Un pavé dans la Cour

11 Avr

UN PAVE DANS LA COUR

Depuis quelques temps, j’avais déserté le vaudeville remis à la sauce du 21ème siècle, jugeant ce que je voyais trop convenu, répétitif, manquant d’inventivité, et parfois même frisant la vulgarité grossière et sans aucun humour. Il faut dire aussi que Feydeau et Courteline ont placé la barre assez haute, ce qui la rend quand même difficilement franchissable.

Et puis, je ne sais pas ce qui m’a pris, une envie de printemps, comme ça, de compenser la grisaille que j’observe depuis six mois de ma fenêtre, calfeutrée près du radiateur, par un peu de légèreté, une envie de croire à nouveau à l’avenir de ce genre, un besoin  d’occuper un après-midi de week-end, qui sait ? Toujours est-il qu’en quelques clics, ma place pour « Un pavé dans la cour » était réservé. J’ai fait confiance au flair de Didier Caron, directeur du Théâtre Michel – et accessoirement auteur et metteur en scène de cette pièce – dont j’avais déjà eu l’occasion de découvrir certaines de ses comédies et des spectacles programmés dans sa salle. Un peu comme un label de sérieux dans la sélection de ce qui peut faire rire en somme.

Donc, me voilà, un samedi, mon billet à la main, bien assise à l’orchestre (parce que pour information, les sièges de corbeille n’ont pas le même confort), les zygomatiques prêts pour une séance de musculation, à attendre que le rideau s’ouvre pour me faire découvrir ce charmant apéro entre voisins, se tenant dans la cour d’un immeuble parisien. Pas trop proche de la scène tout de même pour ne pas risquer d’être une victime collatérale du jet de pavé.

Mais dans cette bataille, ce sont les mots que les uns se lancent à la tête des autres, et ce pour le plus grand plaisir de la salle. Des phrases acides, bien senties, ironiques, des silences qui en disent long, des sous-entendus acerbes. Enfin tout ce que l’on attend d’un vaudeville sans obligatoirement l’obtenir, cette fois, on y est, on y croit, on s’amuse, on compte les points, on croit respirer un coup, là on a le droit à une petite injonction de tendresse et d’émotion, et paf, ça repart tambour battant, les vacheries fusent de nouveau, les imbroglios et quiproquos également. Comme tout bon vaudeville, tout repose sur la finesse des répliques et l’implication des comédiens. Et les deux ingrédients sont réunis, certes l’apéro tourne au vinaigre, mais pour les spectateurs, la mayonnaise prend. Les six comédiens campent leur rôle avec talent (mention spéciale à Bruno Paviot), ils habitent leurs personnages, sympathiques ou détestables, avec un certain amusement qui se transmet au-delà de la scène, redonnant ses lettres de noblesse au terme de prestation d’acteur (ou d’actrice), apparaissant et disparaissant avec une précision d’horlogers, nous offrant 1h30 de rebondissements et d’éclats de rire. Conclusion de l’expérience : l’esprit de Feydeau n’est pas mort, et sous les pavés se trouve désormais la joie. Maintenant, libre à vous de ne pas en profiter…

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