Fin de partie

9 Fév

Cette semaine, j’ai eu la chance de découvrir le Théâtre de l’Odéon. Il reste en effet peu de salles parisiennes qui n’ont pas encore eu ma visite, il se trouve que celle-ci en fait partie. Et le fait même d’y poser les pieds m’a donné envie d’y retourner. Certes, le cadre ne vaut pas celui de l’Opéra Garnier, pour autant il est quand même impressionnant. Inauguré en 1782 par Marie-Antoinette, brûlé à plusieurs reprises et dont la dernière rénovation s’est achevée en 1945, le lieu, qui accueillit des artistes non moins renommés que Sarah Bernhardt, impressionne tant par la beauté de son architecture que par sa magnificence et son volume intérieurs. C’est donc confortablement installée dans un siège de largeur presque exceptionnelle pour une salle de théâtre (et avec de la place pour allonger les jambes), en admirant la magnifique fresque d’André Masson sur Apollon, que j’ai pu profiter de cette pièce de Beckett.

En arrivant, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Je connais mal l’univers de Beckett. Et autant j’avais gardé un excellent souvenir de la représentation d’ « En attendant Godot » vue lorsque j’avais tout juste 15 ans (probablement l’une de mes toutes premières sorties théâtrales), autant j’étais sortie avec une déception énorme de « la dernière bande » l’an dernier au Théâtre de l’Œuvre, spectacle déjà porté (hélas mal pour cette fois) par le grand Serge Merlin. Et je dois dire, que cette fois-ci, le pouvoir de l’enchanteur s’est par bonheur bien mieux fait sentir. Il est difficile de raconter cette histoire, parce qu’il n’y a pas vraiment d’histoire. Le propre de l’absurde sûrement. Tout se joue dans les interactions et le croustillant des dialogues. Hamm est paraplégique et aveugle, Clov est vouté et incapable de s’asseoir et est au service de Hamm. Clov ne cesse de menacer de partir face aux injonctions de son maître, mais comme Godot ne viendra pas ce soir, Clov ne partira pas ce matin. Au milieu de leurs dialogues savoureux apparaissent les parents de Hamm, personnages eux aussi décalés et presque fantômatiques.

Dans cette pièce, les caractères se confrontent, s’affrontent, et tour à tour prennent l’ascendant ou se placent sous la dépendance de l’autre. Et on rit souvent, en observant ce balai d’une routine qui n’est jamais totalement routinière. On se laisse aussi atteindre par quelques remarques qui ne sont pas, contrairement aux apparences, sorties de nulle part. Et on attend cette fin annoncée de la partie, qui semble ne jamais pouvoir arriver. Et pourtant si. Et si le dernier mot est au maître, les dernières phrases qui résonnent sont bien celles du serviteur. La partie se termine donc, mais les mots de Beckett, eux, ne meurent pas.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

rienaredire

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

#EtaleTaCulture – La Culture Générale pour briller en société

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

%d blogueurs aiment cette page :