Shabbath

16 Nov

Dans mon panorama des pièces à voir, je passe ce soir à la danse contemporaine pour vous présenter l’un des spectacles que j’ai trouvés les plus marquants de cet automne théâtral. Il s’agit du spectacle Shabbath par la compagnie Interface, en ce moment à l’affiche les dimanche soir (un bon moyen pour échapper à l’effet grisaille de la fin de week-end) ainsi que les lundi soir (parfait pour commencer sa semaine intensément) au Théâtre des Mathurins. Autant le dire tout de suite, si vous voulez de la légèreté, passez votre chemin.

Si par contre vous aimez le spectacle vivant qui prend aux tripes, qui vous touche, qui vous secoue un peu, qui vous fait réfléchir, si vous aimez l’esthétique de la danse et êtes sensibles à la force des notes et à la présence d’un timbre de voix qui vit au même rythme que les mouvements chorégraphiques, cette création est faite pour vous. Il est une réflexion sur le passé, sur les dictatures, les autoritarismes, sur ce qui enferme et ce qui libère. Il est aussi un hymne au refus d’accepter, à la poursuite de ses convictions, contre ce qui les freine. Si vous en lisez la présentation, beaucoup plus complète, il n’est sans doute pas décrit exactement comme tel, je me permets de le présenter de la manière dont je l’ai compris, vécu dans mon fauteuil, surplombant la scène depuis le balcon. Il y a sans doute autant de façons de l’appréhender, de le saisir, de se l’approprier (ou de le rejeter), d’y donner du sens qu’il y a de personnes dans la salle, je ne prétends donc pas loin de là, à l’universalité dans mon propos.

Ce que je trouve remarquable, c’est d’abord la forme audacieuse que prend cette belle séquence scénique. D’abord une musique intense, créée spécialement pour l’occasion, et qui alterne les styles, passant du plus classique à des rythmes proches du rap en passant par des airs chantés qui évoquent les polyphonies corses, avec cette alternance entre la bande son et la voix au timbre magnifique du chanteur comédien. Ensuite, ce parti pris original d’y superposer des phrases, qui tantôt s’imposent par leur force, tantôt se font happer par la musique, à d’autres moments encore ne prennent de sens que par l’intonation qui leur est donnée, sans que les mots qui soient prononcés n’apparaisse comme un tout construit et cohérent. Et enfin, la présence des trois artistes sur scène, les deux danseuses et le comédien déjà cité, qui font apparaître que les mouvements du corps, les interactions, les gestes d’accueil et de mise à distance sont à eux seuls un langage, parfois plus vivant que celui qui est purement verbal.

Une fois le rideau levé, Shabbath emporte, transporte, émeut, et fait passer des messages parfois durs, mais en ayant réussi le tour de force de toujours préserver assez de légèreté pour ne pas mettre mal à l’aise, ne sombrant jamais ni dans la violence, ni dans la vulgarité, misant plutôt sur la beauté pour toucher l’âme sans la fragiliser. Ce spectacle est un tableau vivant, que l’on contemple avec ravissement, en attendant l’œuvre suivante qui devrait, pour le plus grand bonheur de ceux qui sont déjà conquis, nous arriver très prochainement.

Liens (site de la compagnie et vidéo) :

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