Variations contre la tolérance

8 Nov

Alors que les siècles précédents érigeaient en idéal la force, le courage, la persévérance, la combativité, les années 2000 ont été celles de l’émergence d’une nouvelle vertu. Cette qualité portée aux nues, presque sacralisée tant elle est défendue, c’est, vous l’aurez compris au titre, la tolérance.

Aujourd’hui, nul talk-show bien en vue, nul débat politique où l’un des invités ne se targue ou n’exhorte ses contrevenants à la tolérance. Et cette mode a réussi à se glisser jusque dans nos repas en famille ou entre amis. Cet impératif de tolérance, qui confine presque à la dictature, semble donc incontournable. Et pourquoi d’ailleurs, vouloir s’y soustraire, pourquoi ne pas aspirer soi-même à acquérir cette capacité si admirée ?

Précisément parce que la tolérance, contrairement à ce que ses défenseurs veulent croire ou faire croire, est tout sauf admirable. Tolérer, c’est accepter ou admettre une chose que l’on désapprouve, mais que l’on ne peut pas changer, soit par manque de moyens, soit parce que l’on ne souhaite pas dépenser une énergie démesurée et probablement inutile pour changer ladite chose. En somme, tolérer consiste simplement à faire contre mauvaise fortune bon cœur, à jouer les bons perdants plutôt qu’à se lancer dans un jeu usant. La tolérance est un mal nécessaire en somme, une variable d’ajustement dans un monde complexe où il est inévitable d’être en désaccord avec certains événements, idées, personnes ou comportements. Dans ce contexte, se vanter d’être tolérant est tout aussi absurde que de vouloir imposer à quelqu’un de choisir ce qu’il doit renoncer à changer. Sans compter le fait que l’injonction de tolérance est en soi contradictoire. Dans la mesure où elle montre l’absence d’acceptation de l’opposition de l’autre à son propre point de vue, n’est-elle pas justement une forme d’intolérance ?

Provocation mise à part, et puisque j’ai choisi de m’élever contre cet idéal de carton-pâte, je ferais une brève apologie de la vertu, bien réelle cette fois, qu’est le respect, et qui implique de faire preuve de considération envers l’autre (ou envers soi). On entre alors dans une toute autre dimension, celle d’une démarche choisie d’accueil d’un point de vue ou d’une personne qui nous sont étrangers, dans un esprit positif (et non résigné) et parce que l’on sait que l’on en retirera un bien supérieur. Pour finir, je dirais que la tolérance relève d’un mécanisme, le respect  d’un volontarisme, et qu’à tout prendre il me paraît plus souhaitable de faire un peu d’efforts que d’être beaucoup un robot.

Chère lecteur, chère lectrice, je te salue dans l’espoir que ce billet ne deviendra pas un tollé rance.

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Une Réponse to “Variations contre la tolérance”

  1. blogdemissbavarde 9 novembre 2012 à 14:11 #

    mais hélas pour certains faire des efforts est juste impensable !! très chouette texte encore ^^

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