Le syndrome de la mauvaise caisse

10 Nov

Voici que revient le week-end, et avec lui l’incontournable moment consacré aux courses alimentaires. Je sens déjà les petits malins, le sourire aux lèvres, qui rusent en profitant des nocturnes des supermarchés durant la semaine. Rassurez-vous, cet article vous concerne certainement aussi, pour avoir recouru à cette pratique longtemps, j’ai pu constater que la fréquentation des grandes surfaces était rarement nulle en semaine. Quant aux vrais malins qui passent leur commande à distance, ils sont libres de passer leur chemin, et il est probable que nous, acheteurs ordinaires, trouvions notre vengeance dans le fait de ne pas être bloqués chez nous sur des créneaux horaires plus ou moins larges et non systématiquement respectés.

Après ce long palabre introductif, j’en viens donc au fait, faire ses courses, que ce soit à la supérette ou à l’hyper, implique donc, une fois son panier ou caddie rempli, l’inévitable passage en caisse. Et c’est en général là que le bât blesse. Car en général, l’expérience est plutôt agréable, que l’on soit un pratico-pratique qui va droit au but, sa liste en main, et parcourt le magasin en moins de cinq minutes, ou un afficionado des nouveautés gastronomiques, s’arrêtant longuement  devant chaque rayon pour y repérer le produit qui lui fait envie, jusqu’à cet instant fatidique du règlement des achats. Car c’est à ce moment que se réveille notre impatience naturelle, ou que se rappelle à nous notre emploi du temps à flux tendu de jeune citadin dynamique, de parent sur-occupé ou simplement d’être humain ayant mieux à faire.

Nous voilà donc devant une rangée de caisses, en pleine heure d’affluence, tentant d’établir un pronostic sur la file qui nous permettra de sortir le plus rapidement possible de ce lieu dont nous profitions sereinement quelques minutes auparavant. Chacun, donc, rendu à ce stade, étudie plus ou moins scientifiquement la stratégie à adopter pour ressortir victorieux de ce combat contre l’attente inutile.

Certains optent désormais pour les caisses libre-service, système en plein essor, convaincus de leur efficacité supérieure à celle de la caisse traditionnelle. C’est hélas sans compter sur le client peu dégourdi qui doit examiner trois fois chaque face de chaque produit avant d’identifier le code-barres ou semblent mettre un temps infini à ranger les articles dans leur cabas une fois le paiement effectué. Il arrive aussi que sur les articles du rayon frais, le troisième examen révèle finalement qu’ils ne contiennent pas de code-barres et obligent à appeler l’hôtesse de surveillance souvent déjà occupée à débloquer une autre caisse n’ayant pas détecté le fait que l’article a bien été reposé sur le plateau après avoir été scanné. Peut enfin survenir un problème de mode de paiement, le terminal n’acceptant plus, au choix, soit les cartes bancaires, soit les espèces, enfin tout naturellement le mode de paiement initialement souhaité, ce qui au mieux vous amène à changer d’option pour régler ses courses, au pire à tout recommencer sur une autre caisse.

Une autre stratégie consiste à analyser rapidement les caissières qui semblent avoir le débit le plus rapide dans le passage des articles, à évaluer la quantité d’articles qui seront à scanner sur chacune des caisses, en tenant compte du nombre de clients, à affecter un facteur à chacune de ces variables, et à dérouler l’équation avant de se placer fier de soi sur la rangée ayant obtenu le meilleur score. Et là, très souvent, se produit le même phénomène que sur le périphérique aux heures de sortie de bureau : la file voisine se met à avancer plus rapidement, on tente de changer, on se rend alors compte que celle que l’on avait choisie va en fait plus vite et l’on se prend à pester contre soi pour ne pas avoir suivi son instinct jusqu’au bout. Ou on se dit que tant pis, on est déjà engagés, et l’on se rend compte au final que si l’on avait changé, on serait réellement allés plus vite et survient une frustration qui risque de durer bien au-delà du seul moment consacré à nos achats alimentaires.

Il existe encore bien d’autres options, comme celle de la caisse 10 articles où le niveau d’agacement atteint son comble lorsque l’on constate que les deux personnes devant soi ont chacune entre onze et quinze articles, jouant souvent sur ceux prix « en deux exemplaires ». Ou encore l’absence de stratégie, dans le cas où chacune des caisses semble à peu près identique, mais avec là encore l’intervention de perturbations inattendues : les gens qui, n’ayant qu’un ou deux articles, tentent inévitablement de passer devant tout le monde, la succession de personnes qui paient par chèque avec à chaque fois, le temps perdu par le (la) caissier(ère) à noter les références de la carte d’identité, la vendeuse (oui, je donne dans le cliché sur ce coup-là car cette tendance est plus féminine et j’en sais quelque chose) qui entame une discussion passionnée avec l’un des clients…

Partant de ces observations, je n’ai aucun conseil à donner sur la manière d’éviter la mauvaise caisse. En revanche, je vais te faire partager la révélation que j’ai eue et qui m’a réellement libérée : IL N’EXISTE PAS DE BONNE CAISSE. Depuis que j’ai intégré cette donnée, je ne nie pas que mon impatience ressurgit de temps à autre, mais j’aborde ce temps beaucoup plus sereinement. Je le prends comme une occasion d’épier une conversation amusante ou intéressante, de répondre aux SMS ou e-mails en souffrance, de bouquiner ou lire un magazine dans les cas où je sais que le temps qui va s’écouler va être vraiment long (vous pouvez aussi, en l’absence de tels supports, lire la composition de ce que vous vous apprêtez à manger, c’est toujours instructif), ou simplement de rêvasser.

Alors, si toi aussi, tu as envie de ne plus perdre ton temps à attendre ton tour, fais en sorte de le gagner à profiter de cette parenthèse avant de reprendre ta course…

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