Jeune ou pas jeune ?

11 Déc

Lecteur, lectrice,

As-tu déjà vécu cette fascinante transition, qui se vit généralement entre 30 et 40 ans, plus précisément dès 31 ans pour les femmes, rapidement matures, souvent vers 39 ans pour les hommes, éternels adulescents (je provoque moi ? mais non, pas du tout enfin…), entre la jeunesse et… en fait euh…disons… la deuxième jeunesse ? N’as-tu jamais vécu ce moment, étrange et pénétrant, où cet âge jusqu’alors inconnu a fait de toi ni tout à fait un jeune, ni tout à fait un non jeune, une personne sans qualificatif d’âge qui s’aime mais peine à être comprise dans sa singularité où se conjuguent vitalité et maturité ?

Ndlr : cet article traite de la trentaine mais se veut accessible aux quadras, quinquas et au-delà, qui revivront peut-être de doux souvenirs, ainsi qu’aux vrais jeunes, qui découvriront ce qui leur pend au nez inévitablement.

Parenthèse refermée, je parlais donc de cet état où l’on réalise que l’on a définitivement plus vingt ans. Pour s’en rendre compte, il y a différents signes qui ne trompent pas :

  • Lorsque l’on a besoin d’une semaine entière pour se remettre d’une soirée à laquelle on est restés jusqu’à 5 heures du matin (mais enfin, comment faisait-on pour tenir le rythme il y a cinq ou dix ans ?)
  • Lorsque pour les mêmes raisons, on se met à préférer les dîners ou les soirées qui commencent vers 20 heures pour s’achever avec le dernier métro/bus/tramway à celles qui débutent aux environs de minuit
  • Lorsque l’on n’a plus honte de proposer une tisane plutôt qu’un digestif,  ni même de se donner des conseils pour choisir la meilleure (à ce propos, avez-vous essayé l’abricot / pêche / goyave ?)
  • Lorsque le dimanche soir ou en semaine, on rentre tôt chez soi, en prononçant cette phrase fatale : « j’vais pas traîner, il y a boulot demain, il faut être en forme »
  • Lorsque l’on a ces discussions pleines de nostalgie, plus plaisantes encore en présence des collègues nouveaux arrivés qui ne comprennent rien à à tout cela, où l’on évoque avec ses contemporains notre premier walk-man, qui n’était même pas auto-reverse, l’époque de la télé sans télécommande avec les gros boutons que l’on poussait à la main, le téléphone à cadrans avec l’écouteur derrière où l’on se trompait une fois sur deux sur un des derniers chiffres et où il fallait tout recommencer (NB : ces quelques phrases sont spécialement dédicacées aux générations plus anciennes), et puis l’époque des pogs, des échanges de cartes panini, du tang, du magnétophone (oui, oui, magnétophone, et encore, je me retiens de faire une envolée lyrique sur le mange-disques) que l’on utilisait pour enregistrer nos chansons préférées lors de leur passage radio…
  • Lorsque l’on commence, chose affreuse, à dire, en voyant les ados de 15 ans « à notre époque, les choses étaient différentes… »
  • Lorsqu’on trouve que c’est chouette de voir des musées et des monuments et que ce n’est pas un truc ringard comme on le pensait autrefois
  • Lorsque l’on commence à penser produits de placement / projet immobilier, plutôt que sac à main de luxe et garde-robe assortie / grosse voiture de sport
  • Lorsqu’on ne comprend plus rien en lisant Voici parce que les ¾ des pages sont consacrées à des people de la téléréalité (excusez du peu, on s’est mis à regarder mots croisés plus régulièrement que la star’ac) ou à des stars pour midinettes adolescentes (depuis la séparation de boyzone, on a arrêté de suivre)

Si vous avez souri ou acquiescé plus d’une fois, vous êtes certainement en phase de mutation ou déjà définitivement passé du côté obscur de la force. La bonne nouvelle, c’est que sans être « un jeune », vous êtes « encore jeune ». Et c’est le moment d’en profiter, parce qu’il est fort probable que d’ici quelques années, on s’adresse à vous en disant : « mais tu es encore jeune dans ta tête, c’est ça le plus important » (avec tout ce que cette phrase comporte de cruauté plus ou moins volontaire).

Pour en revenir donc aux atouts de cette « jeunesse de niveau 2 », ils sont nombreux, et il faut les exploiter au maximum avant d’arriver au niveau 3 ou au game over. D’abord, et cela est quand même un vif soulagement, passé le cap des trente ans, on cesse enfin de vous rabâcher cette phrase qui finit par devenir horripilante à la fin de la vingtaine : « y ans, mais tu es tout(e) jeune » avec y <30, mais vous aviez suivi (attention toutefois, pour les femmes surtout, à la potentielle substitution de cette phrase par le non moins agaçant « 30 ans et quelques, mais il faudrait songer à trouver un conjoint et à faire des enfants », encore plus agaçant lorsque vous y songez mais vous évoluez au milieu d’un marais rempli de crapauds sans option de transformation en prince charmant ou très peu de temps après une rupture ou un lendemain de rendez-vous raté…).

Ensuite, parce qu’il y a un ensuite, si justement vous êtes encore sans charge de famille, c’est le moment de découvrir, d’apprendre, de voir des amis, de vous poser quand vous en avez envie… vous êtes indépendant(e) et autonome et encore plein(e) d’énergie.  Autant de raisons de vivre pleinement votre vraie fausse jeunesse. Et si vous vous êtes engagé(e) dans la voie de la maternité / paternité, vos enfants en sont encore à l’âge très agréable, ou, même lorsqu’ils vous fatiguent, ils vous écoutent et vous obéissent encore sans trop rechigner, où vos proches s’extasient devant « ce bébé si mignon » ou « ce petit enfant si spirituel ». Savourez, dans dix ans, ils parleront peut-être de votre progéniture comme de « cet ado ingrat et boutonneux » ou « cette petite peste de lolita », et le pire est qu’il est possible que vous acquiescerez.

Autre gros avantage de cette période d’« entre-deux » âges, vous commencez à bien vous connaître, à savoir ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas, mais vous pouvez encore changer les choses sans trop de difficultés. Une reconversion professionnelle, un changement de lieu de vie, une nouvelle activité par an… les portes vous sont grandes ouvertes. Et l’on ne vous traitera ni de girouette comme lorsque vous étiez vraiment jeune, ni de personne qui envoie tout valser sur un coup de tête comme lorsque vous serez passés à l’échelon de génération supérieur. Cette nouvelle jeunesse, c’est justement celle où on saluera votre sens de l’initiative, votre détermination, où l’on vous encouragera… et tout cela fait du bien.

En somme, jeune ou pas jeune, la question n’est pas là, mais constructive ou pas constructive, que ferez-vous de cette décennie ?

Je vous laisse, il se fait tard, je file boire ma tisane, j’ai besoin d’être en forme pour démarrer un nouveau projet demain 😉

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10 Réponses to “Jeune ou pas jeune ?”

  1. Maime Caillon 5 décembre 2013 à 15:08 #

    Bon je dois être un vieux dans l’âme parce que à certains trucs je me suis dis « ben à 20 ans je le faisais déjà !! ». Y’en a quand même ou j’ai souris et d’autres enfin ou je ne eme suis pas du tout reconnu.

    Un autre truc, qui montre qu’on vieillit quand on est un homme (et plusieurs de mes potes m’ont fait cette remarque) : tu prends du poids sans rien faire de particulier. Et on commence à te dire « oh tu devrais faire du sport toi ». T’as 30 ans, la déchéance physique commence … 😀

    • plumechocolat 10 décembre 2013 à 11:54 #

      Oui, peut-être n’as-tu jamais vécu de jeunesse et tu te rattraperas à 50 ans (ou alors c’est définitivement perdu). Et pour ce qui est du poids, dis-toi surtout que tu as eu la chance de ne pas prendre de poids avant 30 ans :p

  2. Sandra 5 mars 2013 à 11:04 #

    J’ai souris plusieurs fois et pourtant je n’ai que 29 ans… C’est grave docteur ?
    Je découvre ton blog par hasard et j’adore ! Un vrai moment de bonheur en te lisant ! Merci !
    Je file me plonger dans la lecture de tes autres articles.

    • plumechocolat 6 mars 2013 à 09:22 #

      Merci pour cet encouragement, et non, ce n’est pas grave de se poser les mêmes questions à 29 ans 😉

  3. blogdemissbavarde 12 décembre 2012 à 16:18 #

    le bien immobilier c’est bon c’est déjà fait et ça avant mes 30 ans ça fait 2 ans passés que je suis dans mon chez moi et puis pour la fatigue je confirme c’est difficile de récupérer on se fait vieux surtout quand on est une vraie marmotte comme moi 🙂

    • plumechocolat 13 décembre 2012 à 10:11 #

      Je crois que j’ai un souci avec ça, plus je vieillis, moins je dors (l’envie ne me manque pas, mais le temps si ;-))

  4. doro 11 décembre 2012 à 22:26 #

    Je viens de finir la lecture de ton article ma tisane à la main en songeant à aller me coucher pour être en forme demain….

    • plumechocolat 13 décembre 2012 à 10:14 #

      Eh oui, aller se coucher, un rêve que l’on vit tout le long de nos longues heures d’éveil… jusqu’au moment de passer à l’acte

  5. Lutetia 11 décembre 2012 à 10:03 #

    Aie, cette semaine, on m’a dit Madame dans le métro, et ça ne venait pas d’un jeune, mais d’une femme de 40 ans…. dur dur la transition

    En ce qui concerna la décennie à venir, il semble que les choix se fassent tout seul pour moi, j’espère retomber tout de même sur mes pieds…

    • plumechocolat 13 décembre 2012 à 10:16 #

      Nul doute que tu y arriveras, nous les femmes savons retomber sur nos pieds aussi bien en escarpins qu’en talons hauts. Et puis, être appelée madame, ça a un côté flatteur, ça preuve qu’on donne l’impression d’être une femme assurée plutôt qu’une jeune fille pas assez affirmée 😉

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