Archive | novembre, 2012

Nos soirées de femmes trentenaires

21 Nov

Ce soir, revenant d’une énième soirée filles, j’ai décidé de me lancer pour en retracer les grandes lignes. Cet article n’est bien entendu pas à prendre (entièrement) au sérieux, certains traits ayant été (très légèrement) forcés.

Une soirée filles, comme vous le savez pertinemment si vous êtes une jeune femme, et comme vous vous en doutez certainement si vous êtes un homme (jeune ou pas), consiste à :

  • Se retrouver à 2,3 ou 4 personnes, exclusivement du sexe féminin. Dépasser ce nombre nuit gravement à la réussite de la soirée, à la fois pour des raisons de temps de parole et de de degré de proximité différents entre les filles présentes. Il est d’ailleurs fortement recommandé de se limiter à 2 ou 3.
  • Aller chez l’une des convives présentes ou dans un resto « cosy », voire « girly ». Pour précision, un resto cosy est un lieu où l’on peut parler (un peu fort) sans déranger ses voisins et où la nourriture est tout à la fois diététique – c’est-à-dire où l’on peut commander une salade pour se déculpabiliser du moelleux au chocolat qui suivra inévitablement – et savoureuse (avec une importance toute particulière accordée à la qualité du moelleux au chocolat).
  • Prendre la précaution de se munir ou de commander une à deux bouteilles de vin
  • Ne pas oublier non plus les gâteaux ou les bonbons ou les deux tant qu’à faire, ou comme vous l’aurez compris, de choisir un restaurant qui sert des moelleux au chocolat (ça marche aussi avec les cheesecakes).
  • Et surtout, le plus important, le principal objectif de la soirée est de parler, de tout et de rien, mais surtout de ceux qui sont absents, ceux qui tout au long des 3 à 5 heures à venir (parce que nous pouvons parler très longtemps, cela non plus n’est pas un secret) seront successivement décrits sous les dénominations suivantes : homme (la plus simple), mec, connard, timide, coincé, mâle, gros connard, ami du sexe opposé, bonhomme, garçon, triple buse, ex, lascar, jules, futur, homme idéal (la plus rare, n’apparaît pas à chaque soirée, ou en tout cas pas pour désigner un être réellement existant).

friends

Une fois ces règles établies, nous pouvons donc passer au déroulement. Le premier tour de table, qui peut déjà prendre du temps, hors période de retour de vacances, est consacré se délester des contrariétés du boulot. A ce stade, les propos sont encore ordonnés, suivant une quasi-implacable ligne hiérarchique :

  • Le premier sujet abordé est donc celui du comportement de notre N+1, qui nous fait en général passer de la perplexité à la lutte contre le pétage de plomb, en passant par l’incompréhension, la tristesse, la révolte, le découragement, l’énervement, je raccourcis volontairement la liste avant d’avoir épuisé toutes les émotions négatives possibles que peut susciter notre bien-aimé boss. Je laisse aussi de côté ma théorie selon laquelle il faudrait une bonne fois pour toutes arrêter de nommer comme managers des personnes qui ne le souhaitent pas et qui n’ont pas les aptitudes pour cela, et qu’en plus, il serait bon de dispenser plus de formations à l’encadrement, cela n’est pas une tâche facile, autant aider un peu ceux qui souhaitent s’y consacrer avec sérieux (bon, en fait, j’ai effectivement énoncé ma théorie, mais je la développerai plus longuement dans un autre article). La conclusion de la discussion à ce stade est en général que notre chef : (1) est stressé, quand il n’est pas en plus maniaco-dépressif, tyrannique ou au contraire manquant de courage et ne sachant pas s’imposer ; (2) est stressant, (3) qu’il faut faire avec et que ce n’est pas facile tous les jours.
  • Si vous avez bien tout suivi, viennent ensuite nos chers collègues : là, la conversation peut prendre un tour jovial, lorsque l’on travaille au sein d’une équipe conviviale, où deux ou trois personnes contribuent à la qualité de l’ambiance (souvent un gentil de service et un rigolo de service). Parce que fort heureusement, le travail reste malgré la crise un lieu de sociabilité, et que l’on trouve toujours au moins quelques personnes qui rendent la journée plus agréable. Mais il se peut aussi que l’évocation de nos voisins de bureaux prenne un ton plus âpre, si se trouvent parmi eux au choix : une personne qui vous savonne la planche, un incompétent notoire et de mauvaise composition, un fayot rapporteur de compétition (même à l’école primaire, il n’y en avait pas d’un tel niveau), une secrétaire revêche, un râleur qui parle fort, j’en oublie très certainement, vous compléterez.
  • Et enfin pour les personnes qui ont le bonheur d’exercer des « responsabilités managériales » (avec ou sans le titre de manager), vient inévitablement le moment où nous prononçons sur nos subordonnés des paroles comparables à celles précédemment évoquées s’agissant de notre supérieur, à la nuance prêt que nous remplaçons les termes « incapacité à prendre des décisions » par « manque d’autonomie » et « ne sait pas déléguer convenablement » par « ne fait pas ce qu’on lui demande ». Parce que bien sûr, quand nous gérons le travail d’une ou plusieurs personnes, nous sommes irréprochables 😉

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Passé ce tour d’horizon plus ou moins long selon le boulot et l’intérêt pour son métier de chacune des jeunes femmes présentes, vient enfin LE sujet, la vraie raison de notre rassemblement : le seul, l’unique, l’irremplaçable, celui dont on cherche toujours à dire que l’on peut se passer, mais en fait, bien sûr, de qui on n’a de cesse de rechercher la présence (en dehors de ces sacro-saintes soirées filles) : Le MAL(E) (vous aurez remarqué que j’aime bien jouer sur les parenthèses, celle-ci pourrait faire l’objet de moult commentaires, je vous laisse à vos interprétations). Après vous avoir fait lanterner tout ce temps avec mon détour par le monde de l’entreprise, j’ai donc choisi de me prendre au jeu de la formalisation de nos lamentos à l’égard de ces messieurs. Il me faudrait sans doute un mois entier pour recenser tous les angles sous lesquels nous abordons nos relations et nos interrogations à l’égard de nos primates préférés, j’ai donc dû procéder à une sélection drastique et tout à fait subjective, articulée encore de façon très marketing (je sens déjà poindre les critiques sur le nombre de caractères excessif qui figure à chaque « bullet point », en plus de celles portant sur le recours abusif aux parenthèses) :

  • Il y a tout d’abord l’incontournable « point cœur » sur la situation des unes et des autres qui va forcément avoir une répercussion significative sur la suite des réjouissances. A ce stade, il est à noter tout de même qu’il est préférable de faire un pré-check avant le jour des retrouvailles, pour éviter que ne se trouvent en présence une amoureuse nouvellement casée en phase bisounours et une tout juste larguée, même si la seconde affirme en être fière. Celles qui sont en couple  et heureuses évoquent avec poésie le joli nuage sur lequel elles planent. Celles qui sont en couple mais dans une passe moins agréable vont se plaindre gentiment, tout en montrant leur volonté de s’accrocher. Pour celles qui sont célibataires, c’est simple : soit elles ne voient personne qui leur plaît et il n’y a rien à dire, soit elles ont repéré un type intéressant, et tentent de trouver comment attirer son attention.
  • Une fois cela fait, les phrases échangées ne varient pas tellement sur le fond, c’est juste que l’on entre dans un degré d’approfondissement supérieur. Les casées joyeuses vont alors vanter les qualités de leur hommes, énumérer tous les moments géniaux passés ensemble, les projets qui sont sur la comète ou un peu plus concrets, mais en finissant quand même par se prendre un peu la tête, même si tout se passe merveilleusement bien, en se demandant si tout ce bonheur, finalement, c’est bien raisonnable et si ça ne cache pas une couleuvre indigeste.  Les accouplées malheureuses vont décortiquer un à un les facteurs qui font que ça ne marche pas et passer un temps encore plus long à chercher les éléments qui font que les choses vont (ou tout au moins peuvent) s’arranger, souvent  en se sur-culpabilisant au passage sur les raisons qui font que temporairement au moins (et c’est inévitable), les choses ne fonctionnent pas ou moins bien que précédemment. Celles qui ont une cible vont alors demander conseil à l’amie ou aux deux amies présentes, alors que franchement, il faut l’avouer, ces conseils sont généralement peu judicieux, la vision d’un ami de sexe masculin étant généralement moins encourageante sur les chances de succès, ou hélas plus pragmatique sur les moyens à mettre en œuvre, mais en tout cas d’un appui plus précieux.
  • Le cas sur lequel j’ai le plus envie de développer, parce qu’il est (en tout objectivité) le plus distrayant et souvent celui sur lequel il y a le plus à dire, est celui des filles « sans homme tout simplement ». Et là, si vous êtes dans ce cas de figure, préférez les soirées à deux ou trois, de préférence dans la même situation. D’abord pour une raison très terre à terre : rien de plus agaçant lorsque l’on est seule (et sous-entendu que l’on souhaiterait que cela change) que d’entendre la fée clochette agiter son carillon du bonheur en prodiguant ses bons conseils (tu ne sors pas assez, tu ne vas pas dans les bons endroits, tu devrais être plus ceci ou moins cela, tu as essayé lastchanceforsinglegirls.com,… ? Moi je dis ça pour aider, hein !), ni de passer sa soirée à consoler Grisemine de ses malheurs actuels (surtout si c’est la 100ème fois qu’on essaie diplomatiquement de lui faire comprendre qu’elle ne forme pas un couple bien assorti avec beetleroméo ; si c’est la première crise ou lié à un événement ponctuel difficile, la réaction est bien entendu différente et bien plus empathique).  J’en reviens donc au cas initial, non pas pour son intérêt intrinsèque, mais parce qu’il nous permet de libérer nos penchants féministes tout autant que nos frustrations. Et notamment sur la question de « comment rencontrer un homme aujourd’hui » qui peut mobiliser à elle seule le temps de la descente d’une bouteille de vin. Parce que c’est en effet l’une des plus grandes interrogations des femmes actives d’aujourd’hui : où diable vous planquez-vous, hommes, pendant que nous sommes au restaurant (où l’on voit principalement des femmes ou des couples) /  à la salle de sport (où on voit uniquement des filles et des gars musclés dont le niveau intellectuel est si bas que l’on insulterait le pois chiche en lui comparant leur cerveau) / dans les soirées danses de couple (où là encore on trouve essentiellement des filles) ou latino (même public que les salles de sport) / au cours de théâtre (où la pénurie d’hommes est énorme, certains ont d’ailleurs flairé le filon et ne sont pas principalement motivés par monter sur les planches) / en train de visiter une expo (où l’on voit soit des touristes si beaucoup de com’ a été faite, soit personne) ? Ces quelques lignes donnent un bref aperçu de l’ampleur accordée à cette interrogation. Parce qu’il faut bien le dire, les choses seraient nettement plus simples si l’on comprenait comment les hommes organisent leur emploi du temps (même si nous avons bien compris que les hommes justement n’organisent pas grand-chose, en dehors des heures de bureau où ils montrent pourtant de temps à autre qu’ils ont des aptitudes fortes en la matière, qui seraient sans doute transposables à leur vie privée en lieu et place de ce culte de la dernière minute). Le deuxième point qui rend le cas de la célibataire en recherche intéressant est qu’il permet des projections. Et là, que les autres trentenaires soient ou non en couple, les mots fusent avec entrain. Parce que c’est l’occasion de dresser le portrait du copain idéal, sur le mode « toi, ce qu’il te faut » (avec parfois, il faut le dire, quelques maladresses de commises) ou « moi, ce que j’aimerais, ce que j’aimerais vraiment ». Et sur ce point, il faut quand même nous rendre justice, plus l’âge passe, plus – à quelques rares exceptions près – nous devenons réalistes dans nos aspirations : fini le fantasme du bad boy exerçant un emploi de financier bien rémunéré et disponible tous les soirs après 19h qui en plus sait cuisiner, envolé le rêve d’un Einstein déclamant des vers tout en ayant les pieds sur terre et qui tiendrait la comptabilité. Mais être plus pragmatiques ne nous empêche pas de rester idéalistes, et sans y prendre gare, nous nous surprenons quand même à nous demander si un jour nous croiserons le chemin d’un James Stewart attentionné, ayant le sens de l’initiative, ambitieux mais sans excès, ne traînant pas un passé lourd comme trois cantines remplies de béton et ayant un peu le sens de la fantaisie (hein, quoi, c’est aussi fou que le coup du bad boy ? non, pas du tout…). Bref, je disais, un type imparfait et un peu buté, prêt à nous aimer avec nos coups de stress et nos questions existentielles, pour ensemble faire fondre nos angoisses et se rendre la vie plus belle… (je retire ma critique sur les bisounours ;-))

Et tout cela se termine dans la joie et la bonne humeur, sur une note de moelleux au chocolat et de fraise tagada, au plaisir de remettre cela, parce que l’on a beau parler d’hommes beaucoup, on a tout autant besoin de se retrouver entre amies.

En attendant, messieurs, de savoir ce qu’il se dit dans vos soirées bière, je vous salue…

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Hymne au bain

19 Nov

bain

Ah ! Qu’elle est agréable cette chaude torpeur,

Que ressent le quidam au sortir de son bain

Que l’on soit homme ou femme on aime cette langueur

Mêlée du sentiment de redevenir bambin.

Car cher lecteur le bain ne fait pas que laver.

Il est tout à la fois un passage obligé,

Un moment de détente, une bulle de douceur,

Un rite du souvenir des instants de bonheur

Qui montent à la mémoire comme s’élève l’eau chaude,

Laquelle progressivement notre corps enveloppe,

En chassant de nos têtes tout ce qui nous taraude,

Ces préoccupations qui peuvent mettre en syncope,

Pour laisser place au rêve tantôt mélancolique,

Tantôt philosophique ou encore bucolique,

Et permettre à nos muscles, usés par la journée,

Ainsi qu’à notre esprit de sortir reposés.

En une phrase, prendre un bain,

Ça délasse vraiment bien !

Une valise pour deux

19 Nov

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Le Théâtre des Déchargeurs reste fidèle à son habitude d’offrir une très belle programmation, faisant le bonheur des béotiens des strapontins tout comme des initiés des salles intimistes, une excellente pièce avec sa « Valise pour deux ». Une succession de saynètes ayant pour fil conducteur la présence d’une valise, prétexte à aborder avec tendresse et justesse les situations de la vie quotidienne.

Y sont décortiqués les doutes des premiers émois, les affres de la vie amoureuse qui se construit, les disputes, les rêves de vie meilleure, l’envie de tout lâcher, les raisons de tout garder. La pièce aborde aussi les hasards des rencontres sur le quai de la gare, à l’aéroport, la confrontation des personnes issues d’horizons différents, la façon dont chacun peut s’entendre. Sans oublier les travers de la vie en entreprise, l’hypocrisie, la cruauté parfois même pas déguisée. Les dialogues sont très fins, extrêmement bien écrits, contenant une juste dose de cynisme mais toujours teintée d’optimisme. La mise en scène est sobre, avec un parti pris original et très chouette sur les décors (je laisse la surprise). Et cerise sur le gâteau, les comédiens sont tous très talentueux, et l’on sent chez eux l’envie de transmettre au public une pièce à laquelle ils croient vraiment. Le tout donne un beau voyage, ne serait-ce que l’espace d’un moment.

Les coups de cœur au musée

18 Nov

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Il est un loisir auquel j’aime à m’adonner lorsque je ne cède pas à ce vice très parisien de sur-remplir mon emploi du temps du week-end, mais surtout, plus sûrement, lorsque je pars à la découverte des autres villes, françaises ou étrangères : celui de visiter des musées. Un musée, quel que soit le type des œuvres qui y sont présentées ou l’époque à laquelle elles ont été réalisées, c’est d’abord et toujours un lieu où le temps semble arrêté. Comme figé dans une espace spatio-temporel qui est celui des artistes exposés. C’est aussi souvent, en dehors des plus connus d’entre eux, un endroit où le calme règne, où l’on a de l’espace pour se déplacer, admirer, se rapprocher, reculer, contempler chaque objet, meuble, sculpture ou peinture. Pour moi, un musée est comme une promesse : promesse d’évasion, de beauté, de calme, et pourquoi pas de volupté ? Promesse qui sera tenue ou non, mais que je souhaite éprouver. Un musée est aussi comme une attente : sans avoir nécessairement d’idée précise, on souhaite être surpris, ému, dérouté, instruit sur un domaine que l’on ne connaît pas… à chacun sa demande.

C’est ainsi que j’aime à aller flâner dans ces bâtiments où la culture est reine et d’où l’on ressort toujours moins ignorant que l’on y est entré. S’il me tient à cœur de voir les plus célèbres d’entre eux, disposant des plus riches collections, je dois aussi reconnaître que j’aime à les visiter dans de bonnes conditions, sans que l’affluence soit trop forte pour pouvoir profiter à loisir de la beauté du travail exécuté par les maîtres des générations précédentes ou par les talents émergents. J’aime également de ce fait m’égarer dans des musées improbables, peu connus, où l’on peut trouver des petits joyaux artistiques, avec la satisfaction supplémentaire de faire partie du cercle des rares initiés à avoir pu les observer.

Lorsque j’entre dans un musée, je suis donc dans cet état d’esprit, de jeune femme poussée par la curiosité, espérant être happée ou émerveillée par des tableaux pendus au mur, des visages taillés dans la pierre, des photographies témoignant d’instants de vie légers ou poignants, des meubles exceptionnels ou que sais-je encore. En veillant à me documenter le moins possible au préalable pour que mon regard ne soit pas influencée par ce que j’aurais pu lire, pour ne pas me diriger droit sur l’œuvre phare mise en avant parfois aussi vulgairement qu’un paquet de jambon sur une tête de gondole. Je cherche d’abord à m’imprégner de l’ambiance qui se dégage de l’intérieur de l’enceinte, le vieux parquet d’époque qui grince encore, un carrelage de charme ou un linoléum moderne et sans charme, le revêtement des murs, la hauteur sous plafond, le nombre de modèles au mètre carré, la façon dont ils sont organisés, tous ces éléments qui influent de façon si déterminante sur la visite.

Puis petit à petit, une fois habituée aux lieux, je me mets en quête des objets qui sauront me parler, attirer mon œil, qui me feront me rappeler un épisode du passé, qui me surprendront par leur forme ou leur couleur, ces œuvres que j’appelle les coups de cœur artistiques, certains musées en contenant presque trop (et je ne suis pourtant pas cœur d’artichaut), tandis que d’autres n’en renfermeront qu’un ou deux, voire pas du tout. A chaque fois que j’entre, je me demande donc combien d’occasions me seront données de m’émerveiller, réellement, authentiquement. Car lorsque l’on croise un coup de cœur artistique, plus rien n’existe d’autre l’espace d’une seconde, d’un instant ou de longues minutes. Comme une évidence. Un face à face inéluctable, où l’on ne peut se déscotcher du modèle que l’on a en face de soi, où l’on a besoin de le contempler depuis plusieurs positions pour évaluer l’effet – tout particulièrement s’il s’agit d’une peinture – d’une plus ou moins grande luminosité ou de l’angle sous lequel on le voit sur notre ressenti. Avoir le sourire aux lèvres ou une larme au coin de l’œil. Etre comme happé par ce que l’on a face à soi. Vouloir capturer cet instant hors du temps où rien d’autre n’existait plus que nous et l’œuvre. Comme un coup de foudre, le coup de cœur artistique est souvent intense mais fugace, prêt à survenir de nouveau dès que l’on a repris ses esprits, parfois déjà dans la seconde qui suit le précédent. Il est une émotion dégagée de toute réflexion, un penchant parfois inexplicable, une source d’admiration sans faille pour les personnes qui, du fond de leur atelier, ont su mettre dans leur création une partie de leur âme et de leur personnalité, et qui a su si bien leur perdurer. La magie de l’art, comme le dit l’expression…

Alors vous aussi, lors de votre prochaine visite au musée, je vous encourage à oublier les itinéraires bien fléchés et à vous égarer sans peur, vous trouverez sans nul doute votre coup de cœur !

Chronique chocolatière

18 Nov

Après vous avoir parlé de mon amour pour la plume, il est temps de poursuivre la genèse de la création du nom de ce blog, en vous entretenant gaiement de cette denrée exceptionnelle qu’est le chocolat. D’aussi loin qu’il m’en souvienne, le chocolat a toujours été présent à mes côtés, compagnon fidèle des occasions les plus festives et  des coups de blues des mauvaises semaines. Et je m’engage devant témoins à continuer à en manger, dans les moments les meilleurs comme dans les pires, jusqu’à ce que  la réalisation des prévisions de raréfaction des Paco Rabanne du cacao nous sépare.

Le chocolat, donc, ce héros des temps modernes, a été un témoin privilégié et un ami fidèle à chacune des étapes de ma vie. Et là, je vous entends frémir à l’idée de devoir subir les affres de la reconstitution de mon existence, depuis l’heure de ma naissance. Rassurez-vous, je serai brève, je saurai me contenter de narrer les passages permettant de comprendre les tenants et les aboutissants de ma relation avec le chocolat.

Tout commença donc vraisemblablement un matin, encore que mon jeune âge d’alors ne me permette pas de m’en souvenir avec précision, lorsque dans mon biberon fût introduite, en complément de la dose habituelle de lait, une dose de poudre provenant d’une boîte en plastique jaune sur laquelle était collée l’image d’un personnage du nom de Grosquick, qui devait devenir l’un de mes familiers. Très vite je m’habituai à cette dose de poudre journalière. Mais un jour, droguée comme je l’étais déjà, ce goût quelque temps auparavant inconnu, cette simple cuillère pas même rase diluée dans une énorme dose de lait, ne me suffit plus, et je voulus découvrir de nouvelles sensations. C’est alors que je découvris ce que l’on appelle des « plaquettes » de chocolat, là encore avec un emballage jaune et un autre animal dessiné dessus, un poulain cette fois, qui contenaient plusieurs rangés de petits rectangles à découper et à partager. J’étais trop petite encore pour pouvoir vous restituer les sensations qui furent miennes lorsque pour la première fois, j’eus le droit de goûter à cette nouveauté. Toujours est-il que ce jour confirma sans doute définitivement ma dépendance. Depuis, il ne se passe guère un jour sans que, sous une forme ou sous une autre, je ne déguste, engloutisse ou savoure délicatement ma dose de ce précieux aliment.

Car l’avantage du chocolat est aussi que l’on peut le consommer dans de nombreuses déclinaisons. Je ne ferai point non plus ici une liste exhaustive, le propos n’est pas d’écrire une encyclopédie des produits à base du chocolat. Je ne retiendrai subjectivement que mes mets préférés à base de cette substance quasi-divine.

La spécialité que j’affectionne le plus est tout naturellement le chocolat pour lui-même. Mais pas totalement sous sa forme brute, parce que cela serait trop simple – n’oublions pas que je suis une femme, je me dois d’introduire un peu de complexité dans mes goûts – j’avoue être une traqueuse invétérée des dernières recettes imaginées et une victime consentante du marketing offensif opéré par Lindt, Nestlé et consorts sur leurs plaques, quand je n’opte pas pour une gamme plus élevée et davantage de finesse en allant acheter ma plaquette chez un authentique chocolatier plutôt qu’au supermarché. Saveurs caramel, pointe de sel, violette, myrtille, wasabi, meringue, crème brûlée,  macaron, amande, noisette, Grand Marnier, praliné, crème de marron, nougat, pâte d’amandes, fruits secs,… je les ai toutes essayées. Et à chaque fois le même rituel : repérage de la future victime, approche et saisie, gracieux jeté dans joli panier, passage en caisse, imagination en ébullition à l’idée de la découverte de ce mélange innovant et encore méconnu, pensées qui vagabondent tout le long du trajet de retour, jusqu’au moment béni où je sors le précieux carré de son emballage pour l’insérer délicatement sur ma langue et laisser mon palais s’imprégner de cette nouvelle saveur, parfois très incongrue, parfois d’une douceur à m’attendrir moi-même, parfois très relevée pour s’accorder à mon caractère bien trempé, toujours riche et intéressante, et qui a presque systématiquement un goût de revenez-y… Car un carré tout seul bien trop souvent s’ennuie et j’ai définitivement acté que les morceaux de chocolat allaient par paires, parfois d’origine différentes (après tout, qui ne recherche pas à avoir de la compagnie ?). Ainsi, la dégustation du chocolat en tablette est-elle devenue un impondérable, une de ces petites habitudes heureuses qui ponctuent la fin (ou le milieu, et parfois même le début) de la journée, venant s’harmoniser avec le café de l’après-déjeuner ou clore fort agréablement une calme soirée.

Je pourrais disserter encore longuement sur ce classique, cet incontournable, mais je souhaite également vanter les mérites de ce délicieux breuvage qu’est le chocolat chaud. Vous ne manquerez pas de relever le paradoxe qui me faisait tout à l’heure dédaigner cette boisson qui noyait l’arôme cacaoté. Ma réplique est déjà prête, sans doute discutable, mais je parlais alors d’une poudre peu relevée, qui ne m’avait permis qu’un premier niveau de découverte, tandis que je veux désormais vous faire partager mon goût pour le chocolat chaud « à l’ancienne », fait avec d’authentiques carrés fondus à la casserole avec le lait, auquel on ajoute une touche de crème fraîche pour obtenir une texture plus dense. Cette recette, que l’on trouve dans les authentiques salons de thé, type Angelina ou Carette, est encore meilleure au milieu de l’hiver réunis à plusieurs, en famille ou entre amis, devant la cheminée, pour accompagner de longues discussions qui réchauffent les esprits mieux encore que le contenu de la tasse ne réchauffe les corps frissonnants à cause du froid de l’hiver.

Afin d’éviter de vous retenir trop longtemps, j’en viens maintenant au dessert, et, s’il en est de très nombreux qui contiennent du chocolat, il en est un qui me ravit tout particulièrement. Tantôt nommé fondant, tantôt mi- cuit, il s’agit de ce dessert généralement de forme ronde, dont les bords sont bien fermes et le centre presque comme une sauce, le mélange de ces textures lui conférant tous ces charmes. La cuisson de ce petit gâteau est donc l’élément clé qui en fera ou non le succès, plus encore que le dosage des ingrédients. C’est cela aussi que j’aime particulièrement dans le fondant, l’attention du cuisinier ou de la cuisinière à sortir sa préparation du four juste au bon moment pour réjouir ses convives. Et qui fait que les préparer est un bonheur tout autant que les manger. Et plus encore ce caractère métaphorique dont ils sont porteurs : forts et solides d’aspect extérieur, moelleux et coulants à l’intérieur, cela ne vous rappelle pas une ou plusieurs personne(s) que vous aimez ?

Je vous laisse, j’ai des gâteaux à sortir du four et des êtres chers à appeler pour les déguster…

Shabbath

16 Nov

Dans mon panorama des pièces à voir, je passe ce soir à la danse contemporaine pour vous présenter l’un des spectacles que j’ai trouvés les plus marquants de cet automne théâtral. Il s’agit du spectacle Shabbath par la compagnie Interface, en ce moment à l’affiche les dimanche soir (un bon moyen pour échapper à l’effet grisaille de la fin de week-end) ainsi que les lundi soir (parfait pour commencer sa semaine intensément) au Théâtre des Mathurins. Autant le dire tout de suite, si vous voulez de la légèreté, passez votre chemin.

Si par contre vous aimez le spectacle vivant qui prend aux tripes, qui vous touche, qui vous secoue un peu, qui vous fait réfléchir, si vous aimez l’esthétique de la danse et êtes sensibles à la force des notes et à la présence d’un timbre de voix qui vit au même rythme que les mouvements chorégraphiques, cette création est faite pour vous. Il est une réflexion sur le passé, sur les dictatures, les autoritarismes, sur ce qui enferme et ce qui libère. Il est aussi un hymne au refus d’accepter, à la poursuite de ses convictions, contre ce qui les freine. Si vous en lisez la présentation, beaucoup plus complète, il n’est sans doute pas décrit exactement comme tel, je me permets de le présenter de la manière dont je l’ai compris, vécu dans mon fauteuil, surplombant la scène depuis le balcon. Il y a sans doute autant de façons de l’appréhender, de le saisir, de se l’approprier (ou de le rejeter), d’y donner du sens qu’il y a de personnes dans la salle, je ne prétends donc pas loin de là, à l’universalité dans mon propos.

Ce que je trouve remarquable, c’est d’abord la forme audacieuse que prend cette belle séquence scénique. D’abord une musique intense, créée spécialement pour l’occasion, et qui alterne les styles, passant du plus classique à des rythmes proches du rap en passant par des airs chantés qui évoquent les polyphonies corses, avec cette alternance entre la bande son et la voix au timbre magnifique du chanteur comédien. Ensuite, ce parti pris original d’y superposer des phrases, qui tantôt s’imposent par leur force, tantôt se font happer par la musique, à d’autres moments encore ne prennent de sens que par l’intonation qui leur est donnée, sans que les mots qui soient prononcés n’apparaisse comme un tout construit et cohérent. Et enfin, la présence des trois artistes sur scène, les deux danseuses et le comédien déjà cité, qui font apparaître que les mouvements du corps, les interactions, les gestes d’accueil et de mise à distance sont à eux seuls un langage, parfois plus vivant que celui qui est purement verbal.

Une fois le rideau levé, Shabbath emporte, transporte, émeut, et fait passer des messages parfois durs, mais en ayant réussi le tour de force de toujours préserver assez de légèreté pour ne pas mettre mal à l’aise, ne sombrant jamais ni dans la violence, ni dans la vulgarité, misant plutôt sur la beauté pour toucher l’âme sans la fragiliser. Ce spectacle est un tableau vivant, que l’on contemple avec ravissement, en attendant l’œuvre suivante qui devrait, pour le plus grand bonheur de ceux qui sont déjà conquis, nous arriver très prochainement.

Liens (site de la compagnie et vidéo) :

Du plaisir de prendre la plume

15 Nov

plume 4

Il y a quelques jours sur une impulsion, j’ai décidé de créer un blog. Une décision spontanée, subite, mise à exécution sans préavis, sans peser le pour et le contre. Une envie imprévue, à laquelle j’ai donné corps en moins de temps qu’il n’en faut pour déguster un carré de chocolat. Un petit coup de folie au milieu d’une vie minutée, planifiée, précisément organisée. Mais un choix qui ne doit rien réellement au hasard. Car écrire est pour moi un peu comme respirer, un besoin vital. Alors quand il s’est agi de trouver un nom pour ce blog, le mot plume s’est très vite imposé.

La plume est le symbole de légèreté, tout comme l’écriture est un moyen de mettre de la légèreté dans sa vie. Non pas que les mots couchés sur le papier soit futiles, loin de là.  Les lettres que l’on lie l’une à l’autre, les expressions que l’on assemble, les phrases que l’on construit prennent sens parce qu’ils reflètent la profondeur d’esprit de leur auteur, parfois et même souvent celle de leur âme également.

L’écriture est légèreté en premier lieu parce qu’elle libère celui ou celle qui la pratique des idées, des concepts, des messages ou des histoires qui étaient enfouis en attente d’être dévoilés. Elle met à part soi les préoccupations que l’on peut avoir, permettant une mise à distance, un autre regard, allégeant donc littéralement le cerveau de pensées pouvant être pesantes. Mais son rôle ne saurait se résumer à cela. Elle est aussi légèreté parce qu’elle permet de dire des choses simples, qu’elles soient comiques ou ludiques, tendres ou poétiques, elle est un moyen d’intégrer un peu de rêve et de magie dans un monde dont il est parfois mal vu de vouloir s’évader. Ecrire, c’est voguer sur un nuage, s’enfoncer dans sa bulle, se prélasser dans un doux cocon faits de mots à attraper, à mélanger et à rattacher les uns aux autres en un tout qui soit pour nous cohérents.

L’écriture est légèreté également en ce qu’elle est un jeu : dans le style, dans les tournures de phrases, dans les doubles sens volontairement introduits, la personne qui écrit divertit son esprit tout autant qu’elle s’amuser à balader son lecteur potentiel, à brouiller les pistes, à le faire lanterner pour mieux le surprendre. Elle est aussi un jeu sur les émotions, et ce n’est sans doute pas un hasard si justement on trouve ces trois lettres « m-o-t » dans émotions, parce que ces dernières sont le lieu où les mots se bousculent, se confondent en un tout désordonné mais riche de tout ce vocable qui les construit et permet de les nommer…

L’écriture est aussi comparable à une plume en ce qu’elle ne suit jamais un itinéraire linéaire, voguant au gré du vent, tantôt s’élevant, tantôt retombant , traçant son sillon, empruntant parfois des chemins de traverse pour finalement venir doucement et délicatement se poser sur le papier ou le support (vingt-et-unième siècle oblige) auquel elle est destinée. Le texte qui au final est donné à lire (ou conservé précieusement par celui qui en est à l’origine) est le reflet de cette lente descente de la plume, des éléments qu’elle y croise – soleil ou intempéries, arbres ou rochers, faune ou flore – et des interactions qui vont se créer à leur contact. Car l’écriture se nourrit tout autant de ce qui est inscrit dans les tripes et dans le cœur d’un auteur que de son environnement extérieur. L’écriture est la concrétisation de cette rencontre entre une idée, un sentiment, une pensée et un élément déclencheur qui va soudainement conduire une personne à se saisir d’un stylo (ou de son clavier) pour formaliser la réflexion ou l’histoire dont il lui est devenu impératif de la sortir d’elle-même pour pouvoir la regarder ou la faire lire. L’écriture, c’est ce cadeau-là, que l’on se fait à soi ou que l’on offre parfois avec sérénité, parfois avec anxiété, que ce soit par nécessité ou par générosité, au regard d’un ou plusieurs autres humains.

Le symbole de la plume m’est cher enfin parce que la plume est un objet qui sert à l’écriture. Elle a ce charme suranné des manuscrits anciens, cette force particulière de véhiculer tout un imaginaire lié à des siècles depuis longtemps écoulés. On lui associe aussi ce vieux papier rugueux, fait d’aspérités mais en même temps si agréable à toucher, ces feuilles que l’on ose à peine caresser, ces pages que l’on n’ose tourner qu’en prenant mille précautions pour ne pas les abîmer, qui n’ont pas flétri malgré les années. La plume évoque aussi une odeur, celle de ce même papier jauni, et aussi celle de l’encré séché, qui contraste avec la fraîcheur des idées. L’écriture est un univers, elle est atemporelle autant que démodée, elle fait rire aux éclats tout autant que pleurer, elle mène à réfléchir ou bien à s’évader vers de lointaines contrées. Elle est l’une des plus belles façons de glorifier les plus beaux mots. Les auteurs sont mortels, mais elle est éternelle, et je la remercie d’être entrée dans ma vie, puisse ma main manier la plume longtemps, souvent, et toujours avec contentement !

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