cultivés en serre que l’on trouve dans les hypers ou les supérettes (au passage à un coût moins élevé tant que vous n’êtes pas sur la place Saint-Honoré), on y découvre ou redécouvre aussi des produits avec beaucoup plus de saveurs, qui donnent envie de cuisiner et de partager ces aliments plein d’arômes non artificiels, pour certains oubliés ou inconnus. Et, cerise sur le gâteau, on redécouvre qu’il y a des périodes pour chaque chose, les clémentines et le céleri rave en automne, les pêches et les concombres en été, vous aurez compris l’idée (si vous trouvez des fraises en mars, elles n’auront vraisemblablement pas été baignées d’un soleil naturel). Grâce à cela, on peut aussi varier son alimentation au gré des saisons, parce que les courgettes et les pommes ont certes leur attrait, mais qu’il ne faudrait pas en abuser et se priver au passage d’autres mets raffinés.

Enfin, un marché, c’est une ambiance : les vendeurs à la criée, les habitants des quartiers avoisinants qui se rencontrent et se mélangent, un petit groupe de touristes égarés, quelques amateurs éclairés venus de plus loin pour profiter de cette atmosphère et de la qualité de ce que l’on peut y acheter. Et puis, cette excitation à faire le tour des stands, à dénicher les bonnes affaires, cette habitude de retrouver chaque semaine les mêmes commerçants qui au bout de quelques temps finissent pas nous reconnaître et nous glisser un petit bouquet de persil ou une orange en bonus (vile mais efficace stratégie pour nous fidéliser). Ce plaisir de céder à ses péchés mignons en remportant un authentique fromage au lait cru ou une barquette de gariguettes, sans oublier de se laisser tenter par un collier fantaisie ou une étole bigarrée.

Si vous avez le sentiment que faire vos courses manque de poésie, ou si vous voulez vous évader un moment, déconnecter de la semaine qui vient de passer, venez, vous aussi, vous égarer dans ces halles bien vivantes et un peu hors du temps. Ceci est une invitation officielle 😉

Mais où sont passées les petites civilités ?

27 Nov

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L’idée de cet article m’est venue il y a quelques jours, lorsque, haletant sous le poids de deux packs d’eau (18 litres tout de même), et croisant mon voisin de palier en train de fumer tranquillement une cigarette, celui-ci n’a daigné ni m’ouvrir la porte d’entrée ni me la retenir. La fatigue aidant, l’envie de l’invectiver m’a (légèrement) effleurée. La fatigue (et ma grande bienveillance) aidant également, j’y ai renoncé, jugeant que le fait de marquer mon agacement ne contribuerait ni à m’alléger de mes douze bouteilles, ni à calmer l’énervement que je sentais poindre.

Au lieu de cela, je me suis dit que le fait de formuler mon désappointement par écrit serait sans doute, plus libérateur, et que, qui sait, cela pourrait inciter au moins une personne à faire preuve de courtoisie la prochaine fois qu’elle croisera l’un de ses voisins chargé de paquets trop lourds pour ses frêles épaules, ou même chargé de paquets tout-courts, fussent-ils légers comme l’air de la campagne.

Je m’aventure donc ce soir dans un recensement non exhaustif de ces petits gestes en apparence anodins, mais qui, s’ils se multiplient, peuvent contribuer à faire d’une journée médiocre une bonne journée, ou à transformer une journée déjà bonne en une excellente journée (oui, je sais, j’ai employé trois fois le mot journée dans une même phrase, et maintenant cela fait même quatre, mon dictionnaire des synonymes est en grève).

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Pour bien commencer, et parce qu’il s’agit de la chose la plus simple et (qui devrait être) la plus naturelle, le réflexe de dire bonjour à chaque personne que l’on croise est une bonne entrée en matière. Je n’irais pas jusqu’à préconiser bien sûr de héler les quidams qui déambulent dans la rue ou de chercher à nouer un dialogue avec votre voisin de métro – encore que rien ne vous en empêche, pourvu que vous soyez prêt à assumer des réactions pouvant aller du simple étonnement à l’agressivité – mais bien de saluer vos voisins lorsque vous les croisez, les personnes avec lesquelles vous prenez l’ascenseur au travail, et plus important encore vos collègues. De la même manière, lorsque vous assistez à une réunion conviviale en famille ou entre amis, il est bon de dire bonjour à l’ensemble des individus présents, ce qui augmentera de surcroît votre capital sympathie bien plus sûrement que le fait de vous diriger droit sur la personne que vous connaissez, interrompant au passage la conversation, et de vous incruster dans le cercle formé avec une fausse discrétion qui risque pour sa part d’attirer sur vous une certaine animosité.  Un autre point important à ce sujet est de dire bonjour sur un ton convaincu et amical, l’effet sera nul voire négatif si vous marmonnez un vague « b’jour » presque inaudible, si vous le dites avec une tête de six pieds de long ou si vous ne regardez pas votre interlocuteur.

Autre élément important, capital même, évitez autant que possible de céder au réflexe de rajouter un « ça va ? ». Cette question se veut officiellement un gage de politesse et de savoir-vivre, en vérité elle en est très loin, encore plus quand elle s’adresse simultanément à plusieurs personnes. Parce que vous aurez affaire inévitablement, parmi vos connaissances, à certaines qui traversent de mauvaises périodes ou qui ont un souci passager au moment où vous leur demandez. Et là, la règle voulant que l’on réponde oui à cette question, vous leur infligez la double peine de leur renvoyer leur(s) problème(s) à la figure et de les obliger à mentir pour faire bonne composition. Pour en revenir à ce que je disais sur le fait de lancer la question à un petit groupe, cela est pire parce qu’il y en aura toujours un sur le lot pour étaler son petit bonheur du moment devant tous les autres, je n’ai pas besoin de développer sur l’impact auprès de ceux qui auraient à priori répondu « moyen » ou « non, pas trop ». En résumé, il est bon de s’enquérir de l’état d’une personne, mais quand on a réellement l’envie et la disponibilité nécessaire pour écouter sa réponse, qu’elle soit positive ou négative (situation dans laquelle le demandeur témoigne de sa civilité, ce qui rentre donc dans le cadre de la liste).

J’en reviens à mon point initial sur la question de tenir la porte aux autres, qu’ils aient ou non les mains encombrées. Cet acte semble en effet en pleine déperdition, alors qu’il s’agit somme toute d’une chose très simple, peu coûteuse en termes d’implication, et qui ne nécessite même pas, comme le fait de dire bonjour, de prononcer un seul mot. Il est évident tout de même que si vous le faites avec le sourire, l’effet bénéfique en sera doublé. Juste un aparté ici pour vous rappeler que ce geste peut être pratiqué auprès de toute personne qui rentre ou sort en même temps que vous à l’endroit où vous vous trouvez, et que vous souffrez encore d’un grave manque de savoir-être si vous le réservez aux belles femmes ou aux éphèbes au postérieur avantageux. Et si vous avez la chance de rencontrer ces rares personnes qui vous facilitent gentiment la vie, n’oubliez pas de remercier, sans quoi non seulement vous passerez pour un mufle, mais en plus, vous risquez de les décourager de poursuivre dans cette voie.

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Si vous êtes un (mal)heureux usager des transports en commun, il vous est sans doute arrivé plus d’une fois d’être consterné devant l’attitude des autres usagers lors de l’arrivée du train ou du bus à chacune des stations du parcours. La règle est pourtant simple et clairement énoncée : il faut d’abord laisser les passagers descendre avant de soi-même monter dans le wagon (ou dans le bus). Or, il semblerait que certain(e)s aient visiblement une propension à confondre ce mouvement avec une mêlée de rugby et à foncer dans le tas quoi qu’il arrive, pour certains sans doute du fait d’une hâte que j’avoue avoir du mal à comprendre de se joindre à la foule des voyageurs entassés, pour d’autres dans l’objectif clair et assumé de rafler les dernières places assises. Je vous concède que la fréquentation quotidienne de ces moyens de locomotion n’a malheureusement pas tendance à faire ressortir les aspects les plus humains de notre personnalité, toutefois je ne saurais que trop vous inciter à respecter les conventions établies, pour contribuer à y semer un peu d’harmonie.

Je formule également d’autres suggestions relatives au civisme sur votre temps de trajet. Si vous êtes un tant soit peu compatissant pour l’infortuné qui se trouve à votre côté ou face à vous, évitez en premier lieu de vous curer les dents ou de mâcher la bouche ouverte, l’observation de votre gosier est un spectacle répugnant auquel personne n’a envie d’assister (à réserver à votre miroir de lavabo, seul à pouvoir faire preuve de compréhension dans ce domaine). Ne faites pas non plus semblant de ne pas voir la femme enceinte de 7 mois et demie qui a besoin de s’asseoir : si vous êtes vraiment épuisé(e), dites le lui simplement, sinon faites un effort ; et si vous êtes une personne âgée ou une femme enceinte ayant besoin de s’asseoir, demandez gentiment (il se peut quand même que l’usager assis ne vous ait vraiment pas vu). Enfin, tâchez d’être un minimum vigilant à ne pas mettre des coups de coude involontaires en fouillant dans vos affaires ou à ne pas déplier un journal format double A3 en vous fichant du reste du monde.

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Enfin, et ce sera le dernier point de ma courte liste, si vous avez la chance d’être grand, tous les petits et petites de ce monde vous sauront gré de les aider à attraper l’article en haut de l’étagère au supermarché (et si possible pas le paquet tout devant qui est souvent déchiré ou abîmé). Croyez-le ou pas, c’est un geste que nous savons apprécier, bien davantage que les airs moqueurs des personnes qui nous voient sauter maladroitement ou tenter un numéro d’escalade périlleux pour atteindre notre tablette de chocolat préférée. La même attitude est bienvenue si vous êtes musclé(e) et nous voyez peiner pour hisser notre valise dans le compartiment à bagages (qui de surcroît si vous avez bien suivi est trop haut pour nous).

A bon entendeur, je vous quitte lâchement, sans un sourire et sans vous saluer…

Sweets & Delicatessen

25 Nov

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Quand sonne le réveil, la tête enfarinée,

Je tente de me lever, les yeux encore cernés,

Mais ne peux débuter ma journée sans un thé

Auquel il conviendra bien sûr de rajouter

Du pain, de la brioche, ou bien des céréales,

Pour pouvoir affronter la fraîcheur matinale.

Sur le coup de onze heures, je suis très concentrée,

Lorsque sournoisement, venant à pas feutrés,

Inexorablement, la faim se fait sentir,

Et même si je tente de n’y point consentir,

Je finis par céder hélas sans grande peine

A l’appel d’un biscuit ou d’une madeleine.

Le déjeuner vient vite, c’est l’heure des potins,

Entre collègues, on rit, d’un air parfois mutin

Oubliant un instant nos dossiers à traiter

En savourant un plat de cantine raté

Que saura rattraper un délicieux gâteau,

Marquant la fin de la pause souvent beaucoup trop tôt.

L’après-midi s’étire, mon cerveau me menace,

Si je ne bouge pas, d’être moins efficace.

L’écoutant volontiers, j’esquisse quelques pas,

Vois le distributeur brillant comme un appât,

Je m’y verse un café que bien sûr j’agrémente

D’un caramel ou bien d’un bonbon à la menthe.

Le jour touche à sa fin, il est temps de dîner,

Je cherche une bonne idée de repas à cuisiner.

Je découpe des légumes pour les faire rissoler,

Que je savoure ensuite à mon aise attablée

Avant de terminer par ce que je préfère,

Vous l’aurez bien compris, il s’agit du dessert.

Et la journée se clôt dans un très bel éclat

Sur une note de tisane avec du chocolat.

Jupe Courte et Conséquences

23 Nov

La petite salle du Théâtre des Variétés programme cette saison la pièce « Jupe courte et conséquences », écrite et interprétée par Hervé Devolder, qui propose un regard à la fois très actuel et très tendre sur les « célibataires ni jeunes ni vieux ». L’histoire est simple : une fille passe dans un square dans une tenue légèrement affriolante, un homme assis sur un banc la regarde mécaniquement, le dialogue s’installe.

Sauf que… le propos n’est pas entièrement banal. Là où on aurait pu s’attendre à de l’agressivité d’un côté, à des justifications de mauvaise foi de l’autre, la jeune femme parle à l’homme comme s’il était désormais son amoureux. Et lui naturellement d’amorcer un mouvement de recul, face auquel elle utilisera une méthode un peu radicale mais convaincante. Jusqu’au moment où la situation d’inverse.

Cette pièce, c’est une manière d’illustrer le « fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis ». Mais c’est également plus que ça. C’est un peu comme une chanson triste, celle de deux individus, qui au 21ème siècle, meurent de ne pas pouvoir aimer, de vouloir qu’on les aime, et en même temps de ne pas supporter qu’on les aime parce qu’ils ne se croient pas aimables (la boucle est bouclée). Avec une grande finesse, sans doute aussi avec un peu de leur vécu, ce couple de comédiens qui n’en est pas un nous fait sourire tout autant qu’il nous fait réfléchir. On n’est pas dans le vaudeville, pas dans le drame non plus, juste dans une tranche de vie qui sonne juste, qui sait piquer là où ça fait mal, mais qui communique aussi beaucoup d’espoir, et en ressortant, le couple, on a envie d’y croire.

La bande annonce :

http://www.youtube.com/watch?v=EKD4CshB3xo

Du plaisir de tourner les pages

23 Nov

Si vous ne l’avez pas déjà plus ou moins perçu lors de mes précédentes interventions, je suis très attachée à mélanger tradition et modernité, les pieds dans le 21ème siècle, la tête dans ceux qui l’ont précédé. Il est donc des domaines dans lesquels j’aime à vivre à l’ancienne. Et la lecture en fait partie, même si, comme vous le verrez (instant teasing), je ne me sers de cette thématique que comme un bon prétexte pour vous emmener un peu ailleurs (la ruse est une technique old school que j’affectionne tout particulièrement).

Mais quelle que soit mon intention finale, je ne me permettrais pas de vous priver du propos initialement annoncé, frustration qui serait d’abord mienne tant le sujet m’est cher. J’en étais donc rendue à vous parler de manuscrits, et, à ce sujet, je voudrais défendre l’honneur du livre papier contre les kindle et autres tablettes de lecture qui font aujourd’hui fureur. Je ne cherche pas à nier leur praticité, ni leur caractère innovant, et j’entends bien l’argument qui consiste à dire que des ouvrages tels que « le Seigneur de Bombay » (Vikram Chandra) pèsent le poids d’un lingot d’or et sont donc éminemment plus transportables une fois réduits à un fichier texte de 10MO (je doute toutefois qu’un tel ouvrage soit si léger, même informatiquement parlant).

Car c’est précisément ce qui fait leur identité, tous ces paramètres physiques qui font que l’on peut se les approprier. Un livre se caractérise ainsi d’abord par son format, vous constaterez ainsi que certains optent plus volontiers pour les tailles standard, d’autres dont je fais partie ne jurent que par les formats poche, d’abord parce qu’ils tiennent – en général – dans un sac à main (vous aurez bien compris que ce n’est pas le cas du Seigneur de Bombay), et surtout parce qu’ils sont plus maniables, détail qui prend toute son importance lorsqu’on a l’habitude de bouquiner dans les boîtes à sardines roulantes de la RATP. De la même manière, il est des adeptes des couvertures cartonnées, signes de solidité, et là aussi, même si je trouve les volumes de la pléiade d’une grande beauté, il faut bien admettre que la prise en main en est moins aisée (eh oui, sur ce point, je concède la supériorité à notre époque). Un kindle, c’est juste un truc plat, quoiqu’on lise ça a toujours la même taille et la même épaisseur (bon d’accord, ça tient TOUJOURS dans le sac à main, mais là encore, c’est un faux argument, ça a du charme d’avoir un sac à livre en plus du sac à main et du porte-document).

Et puis un livre c’est aussi un volume, et c’est là que j’en viens au sujet qui justifie mon titre : le plaisir de lire est très étroitement corrélé à celui de faire se succéder les pages. Nous avons tous notre technique sur ce point, certains humidifient le bout de leur index, parfois de manière volontairement provocante pour leur voisin / voisine de la boîte à sardines, d’autres ont le doigté d’un magicien pendant un tour de cartes, d’autres encore prennent leur temps tandis que j’en connais qui dès qu’ils arrivent en haut de la page recto sont déjà prêts à dégainer au moment où leurs yeux atteindront le dernier paragraphe, le majeur ou le marque page inséré au verso. Et c’est sans parler de la fierté que l’on éprouve, lorsqu’en hiver, encombré par ses gants, on s’acharne maladroitement à trouver le moyen de poursuivre notre roman (je bénis les personnes ayant inventé les mitaines à capuches, grâce auxquelles j’ai désormais cessé de me ridiculiser lorsque la température est voisine de zéro degré). Là encore, avec une tablette, on perd tout de cette danse de la page qui tourne au rythme enlevé d’un allegro lorsque l’on est emporté par le lyrisme d’Anne-Marie Garat et de sa main du diable (celui-là aussi requiert un sac à livres), au son des histoires rock’n’roll de Christopher Buckley  ou très doucement tel un air de jazz pour s’imprégner de la force du chœur des femmes de Martin Wrinckler. A la place, le vulgaire mouvement d’un index, qui va toujours dans le même sens, tel une mer sans ressac, autant dire que cela est décevant.

Et surtout, ce qui est le plus important, c’est la perte de cette excitation que l’on ressent lorsque l’on commence à feuilleter un nouvel ouvrage de parcourir tout doucement les premières pages, dubitatifs, dans l’expectative, puis de s’emballer et de vouloir au plus vite le terminer – sans oublier de le savourer – ce qui se traduit par cette surveillance du déséquilibre entre le nombre de feuillets lus et celui restant. Ce plaisir qui s’intensifie, encore plus lorsque l’on s’est attaqué à un beau pavé, de voir que l’on a passé la moitié, que l’on est désormais dans la meilleure partie de cette course effrénée que l’on se livre à soi-même, que la ligne d’arrivée est désormais visible, et que de ce fait, sachant où l’on se trouve, à quelle distance, on peut soit choisir d’accélérer, soit s’amuser à s’approcher sans se presser, revenant même parfois en arrière relire certaines phrases trop vite passées ou qui nous ont fait percuter, reprenant parfois la description des personnages faite en introduction pour voir comment ceux-ci ont évolué, naviguant dans ces pages à notre gré, laissant parfois notre esprit vagabonder pour se rendre compte que nous sommes arrivés du numéro 256 au 262 sans nous être concentrés sur un seul mot parce que nos pensées ont pris le pas sur ce que nous avions sous les yeux, et repartir de ce fait du 256, désormais pleinement attentifs… Et finalement atteindre les dernières phrases, et refermer le volume avec satisfaction, en se demandant si on va lui faire une place dans sa bibliothèque déjà bien pleine, et à quel endroit, ou le mettre dans la cave dans un carton qui traîne, le laisser sur un banc pour distraire son futur occupant, ou enfin le jeter lorsqu’il est hélas mauvais (je ne considère pas que jeter un mauvais livre soit un sacrilège, c’est au contraire un service rendu à tous ceux qui éviteront de perdre leur temps avec un écrit médiocre pour le consacrer à des essais plus prometteurs). A ce stade, vous percevez donc bien à quel point lire un livre est une expérience infiniment plus riche que de faire défiler du texte sur un objet high-tech de couleur grise et de forme rectangulaire et de choisir à la fin de supprimer le fichier ou de le stocker sur son disque dur externe.

Pour moi, il en va des expériences de vie comme des expériences de lecture (pour ceux qui rêvassent alors qu’on est encore très loin de la page 256, c’est là que le teasing prend fin). Forrest Gump nous enseignait que « la vie, c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber ». Pour moi, la vie c’est un peu comme une bibliothèque : elle peut être toute neuve, avec des étagères entières encore vides, ou tellement pleine que l’on se demande comment tout y tient. Les volumes peuvent y être triés par thèmes, par taille, par époque, par niveau d’intérêt, ou alignés simplement dans l’ordre de lecture, sans classement. Ce qui est bien, dans une bibliothèque, c’’est qu’on y voit son passé, mais avec de la hauteur. On peut si on le souhaite aller reconsulter un petit recueil de nouvelles, se repassant avec une nostalgie joyeuse ces petits moments de légèreté. On peut aussi choisir de s’acharner sur Dostoïevski (je présente mes excuses à ses adorateurs), mastiquant et remastiquant une histoire somme toute banale et qui pourrait se résumer en 10 pages. Ou relire un texte plein de poésie, ce dire que c’était une œuvre réussie, et que l’on veut désormais explorer des tranches de vie comparables. Et puis, bien sûr, une bibliothèque, cela vit, il faut savoir se séparer de certains livres qui ont pu nous plaire à une époque, qui même ont été importants et plaisants, mais dont on sait avec certitude qu’on n’éprouvera plus ni le besoin ni l’envie d’aller y chercher ce qui y est contenu. Ce tri est d’autant plus profitable qu’il laisse de la place pour la nouveauté. Parce que, bien sûr une bibliothèque peut aussi contenir uniquement des ouvrages déjà terminés, ou aussi d’autres qui ont su attirer notre attention, auxquels on a bien l’intention de s’attaquer, mais bon « en ce moment, je n’ai pas le temps, tu comprends », il y a ça et ça et ça d’urgent, lire c’est un luxe pour ceux qui ont rien de mieux à faire : ça ne vous fait pas penser à tous ces projets sacrifiés sur l’autel de la procrastination ? Mais vous êtes encore là ? Cela me flatte, je l’admets, mais vous feriez mieux de filer vous emparer de ce bouquin sur l’étagère qui n’attend que vous pour s’animer…

Amours et Feydeau

21 Nov

Avant même de parler de la pièce, très réussie (mon parti pris étant de ne parler ici que de celles que je recommande), il faut dire que le Ciné 13 Théâtre est un lieu à part, où l’on est un peu comme chez soi. D’abord parce que les gens qui y travaillent sont accueillants, et en ces temps de crise, où beaucoup font la tête, c’est un point à souligner. Ensuite parce que c’est un théâtre qui soigne sa programmation en privilégiant la qualité, l’innovation et la passion, et permet à des talents de se révéler.  A ce titre, je vous recommande très vivement le festival Capsules qui a lieu au mois de juin. Je poursuis sur l’accueil en ajoutant qu’il y a un bar convivial à l’intérieur, et en ce moment, en prime, une mini-expo de peintures autour de la Tour Eiffel. Mais surtout, la salle elle-même est atypique : les premiers qui y rentrent ont ainsi le bonheur de pouvoir s’étaler dans les grands canapés rouges des deux premiers rangs ou dans les canapés du 3ème rang. Les autres sont bien installés aussi, rassurez-vous, mais sur des sièges plus classiques.

J’en viens donc à la pièce elle-même, ou comment Feydeau retrouve un nouveau souffle grâce à ces quatre acteurs hyper doués. Trois pièces courtes de Feydeau donc, que pour ma part je ne connaissais pas, mais dont les vrais initiés ont sûrement vu plusieurs versions, en tout cas au moins pour « Feu la Mère de Madame », Amours et piano et Les pavés de l’Ours étant peut-être plus confidentielles. Dans tous les cas, on se régale dans ce décor d’époque de voir se croiser les personnages et les quiproquos grandir, selon l’implacable mécanique du grand Georges. Toute la finesse de l’écriture est restituée et grandie par le jeu volontairement caricatural des membres de cette sympathique troupe qu’il faudra continuer à suivre. Les costumes participent pleinement au spectacle, tantôt esthétiques et reflétant bien l’époque, tantôt presque burlesques. Mais ce qui fait tout le charme de cette mise en scène, c’est la touche de modernité qui est ajoutée au texte original par les chansons qui y sont insérées, drôles et touchantes à la fois, et portées par la voix magnifique de la comédienne. J’étais devenue une sceptique de Feydeau, déçue par des représentations trop brouillonnes et des portes qui ne claquaient pas au bon moment, me voilà de nouveau amoureuse de son œuvre…

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