De la vocation sociale de l’entreprise

7 Fév

Alors que les patrons d’entreprise se plaignent, et souvent à juste titre, des difficultés d’entreprendre en France, et notamment  du poids des charges fiscales et des règlementations sur le plan administratif et du droit du travail, je souhaiterais aussi parler de la place qu’elles accordent à leurs salariés. Il ne s’agit pas ici d’avoir un raisonnement binaire « salauds de patrons / gentils salariés ». Il y a de bons patrons et de mauvais salariés, et inversement.

Mais je souhaiterais rappeler que l’entreprise n’a pas pour seul but d’accroître sa rentabilité. Et surtout que dès lors qu’elle emploie une ou plusieurs personnes, elle a des obligations légales vis-à-vis de ces personnes, qui ne consistent pas seulement à leur verser un salaire à la fin du mois en contrepartie du travail qu’ils effectuent. Elle se doit aussi de leur assurer de bonnes conditions de travail et de veiller à leur sécurité et à prévenir autant que possibles les risques psycho-sociaux qu’ils pourraient encourir. Et j’irais même au-delà, je crois que tout dirigeant devrait par essence, sans y être contraint par des articles de loi, être sensible à l’épanouissement de ses collaborateurs.

Parce qu’en effet, aujourd’hui, plein de modes existent : l’entreprise fait du social à l’extérieur, en créant des fondations, en sponsorisant des associations ou des évènements, en se lançant même dans le business du social. Elle affiche ses événements en faveur du développement durable, à grands renforts de programmes de recyclage et de réduction des déchets, de limitation de l’impact environnemental de ses activités, en affichant des actions RSE (comprenez : responsabilité Sociétale de l’Entreprise).

Cependant, au milieu de tout ça, elle oublie qu’elle est portée par les humains qui la composent. Cela finit par lui être dommageable d’ailleurs, parce qu’en n’accordant pas assez d’importance à ce que vivent ses employés au travail, elle finit par les démotiver et à les conduire au mieux à être peu productifs, au pire à être moralement ou psychiquement blessés, parfois légèrement, mais parfois aussi plus durement. Mais surtout, les personnes qui sont à la tête de l’organisation sont eux aussi des humains. Qui sont, comme leurs subordonnés, sensibles à la reconnaissance qui leur est offerte, à la réalisation des tâches intéressantes, d’en comprendre le sens, à la possibilité de produire de la qualité et aussi de développer leurs compétences, le tout dans une ambiance de travail saine.

Et ils devraient être d’autant plus sensibles à tous ces éléments qu’ils ont souvent souffert avant d’arriver à la tête de leur société ou en la créant eux-mêmes, des difficultés à bénéficier de tous ces atouts. Or, certains, plutôt que de faire bouger le système, ont tendance à pérenniser ses imperfections, soit par fatalisme, soit par esprit revanchard. Ou parce qu’ils subissent eux-mêmes des pressions de plus haut ou de leurs clients qu’ils font redescendre plus bas, parfois en les multipliant. Là encore, il ne s’agit pas de blâmer le sommet de la pyramide sans évoquer les coups bas qui peuvent se tramer en bas de l’échelle, ou les comportements de passagers clandestins, de rébellion ou de critiques dont peuvent faire preuve certains salariés. Nous sommes tous collectivement responsables d’aider les autres à grandir au travail, avec une nécessaire impulsion donnée par le haut. Parce que les patrons se doivent de démontrer qu’ils ne sacrifieront pas le bien-être de tous pour un ou deux points de marge supplémentaire. Et parce qu’ils témoignent de leur considération pour les hommes et les femmes qu’ils emploient, ils créent une dynamique vertueuse d’adhésion au projet de l’entreprise, de fidélité, d’implication, et parfois même d’innovation (ce qui, par la même occasion, peut booster les bénéfices de plus d’un ou deux points).

L’entreprise est une belle aventure, elle peut conjuguer la croissance financière à celle du savoir-faire et de la satisfaction du travail bien fait de ses collaborateurs, qu’elle ait  l’audace de poursuivre conjointement ces deux buts, les sensations que l’odyssée lui procurera n’en seront que plus vives !!

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4 Réponses to “De la vocation sociale de l’entreprise”

  1. arnaudknobloch 15 avril 2013 à 11:52 #

    Je suis tombé par hasard sur cet article et je le « plussoie » à 100% 🙂 ! De mon point de vue, les entreprises ont compris cela et vont dans le bon sens (avec un peu de retard pour la France tout de même) et peut-être que celles que ne l’ont pas compris ne survivrons plus longtemps…

    • plumechocolat 15 avril 2013 à 13:14 #

      Il reste hélas encore beaucoup d’entreprises où cela n’est pas bien intégré, mais on peut espérer en effet que cela change progressivement. Bienvenue sur ce blog où le hasard vous a mené 😉

  2. JCM (@jchmfly) 7 février 2013 à 13:39 #

    En allant plus loin, on peut imaginer (ou constater) que certaines entreprises voient leur rôle social supplanter l’aspect productiviste. Autrement dit, que leur rôle serait de « prendre en charge » leur employés d’un point de vue financier (salaire), santé (mutuelle complémentaire), éducation (formation) et développement personnel (expérience, rencontre, confiance en soi, mise en valeur, ..). La « production » deviendrait un alibi ou un support, et non l’inverse comme souvent aujourd’hui où la production est l’objectif principal, autour duquel est construit le business plan, et la variable d’ajustement est « la masse salariale »
    Evidemment le but n’est pas de supprimer l’aspect économique, mais on pourrait rêver d’un éco-system où d’entreprise mettrait en avant ses qualités sociales et se verrait récompenser une grande attractivité de ses « clients » qui choisiraient l’entreprise en question, non pas en fonction du meilleur prix, mais du meilleur service offert (interne et externe).

    Je rêve (ou j’anticipe) trop. Je retourne produire…

    • plumechocolat 8 février 2013 à 15:47 #

      Je constate que tu as encore plus d’ambition que moi sur la place de l’Homme dans les entités de production à vocation de profit. Puisses-tu faire quelques émules…

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