Jean et Béatrice

10 Déc

Avec un peu de retard, parce qu’elle n’est plus à l’affiche, ou avec beaucoup d’avance, parce qu’elle est programmée à Avignon en mars prochain, je voudrais vous parler d’une pièce que j’affectionne au point d’être allée la revoir et d’avoir fait l’acquisition du texte. Cette pièce, c’est Jean et Béatrice, écrite par la canadienne Carole Fréchette, dont les pièces semblent actuellement très prisées dans notre belle capitale (celle-ci par exemple a été plusieurs fois mise en scène en 2010-2011).

L’histoire commence comme souvent de façon simple. Une femme, Béatrice, placarde une annonce sur les panneaux de son quartier : « Jeune héritière, lucide et intelligente, qui n’a jamais aimé personne, recherche un homme qui pourra l’intéresser, l’émouvoir et la séduire. Dans l’ordre. Récompense substantielle ».  Cette femme vit seule dans son appartement en haut d’un immeuble qui semble désaffecté et dont l’ascenseur est en panne. Naturellement, la pièce ne pourrait pas prendre forme sans qu’un homme se présente. Et ce sera Jean, un homme un peu brut de décoffrage au premier abord, venu pour gagner, et dont on apprend très rapidement que la principale activité consiste à « collectionner les billets de vingt ». Et pour les obtenir, il lit les annonces et va chasser les récompenses. Pour Jean, cette annonce, c’est donc à l’origine un défi de plus, une occasion de ramasser une liasse conséquente de billets de vingt. Il est pressé d’en découdre.

L’action se met donc en place, un quart d’heure pour chaque épreuve. Et la première étape, susciter l’intérêt, arriver à ce que cette jeune héritière reste suspendue à ses lèvres. Elle est seule, un peu névrosée, fait tout pour le déconcentrer, pour ne pas se concentrer sur ses paroles, pour ne pas se mettre à l’écoute en quelque sorte. Et c’est autour de cette peur, tout autant que de ce désir pleinement humain de se laisser atteindre que va tourner tout le jeu de ces deux personnages. Chacun des deux protagonistes porte sa solitude en étendard, et alternativement, ils vont laisser leur carapace se fissurer pour mieux la renfiler après. Parce qu’ils sont aussi fragiles l’un que l’autre. Parce que dans le fond, ils ont cette envie d’aimer, mais ils ont une telle trouille qu’ils préfèrent se mettre à distance des souffrances que cela pourrait leur causer. Et dans cette mise en scène très épurée d’Hélène Lebarbier, les deux acteurs (Frédéric Gray et Valérie Parisot, remarquables par la générosité et l’intensité de leur interprétation) tour à tour nous font rire par leur enthousiasme pour ce jeu auquel ils s’adonnent, nous émeuvent pas les résistances dont ils témoignent et qui nous renvoient inévitablement aux nôtres, et nous émeuvent par la sincérité qu’ils mettent dans l’incarnation de ces deux personnages, lui, faussement hermétique ayant choisi de se blinder de toute émotion, elle vraiment rêveuse et poussant très loin dans le registre de la femme déjantée.

Le vainqueur ne vous sera pas dévoilé ici, pour maintenir bien sûr votre curiosité et vous inciter à aller vous intéresser à cette pièce, vous laisser émouvoir par sa densité dramatique, et sans aucun doute en ressortir séduit(e) et avec l’envie d’en parler. Mais sans aucun doute, c’est l’émotion qui l’emporte…

La bande annonce :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=q85RzdypkzI

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