Wonderwoman raccroche le costume

17 Déc

A l’heure où font de nouveau rage les débats sans fin sur les inégalités de toutes sortes, et notamment sur celles toujours présentes entre les hommes et les femmes, j’ai envie ce soir de digresser sur les jeunes femmes actives indépendantes. Tantôt admirées, tantôt conspuées, cette catégorie (dans laquelle je m’inclus) est l’objet d’une vision très largement faussée. Cristallisant à la fois la méfiance et l’animosité de certains qui les jugent trop fières ou trop arrogantes, et l’envie ou l’admiration d’autres qui les voient comme des créatures libres de n’en faire qu’à leur guise, elles finiraient, si l’on n’y prenait gare, par être vraiment prises pour ces super-héroïnes de séries des années 80, entre Wonderwoman et les drôles de dames de Charlie, avec un ascendant Mac Gyver.

La vérité est comme souvent très éloignée du fantasme. Et je m’érige aujourd’hui contre ce ou ces rôles que l’on voudrait nous attribuer, en tentant au passage d’éclairer un peu notre réalité , à travers ce petit manifesto :

(1)    Nos emplois du temps sont en effet souvent bien remplis. Parce que, lorsque l’on est jeune, et qu’en rentrant chez soi, on sait que tout ce que l’on va trouver une pile de papiers administratifs en souffrance, une barquette de jambon sous vide et un paquet de gâteaux (devinez qui des trois l’emportera…), il est de loin plus agréable d’aller faire du sport (moyen hyper astucieux pour profiter pleinement ensuite dudit paquet de gâteaux), du dessin ou de la couture (à chacune selon ses goûts), de voir ses amis, de se balader paisiblement une fois le beau temps revenu, ou de profiter d’un soir de calme pour s’affaler confortablement dans un siège de ciné.

(2)    Comme je viens de l’énoncer, nous sommes en effet occupées, mais nous ne sommes pas indisponibles. Certaines personnes finissent en effet par croire, parce que nous racontons toutes les choses que nous faisons, qu’il est impossible de trouver un moment pour se voir sans réserver un an à l’avance. Il est possible qu’il vous faille en effet patienter quelques jours, surtout si vous tombez sur une planificatrice (ndlr : espèce répandue de jeunes femmes établissant leur planning plusieurs jours à l’avance pour pouvoir mieux s’en réjouir – rencontrant souvent des problèmes de compréhension mutuelle avec l’espèce des derniers(ères)-minutistes). Mais il nous arrive à toutes d’avoir des moments libres où nous aurons grand plaisir à vous voir. Donc n’hésitez pas à manifester votre envie de passer un moment en notre compagnie.

(3)    Nous n’agissons pas à notre guise autant que vous le pensez. Nous avons aussi un patron qui souvent exige d’autant plus de nous que nous n’avons pas d’enfants (je tiens à souligner que, si elle ne l’est pas toujours sur le salaire, l’égalité hommes-femmes est parfaitement assurée sur ce point), une famille à laquelle il nous arrive de consacrer du temps, des amis avec lesquels les relations sont bonnes aussi parce que nous y mettons du nôtre. Et puis, à côté de cela, la fameuse pile de papiers administratifs dont il faut bien s’occuper à un moment donné, le ménage, les courses… eh oui, ô surprise, en fait, nous sommes soumis aux mêmes obligations que tout le monde (à part celle qu’ont les parents de jeunes enfants d’aller chercher leur progéniture à l’heure, il faut le reconnaître).

(4)    Nous savons bricoler, nous servir d’une perceuse, changer un joint… Parfois nous y prenons même plaisir. Le même qu’un homme qui a peiné une demi-journée pour poser des étagères et qui contemple fièrement son œuvre, parce qu’il est normal et heureux de se satisfaire de ses réalisations. Mais nous sommes ravies également lorsqu’un homo sapiens fort et viril se propose de nous y aider, nous ne tenons pas aussi fort à notre perceuse qu’à l’embout de nos talons.

(5)    Dans le même registre, oui, nous prenons tout en charge dans la vie quotidienne, le ménage, la recherche d’un électricien, la cuisine, le rangement, l’organisation de nos sorties. Parce que c’est comme ça, nous n’avons pas réellement d’alternative. Alors, oui, parfois, il arrive que nous ayons un peu de mal à déléguer. Mais si vous insistez, je suis sûre que n’importe quelle jeune femme indépendante s’y fera.

(6)    Nous n’avons demandé aucun des qualificatifs dont nous sommes affublées. Surtout pas cet affreux concept de célibattantes. La seule chose que nous battons, ce sont les coussins lorsqu’ils ont trop pris la poussière. Nous ne sommes pas non plus des superwomen, capables de faire sécher le vernis à ongles sur une main en plantant un clou avec l’autre. Arrêtez de regarder des films et des séries en pensant qu’ils sont autre chose que des fictions destinées à vous distraire. Quant à notre vie sentimentale, certes, il est des femmes qui changent d’hommes plus vite que Flash Gordon. Mais, de même que tous les hommes ne sont pas des dom juan ou des Aldo Maccione, il existe aussi beaucoup de femmes qui prennent leur temps entre deux relations, qui n’ont pas envie d’être avec quelqu’un juste pour tromper la solitude et attendent celui avec lequel elles pourront construire une relation un peu jolie et romantique (et durable).

(7)    Nous ne sommes pas sans arrêt sollicitées, que ce soit par les hommes ou pour sortir tout court. Nous y mettons du nôtre, entretenant nos réseaux, proposant des activités susceptibles de plaire aux uns ou aux autres. Et parfois, nous avons des phases de découragement, moins envie de nous plier en quatre pour certaines personnes qui souvent profitent sans jamais rien proposer en retour. Et lorsque nous recevons de nombreuses invitations, elles ne viennent pas de nulle part, elles montrent que nous avons su nous faire apprécier, et c’est notre petit moment de gloire à nous, nous sentir reconnues par ces propositions.

(8)    Nous apprécions de sortir seules de temps à autre, non pas parce que nous faisons des crises antisociales, juste parce qu’il y a des moments où l’on a envie de se recentrer un peu, de réfléchir, d’aller voir une pièce ou une exposition un peu expérimentale qui ne plaira pas à nos connaissances, ou de faire une jolie promenade dans le silence. Parce qu’il nous arrive en effet de mettre la télé en bruit de fond, mais il nous arrive aussi comme les autres de rêver de tranquillité.

(9)    Nous sommes fières de notre indépendance, et cela, c’est vrai, c’est difficile d’y toucher, il faut s’y prendre subtilement. Nous avons souvent mis des années à nous assumer pleinement, à nous affirmer dans notre job, à trouver notre rythme, à nous épanouir dans nos diverses activités. Alors, lorsque l’on sent une menace sur ce doux équilibre, les griffes sortent automatiquement. Ne touchez pas à ce qui peut nous fragiliser, on vous aura prévenu(e)s, gens bien intentionnés que vous êtes.

(10) Pour nous protéger, nous faisons en sorte d’avoir l’air toujours pimpantes, joviales, avenantes, dans la dynamique. Mais nous aimons aussi traîner en pyjama (et chaussettes, si si !), passer un jour sans nous maquiller, regarder un film sur le canapé, et faire la grève de la jupe pendant plus d’un mois. En fait, nous aimons ressentir aussi cette sérénité que procure le fait de nous sentir libres de ne pas toujours assurer. Parce que même Wonderwoman prend des pauses pour siroter un bon mojito (ce n’est pas prouvé ? elle devrait alors)…

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2 Réponses to “Wonderwoman raccroche le costume”

  1. plumechocolat 17 décembre 2012 à 12:49 #

    J’avoue que pour le joint moi non plus (et en fait, peu d’hommes savent le faire eux mêmes), mais l’exemple m’a plu 🙂

  2. blogdemissbavarde 17 décembre 2012 à 11:22 #

    c’est exactement ça sauf que je sais pas changer de joint et effectivement je confirme qu’on n’a pas 150 prétendants qui nous attendent tous les soirs devant notre porte…

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