Petit classement des consultants

25 Mar
Depuis quelques années déjà, la mode dans les entreprises est à la multiplication des consultants. Comme si les organisations ne pouvaient plus penser par elles-mêmes, elles requièrent donc à des personnes externes, qui vont leur apporter leur regard externe pour améliorer leurs process, leur organigramme, leur communication, leur stratégie et j’en passe… Parfois consuls-temps, parfois cons-sultans, parfois vraiment de bon conseil, ces hommes et ces femmes, facturés selon la règle du « taux de jour/homme » (à savoir un forfait quotidien dont le montant peut varier du simpe au triple selon la renommée, les frais de structure et les taux de marge de leur employeur) se répartissent en différents profils. J’en ai listé ici quelques-uns, mais je suis certaine qu’il en existe d’autres que vous avez peut-être déjà rencontrés.
  • Le tchatcheur : on le voit partout, encore plus dans le secteur de la communication (prononcer com’). Il faut dire que la base de son métier, c’est aussi d’avoir une réponse à chaque question qui lui est posée, de préférence dans l’instant. Du coup, certains développent une compétence pour parler qui tend à virer à l’excès, c’est–à-dire qu’ils finissent par ouvrir la bouche sans qu’on le leur demande. Et rarement pour apporter de la valeur ajoutée, plutôt parce qu’ils aiment s’écouter parler. Ils aiment tellement cela qu’ils brodent à l’infini, déviant sur des sujets qui peuvent n’avoir qu’un rapport lointain, voire même aucun avec les questions qui occupent l’esprit de leurs interlocuteurs. Ils montrent une appétence particulière pour les réunions, les conf-calls, les visio-conférences, bref, toutes les occasions qui leur permettront d’exposer aux autres le son de leur voix mélodieuse. Si vous voulez éviter d’exploser le forfait de jours/hommes prévu, et accessoirement vous dégager du temps pour avancer sur les tâches qui vous incombent, trouvez un moyen de le faire taire (ou écartez-les des réunions).
  •  L’autoritaire : souvent lui aussi volubile dans ses prises de paroles, mais pas systématiquement non plus, l’autoritaire va devenir votre gourou, que vous le vouliez ou non. Il sait ce qu’il faut faire, vous non. Il connaît votre secteur mieux que vous, votre entreprise également, et même parfois votre équipe. Si vous osez le contredire, il vous sortira sa liste de références, montrant qu’il réalisait déjà des missions pour votre boîte avant que vous n’y ayez mis le pied. Et si par hasard, il a moins de 40 ans, et vous dix de plus et vingt ans de boîte, il trouvera tout de même une parade, arguant qu’il connaît untel au-dessus de vous depuis toujours, ou que déjà en couches culottes, il se passionnait pour votre structure et son univers concurrentiel. Il est donc inutile de discuter, vous êtes un ignare et lui un savant, il sait de façon sûre ce que vous devez faire et la pertinence des solutions qu’il apporte n’a jamais été démentie. Deux solutions : soit vous avez vous aussi un peu de charisme et vous lui mettez les points sur les i, c’est vous qui le payez et notamment pour prendre en compte aussi votre avis et celui de votre équipe ; soit vous êtes plus timide, vous la jouez à l’asiatique, en disant oui et en prenant ce qui dans le discours vous semble bien pensé et seulement ça.
  • Le vendeur : son truc, c’est de rapporter du chiffre d’affaires. Qu’il soit associé, commercial, ou qu’il ait tout simplement un goût immodéré pour les contrats avec plein de zéros dessus, il va tout faire pour vous fourguer sa marchandise. Et pour y arriver, il serait prêt à vendre père, mère, compagne et enfants. Vous vouliez une 206, il va chercher à vous persuader que vous ne pouvez pas vivre sans une Jaguar. Vous avez un désir, n’importe lequel, il peut l’exaucer. Du coup, tout le monde le craint : vous parce que vous sentez qu’il va tout faire pour que vous succombiez et lui lâchiez votre numéro de visa, et les consultants parce qu’il se soucie peu de savoir si les désirs du clients sont ou non techniquement réalisables et combien cela va coûter en moyens matériels et en temps passé (manque de chance, sa prime est versée sur le chiffre d’affaires, pas sur la marge dégagée). Seul moyen de s’en sortir, lui mettre les point sur les « i » et faire preuve de fermeté : si vous faites appel à ses services, faites-lui bien comprendre que vous avez un budget maximum et que vous ne le dépasserez en aucune façon (au passage, arrêtez quand même de demander la lune au prix d’une ampoule de 30 Watts) ;  et si vous travaillez avec lui, affichez-lui sous les yeux les frais fixes engendrés par chaque type d’offres, surlignés au stabylo arc-en-ciel (si ça ne marche pas, passez à la pancarte aux néons clignotants)
  •  Le stressé : c’est souvent un subalterne, de préférence un junior fraîchement émoulu de son école, plein d’enthousiasme à l’idée d’intégrer le secteur si prestigieux du conseil, et qui récupère toutes les corvées laissées par les plus séniors. Il sait qu’il est là pour apprendre, ce à  quoi se rajoute une tendance naturelle au perfectionnisme. Et du coup, ses supérieurs en profitent pour le charger, d’autant qu’il fait bien son travail. Sans se rendre compte de la pression qu’il ressent. Parce que pas question de se tromper devant ces impressionnants dirigeants aux salaires à six chiffres. Du coup, il en oublie de vivre en dehors de son univers professionnel. Il serait bon qu’un consultant en équilibre de vie l’encourage à déconnecter (donc au passage à débrancher son blackberry après 21 heures et tout le week-end).
  • Le surméticuleux (formulation politiquement correcte) / l’enculeur de mouches (formulation réelle) : c’est aussi un perfectionniste, mais dans un autre genre. Lui, son truc, c’est de rendre compliquées des choses apparemment simples. Donc il va passer deux jours à vous pondre des schémas avec des flèches partout pour vous expliquer toutes les interconnexions qui vont se faire durant l’intervention. En regardant ça, vous vous dites que ça ressemble aux formes bizarres que vous vous amusiez à dessiner petit sur votre Télécran (comprenne qui pourra), en tout cas vous ne comprenez pas grand-chose, si ce n’est que vous voudriez qu’on vous résume ça en 4 cases. Il va vous rendre des « conclusions opérationnelles » de dix pages avec des actions en cascade, quand vous attendez juste qu’on vous dise « diffusez tel message à telle cible » ou « il  a tel dysfonctionnement dans votre système d’information ». Vous ne pouvez pas vous plaindre du fait qu’il ne met pas de cœur à l’ouvrage, par contre il n’a pas encore enregistré que l’on a beau être consultant ou expert, vos interlocuteurs ne comprennent et retiennent que les choses simples, claires, et faciles à mettre en œuvre.
  • Celui qui a LA recette : il s’apparente et ce prof que vous aviez durant vos études, si si vous vous en souvenez sûrement, celui qui avait écrit UN livre il y a quinze ans (dont les ventes n’étaient dues qu’au seul fait qu’il obligeait ses étudiants à l’acheter), où il développait une théorie qu’il vous vendait comme une solution messianique, universelle et intemporelle, même si de fait l’environnement avait très fortement changé depuis. Eh bien, on le retrouve dans  le monde merveilleux des services aux entreprises. Il a trouvé un filon, il le refile  à toutes les sauces, et pendant aussi longtemps que ça marche. Du pubard qui vend le même concept à l’office de tourisme de FabulousVille, au fabricant de pâtes et à un laboratoire pharmaceutique au consultant en stratégie qui décline son organigramme matriciel sans sourciller aussi bien dans une PME du secteur de l’ameublement que dans une filiale d’un géant du BTP, en passant par le senior de SSII qui vous vend du logiciel PeoplePipeau pour gérer vos ressources humaines scientifiquement, sans âme ni humanisme, il a trouvé la formule magique qui résoudra tous vos problèmes. Là, vous n’avez pas vraiment d’autre alternative que de l’écouter, surtout qu’il la porte avec conviction son idée. Mais assurez-vous d’avoir une clause au contrat pour assurer le suivi au cas où ça ne marche pas.
  • Le bon consultant : il faut le savoir, c’est une espèce rare mais elle existe vraiment. Le trouver, c’est un peu comme jouer à « Où est Charlie ? », il faut être observateur mais il est toujours là, présent dans la foule nombreuse des vendeurs de bonnes idées. Il est à l’écoute est disponible. Il a compris votre besoin et vous accompagne dans les limites de ses attributions (limites qui ont été clairement définies avec vous). Il connaît son métier, il considère que vous connaissez le vôtre et vous traite avec égard. Faites de même, ou vous risquez de perdre cette perle rare.
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4 Réponses to “Petit classement des consultants”

  1. Olivier 2 décembre 2013 à 19:13 #

    Très clair !

    Il manque selon moi un type de consultant, qui est le « bouc-émissaire ». Ce consultant que la direction prend pour qu’il arrive aux conclusions que tout le monde connaît déjà mais que personne n’ose exprimer …
    C’est celui qui passera pour un salaud auprès du personnel car son analyse montrera que pour être profitable, le Business Model de l’entreprise devra être complètement revu et que cela aura quelques conséquences au niveau des postes de l’entreprise …
    C’est celui derrière lequel ladite direction se réfugiera en disant « c’est lui qui l’a dit », en oubliant toutefois un point fondamental (mais ces dirigeants ne sont plus à cela près) : ce sont eux les boss et ceux sont eux qui décident si ce qui est prescrit par le consultant doit être ou non appliqué 😉

    • plumechocolat 10 décembre 2013 à 11:56 #

      Les boucs émissaires, quelle que soit la période de leur vie où ils subissent ce sort, apprennent, certes à leurs dépens mais apprennent quand même, à être moins naïfs. Et à collecter des preuves par écrit, dont les validations des décisions que leurs supérieurs n’ont pas prises.

  2. Vincent (@mobivince) 23 juillet 2013 à 20:29 #

    C’est en effet très bien vu. Et la conclusion, c’est de se dire qu’il y a des bons et des moins bons. Aux clients aussi d’être vigilants 🙂

    • plumechocolat 31 juillet 2013 à 14:01 #

      Exactement. Mais chacun est aussi bon dans son genre, il faut savoir si l’on cherche l’efficacité ou la distraction 😉

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