Du projet de loi (oui oui, celui dont tout le monde parle)

17 Jan

J’ai attendu très longtemps avant d’écrire ce billet. Parce que dans mon blog, j’ai envie de parler de tout, de rien, de choses légères ou un peu sérieuses, mais pas d’en faire une tribune politique ou un site militant. Mais là, je me sens triste face à ce qui est en train de se passer autour de ce projet de loi rebaptisé maladroitement et par je ne sais qui « mariage pour tous ».

Je suis triste d’abord de voir toutes les tensions qu’il suscite, plus encore d’observer les gens qui s’insultent sur les plateaux de télévision, sur les réseaux sociaux, dans les soirées, dans la rue quand l’un ou l’autre des camps tracte pour les manifestations qu’il organise. Je suis triste de voir que les médias prennent un malin plaisir à mettre de l’huile sur le feu. Nous vivons actuellement une crise économique forte et durable, plus de trois millions de personnes sont aujourd’hui au chômage et ce chiffre est appelé à augmenter dans les prochains mois, ne devrions-nous pas nous unir pour gagner le combat de l’emploi plutôt que nous injurier dans l’espoir que les autres se rangeront à notre avis ? A ce titre, je pense que la mise en place d’un référendum que certains appellent de leurs vœux, n’est en aucun cas une chose souhaitable, parce que le résultat le plus certain est que la campagne ne fera que durcir les positions.

Je suis triste aussi parce que d’un côté comme de l’autre, les insultes peuvent être blessantes. Je crois que quand un couple, homosexuel ou hétérosexuel, a fait son chemin et construit une relation fondée sur un amour authentique, avec des projets d’avenir, veut s’engager à traverser les doux jours du printemps et les plus rudes de l’hiver, la question de leur permettre ou non de le faire de façon formelle et de bénéficier à ce titre de certains droits et d’avantages fiscaux ne devrait même pas se poser. Je suis triste aussi parce que lorsque l’on s’oppose à ce projet de loi, on se fait taxer d’homophobie avant même d’avoir pu prononcer un mot. Ces incompréhensions réciproques me heurtent profondément. Parce qu’elles vont contre mon véritable idéal, qui est celui de la bienveillance des humains les uns envers les autres. Ne pas être d’accord sur tout est une chose normale, souvent enrichissante même, ne pas se respecter en est une autre. Et dans ce débat, certains qui vivaient hier en harmonie en viennent à refuser de se parler sans prendre le temps de s’écouter.

Je suis triste enfin parce que je crois que certaines des intentions qui sous-tendent cette loi sont mauvaises. C’est pour cette raison que je suis opposée à ce projet. Parce qu’il tend à faire de l’enfant à la fois un droit et un produit. Je ne souhaite pas ici parler de l’adoption, c’est un sujet que je juge complexe dans l’absolu et qui requiert des connaissances que je n’ai pas. Sans compter le fait qu’il y a excessivement peu d’enfants à adopter par rapport au nombre de personnes qui souhaitent les accueillir. Sans rentrer non plus dans les questions liées aux adoptions à l’étranger qui conduisent à éloigner des enfants de leur culture. Encore une fois, c’est un sujet vraiment compliqué. Ce qui me préoccupe, c’est l’idée qui commence à se faire jour au travers des propositions que tout couple devrait pouvoir prétendre à avoir un enfant. Et que pour ce faire, on pourrait aller contre la nature de la conception. Et ce donc à terme pour tous les couples, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels, et d’ailleurs aussi pour les gens qui ne sont pas en couple. Il est donc désormais question de permettre l’assistance médicale à la procréation à des femmes qui ne sont pas stériles. Juste comme ça donc, une femme pourrait donc demain aller dans une clinique et se faire faire un enfant comme on commande un meuble sur mesure (même si bien sûr, là encore, ce n’est pas aussi simple et que je n’ignore pas que le désir d’être mère est vraiment profondément ancré pour beaucoup de femmes envisageant de recourir ou recourant à cette méthode). Et certains applaudissent en parlant de progrès. Mais j’ai beaucoup de difficultés à voir un progrès dans cette marchandisation de l’être humain, qui n’aura plus de parents biologiques identifiables (et sans non plus être experte du sujet, le flou autour de leur filiation est source de questions très nombreuses et très sensibles pour les enfants concernés). Et puisque j’évoque la marchandisation, il m’apparaît très préoccupant également de commencer à parler de gestation pour autrui. Payer une personne pour porter un enfant auquel donc elle fera tout pour ne pas s’attacher pendant la grossesse (et l’on sait aujourd’hui que les conditions de la grossesse ne sont pas sans effet sur le développement psychique de l’enfant et du futur adulte), qu’elle n’aura ensuite jamais le droit de voir et réciproquement, me semble aller contre le respect humain (quand bien même l’on voudra m’opposer que les personnes prêtes à payer 20 000 dollars pour un enfant ont plein d’amour à donner, ce à quoi je répondrai qu’il y a sans doute plein de personnes autour d’eux auxquelles cet amour fera bien plaisir [et les 20 000 dollars également d’ailleurs – pardonnez cette once d’humour jaune]).

Pour ma part, je suis triste de me dire que dans une à deux générations, on pourra fabriquer des enfants, parce qu’on en a « envie » (je pousse volontairement le trait, mais à quand les services après-vente où on pourra les rapporter quand on en n’aura plus envie – ce qui au passage arrive déjà dans le cas d’adoptions ou de GPA ayant lieu à l’étranger lorsque le couple adoptant se rend compte que l’enfant souffre d’un handicap ou d’une maladie ?). Je le dis donc ce soir, quitte à paraître rétrograde ou conservatrice, je ne veux pas que ces droits-là soient institués. Je souhaite que les enfants qui sont nés, qui naissent aujourd’hui et qui naîtront demain voient le jour non pour satisfaire un caprice mais pour devenir des hommes et des femmes épanouis et bienveillants qui n’insulteront pas les autres sans prendre le temps de les comprendre. Et surtout qu’avant de « trancher » à la hâte de façon totalement passionnelle sur ces modes de procréation, l’on se donne du temps. Que l’on laisse grandir les enfants nés aujourd’hui « hors de la légalité », et qu’on puisse écouter leur parole une fois devenus adultes pour prendre des décisions plus éclairées et plus justes.

Et pour cela, il est nécessaire que dès aujourd’hui, le gouvernement écoute ceux qui se préoccupent du bien-être des futures générations, sans précipitation à visée électoraliste pour faire passer une loi bâclée aux forceps. Et s’il veut vraiment agir dans l’urgence, plus de trois millions de personnes ont besoin d’un emploi, et vite !

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4 Réponses to “Du projet de loi (oui oui, celui dont tout le monde parle)”

  1. JCM (@jchmfly) 24 janvier 2013 à 00:13 #

    A mon tour de me lancer et d’exposer mon opinion sur ce sujet. Je le fais ici, car ton blog est un lieu de réflexion apaisée et sensible, qui n’a pas encore la fréquentions et la visibilité du New York Times (ce qui est en l’occurrence un avantage pour débattre sereinement)
    Je suis favorable à ce que toute personne majeure et consentante puisse aimer et s’unir, pour envisager ensemble une vie épanouissante. Si certains souhaitent se marier, qu’ils le fassent, bien que je tienne cela pour une folie.
    Le mariage ne devrait être autorisé qu’à partir d’un âge très avancé, pour garantir des droits sociaux. Se marier jeune est surement le meilleur moyen de financer les avocats, encombrer les tribunaux et de se rendre malheureux. Je pense sérieusement qu’on pourrait imaginer une période de probation de 30ans de vie commune avant de se contraindre au mariage. Il scellerait alors l’union véritable (et probablement jusqu’à la fin de vie) de 2 êtres.
    Mais comme toi, je pense que ce qui est dérangeant dans ce débat, est le sort fait aux enfants. Sans aller jusqu’à la PMA. Avoir des enfants n’est pas un droit, ni une obligation ou fatalité (j’entre sur un terrain très glissant, je vais essayer d’être précis pour me faire comprendre).
    – j’écarte immédiatement toute référence religieuse.
    – l’avortement pour les enfants non désiré est un progrès. Il mériterait d’être mieux encadré. J’entends qu’il se réalise trop souvent dans des conditions médicales et psychologiques très difficile.
    – être parent (biologique et/ou adoptif) implique de grands devoirs. Il serait vraiment souhaitable que ces devoirs et implications soient mieux expliqués (à tous), plutôt qu’offrir ce Droit à Enfants.
    – avoir des enfants est une joie et Etre capable de s’en occuper et de les éduquer pour en faire des adultes épanouis est un bonheur immense, qui nécessite de qualités qui s’apprécient bien au-delà de la procréation.
    Le projet de loi, permettant, implicitement ou explicitement, de réclamer ce droit à la procréation, je trouve cela inapproprié. Et j’y suis défavorable. Un meilleur projet est souhaitable.
    Je n’irai pas manifester (ni pour, ni contre) car je pense que ces déchaînements de caricatures et amalgames ne font que radicaliser les 2 camps. Ce qui me laisse peu optimiste sur l’émergence d’un projet équilibré et progressiste.
    Quant à ta conclusion, j’y souscris à 100%. Il y a d’autres combats important et impactant pour nous tous

    • plumechocolat 24 janvier 2013 à 17:24 #

      Merci pour ta réaction, je suis heureuse moi aussi, que mon blog ne soit pas celui du New York Times ;-). Je crois comme toi qu’on oublie trop souvent qu’on ne met pas des enfants au monde pour se faire plaisir, mais bien pour les aider à grandir. Et qu’être parent apporte de grandes joies, mais aussi de grandes responsabilités, et que chacun devrait en être conscient lorsqu’il fait le choix de mettre un enfant au monde. Pour ce qui est de la folie de l’acte du mariage que tu décris, je te laisse seul maître de ta vision. En revanche, je crois aussi que s’engager nécessite de faire preuve d’un discernement sur soi, sur l’autre et sur ce qu’est un couple que beaucoup n’ont pas lorsqu’ils passent devant M ou Mme le Maire. Mais c’est un autre sujet…
      Et je dois dire que moi aussi, je souscris à ma conclusion, je crois que favoriser l’emploi est bon pour toute société, et cela devrait faire consensus normalement.

  2. Marot 18 janvier 2013 à 10:53 #

    Il est je pense important de dire que dans le projet de loi actuel, la PMA ne figure pas. Seuls sont prévus le mariage et l’adoption de l’enfant du conjoint (+ adoption en général mais en étant très honnêtes, aucun homo ne pourra adopter, s’il se déclare en couple, à l’étranger et, en France, il n’y a quasiment pas d’enfants adoptables).

    Les débats sont donc sur un sujet qui ne figure pas au projet (pour rappel amendement PMA a été retiré)

    Pour en revenir à l’accès à la PMA qui vous inquiète, à juste titre puisque vous n’avez pas, je pense, toutes les informations. Ce qui est demandé c’est un accès dans les mêmes conditions que les hétéros. Ce n’est donc pas n’importe quelle femme célibataire qui pourra avoir un enfant mais un couple de femmes pouvant « prouver » deux ans de vie commune. On est donc bien ici dans un projet parental qui repose sur un couple uni.
    Enfin, la femme n’est pas stérile certes. Mais le couple l’est. L’accès à la PMA est ouvert à un couple stérile (ce peut être l’homme). Ici nous sommes bien en présence d’un couple stérile.

    La question de l’accès aux origines est importante mais là aussi, ne fait pas partie des demandes, légitimes, des homosexuels. Il y a ici une question de fonds qui doit, à mon sens, être débattue au niveau des lois bioéthique, concernant le lever de l’anonymat du don, anonymat, je le rappelle, qui a été mis en place pour « légaliser » le fait de mentir aux enfants, nés dans un couple hétéro, d’une IAD/FIV avec don de sperme et ce afin que l’homme paraisse aux yeux de tous le « géniteur » de son enfant.

    Il y a donc bien des amalgames, souvent, dans le discours de ceux qui ne sont pas favorables. A mon sens aucune (ou peu) d’homophobie. Juste une très mauvaise connaissance du sujet, du projet de loi et des enjeux réels.

    • plumechocolat 24 janvier 2013 à 17:13 #

      De fait, comme vous le dites, l’AMP a été retirée du projet de loi. Mais le fait qu’elle y ait été intégrée augure malgré tout sans doute du fait qu’elle reviendra prochainement sur le devant de la scène. Comme je l’ai écrit, je suis favorable à la notion d’engagement pour ceux qui savent ce que représente ce mot. Je pense cependant que cette notion est bien à distinguer de celle de la vocation de tout couple à avoir des enfants. Avoir un enfant est une responsabilité, mettre un humain au monde devrait (même si ce n’est hélas pas toujours une réalité, loin de là) impliquer le désir de le faire grandir dans des conditions favorisant son épanouissement : il y a lieu de s’interroger sur la fabrication en laboratoire, et, bien pire, la « location du ventre » d’une femme souvent financièrement nécessiteuse va dans ce sens, il me semble à moi que ce n’est pas le cas.

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