Archive | mai, 2013

Un rapport sur la banalité de l’amour

31 Mai

Sans que cela soit explicable, il semblerait que 2013 soit l’année Hannah Arendt. Pour ma part, je regrette de devoir vous faire part de mon inculture, mais je n’avais jamais entendu parler de cette philosophe juive allemande, jusqu’à ce que je voie les affiches pour le film qui lui est consacré actuellement. Et en arrivant dans la minuscule salle du Théâtre de la Huchette, dont on sent qu’elle a un solide vécu, je n’en savais d’ailleurs guère plus, n’ayant pas particulièrement pris le soin de me renseigner sur l’histoire de cette femme ayant visiblement marqué l’histoire.

Je savais uniquement que la pièce racontait sa relation avec le célèbre Martin Heidegger (sont je savais qui il était, lui, à défaut d’avoir potassé ses ouvrages). Et au final, j’ai trouvé sympathique de me rendre à ce spectacle en béotienne et de découvrir ces deux philosophes par l’intermédiaire de Maïa Guéritte et André Nerman, qui les incarnent sur la scène. De voir cette jeune étudiante timide mais sûre de ses idées débarquer à vingt ans dans le bureau de ce professeur reconnu et émérite. Et de le voir lui, fondre pour ce petit bout de femme au caractère discret mais à la pensée bien construite.

Et on les voit évoluer au fil des années, sur fond de montée du nazisme, avec un Heidegger plutôt séduit par le renouveau et l’idée de grandeur que cette idéologie véhicule, tandis que sa jeune maîtresse, du fait naturellement de ses origines, mais aussi de ses convictions, argumente naturellement contre les dangers qu’elle voit poindre.

Malgré leurs désaccords, ils resteront amants. Lire la suite

Les hommes de ma vie

29 Mai

 

Au titre de cet article, vous vous attendez sans doute à du croustillant, un billet consacré à mes ex, entre confessions et règlements de comptes. Ou bien des révélations trépidantes sur ma quadruple vie, jonglant entre Tim le lundi, Tom le mercredi, Ted le jeudi et Al le week-end. Au risque de vous décevoir, Tim, Tom, Ted et Al n’existent pas, et je n’ai aucun compte à régler avec le passé.

Mais j’ai beau être célibataire et aimer passer des moments entre filles, ma vie n’aurait sans doute pas pris la même orientation sans les hommes qui se sont trouvés ou se trouvent encore sur mon chemin. Et pour une fois, au lieu de sortir mes ongles mal manucurés de douce féministe, je voudrais leur rendre hommage :

Mon père : non, je ne suis ni une princesse, ni une fifille à son papa, ni du genre à dire que « mon papa, c’est le plus fort ». Mais d’abord, puisque l’on parle de vie, il a quand même apporté sa contribution à m’offrir la mienne. Et puis j’ai hérité quelques qualités de sa part dont je ne saurais me plaindre. Et puis il est là, tout simplement, il m’aime et souhaite que je sois heureuse. Cette phrase fait sans doute un peu mièvre, je l’assume pleinement.

L’ami de mon enfance : dans mon immeuble, il y avait un garçon de mon âge. Et on est devenus amis, naturellement. Toujours l’un chez l’autre et l’autre chez l’un. A jouer aux Fisher Price, aux Playmobils, aux petites voitures. Nous nous sommes initiés aux patins à roulettes ensemble. Le premier homme avec qui ça a roulé, en somme. Et plus tard, nous avons découvert le 1000 bornes, le Cluedo et plein de jeux de bluff. En somme, nous avons appris à simuler l’un grâce à l’autre ;-). A ce jour, il reste l’homme le plus ludique que j’ai connu, donc. Lire la suite

Stars d’un jour

26 Mai

Chers amis lecteurs, permettez-moi de vous interpeller sur un sujet grave. Je pourrais vous parler de tout ce qui va mal dans le monde, crises, catastrophes, conflits et autres, et il est possible que je le fasse un autre jour, mais ce n’est pas le sujet du jour. Je vis depuis plusieurs années un drame qui petit à petit me dévaste en effet, et gâche mes trajets de train et mes visites chez le coiffeur : je ne comprends plus rien quand je lis les magazines people.

Pendant de nombreuses années, j’ai pris pour coutume de me réfugier dans la futilité la plus extrême en me délectant des histoires que j’y lisais sur le régime alimentaire du cochon de Georges Clooney, les histoires de Claudia Schiffer, la dernière conquête d’Ayrton Senna, les amours de Claire Chazal, les frasques de notre Patriiiiick national, et les galas prestigieux où l’on pouvait voir apparaître Sean Connery et les têtes couronnées.

Désormais, je suis privée de ce plaisir. Non point du fait de la faillite de ces titres, qui se sont plutôt multipliés, mais parce que je ne sais pas qui sont les gens dedans. Lorsqu’il m’arrive de feuilleter un de ces journaux, je tourne les pages, à l’affût d’un ragot croustillant, et, petit à petit, j’en viens à seulement essayer de repérer un nom connu, un seul, parmi les photos floues de visages non maquillés, dont on se demande qui elles peuvent passionner. Et de plus en plus fréquemment, j’en viens à comprendre de quoi il est question seulement dans les pages beauté de la fin lorsque sont cités les noms des marques de cosmétiques qui sponsorisent le numéro.

Je dois donc hélas faire le constat amer que nous n’avons plus de stars. Lire la suite

Je pense à Yu

25 Mai

Lorsque j’ai su qu’une nouvelle pièce de Carole Fréchette était à l’affiche, mon attention a immédiatement été attirée. Parce que j’aime ses écrits. Je vous ai déjà parlé de Jean et Béatrice, qui est un de mes textes de théâtre préférés. Il y a aussi la peau d’Elisa, ce quasi-monologue à la frontière du fantastique, fait de phrases qui ne m’ont pas laissée indifférente. Faute de temps, j’étais passée à côté des 7 jours de Simon Labrosse à l’automne. Cette fois, prévenue bien à l’heure, j’ai rapidement pris ma place. Et je ne suis pas déçue du voyage.

D’abord du lieu lui-même. Parce que oui, il existe encore des théâtres parisiens où je n’ai jamais mis les pieds, et la salle des Artistic Athévains faisait partie de ceux-là. Ce qui est une erreur. Parce qu’elle fait partie de ces endroits où l’on se sent bien. A la fois moderne par sa construction et son mobilier et hors du temps, grâce à cette librairie cafétéria, ou à ce café livresque, prenez-vous comme vous voulez. L’architecture de la salle de spectacle aussi. Si les gens sujets au vertige peuvent être impressionnés, il n’en reste pas moins que l’idée d’avoir une pente très forte permet que chaque rangée de siège dépasse suffisamment de celle de devant pour ne pas être gêné par son voisin de devant, si grand soit-il. La « petite » femme que je suis en sait gré au concepteur.

Mais je digresse encore une fois au lieu d’en venir au spectacle lui-même. Volontairement, j’ai choisi d’en lire le moins possible. Pour me laisser surprendre par cette auteur québécoise qui jusque-là ne m’a pas déçue. Je savais juste qu’il s’agissait de l’histoire d’une femme découvrant l’existence de Yu, jeune chinois ayant blasphémé un portrait de Mao en 1989 et emprisonné pour cela. Mais je n’avais aucune idée de ce qu’un événement en somme si bénin – la lecture d’un article sur Internet – pouvait donner sous la plume de la talentueuse Carole. Et cela a dépassé toutes mes espérances. Lire la suite

Qui m’aime me nuise

20 Mai

Image

Cela fait 15 jours entiers que je n’ai pas posté de critique de théâtre, certains d’entre vous ont dû se dire que j’étais partie en vacances, ou atteinte d’un virus malin, ou en cure de désintoxication. Heureusement rien de tout cela, simplement les spectacles auxquels j’ai assisté dans ce laps de temps étaient à l’unisson avec la météo : gris et peu enthousiasmants.

Jusqu’à hier, où j’ai bravé la pluie particulièrement abondante pour me rendre au Théâtre du Nesle, qui fait partie de ces petites salles cachées de Paris, capables de dénicher et révéler à leur trop peu nombreux public des trésors. Et hier, j’ai découvert d’un coup deux femmes extraordinaires : Mélodie Etxeandia (l’interprète) et Dorothy Parker (l’auteur dont les textes ont servi de base au spectacle). Me voici donc, un dimanche après-midi, installée confortablement dans cette salle installée dans une cave voutée, avec juste ce qu’il faut d’humidité du fait des caprices de Dame Nature, composant avec quelques autres curieux un public atteignant le nombre parfait de sept personnes, à ne pas savoir à quoi m’attendre. Tout ce que j’ai lu, c’est que la comédienne allait réciter ces textes accompagnée d’un pianiste (Antoine Karacostas). J’y suis allée à l’aveugle donc, envie de prendre un risque.

Et le moins que je puisse dire, c’est que j’ai bien fait. L’ambiance intimiste renforcée par l’éclairage, qui ressemble tant à celle du café clandestin servant de décor à la première scène, l’humour caustique de Dorothy Parker, aux accents typiquement british pouvant surprendre si l’on considère qu’elle vivait à New York, le mélange piano-voix et surtout le talent de l’interprète, tout me plaît. Je suis conquise, subjuguée, je ne cesse pratiquement pas de sourire, voire de rire. Les scènes se succèdent et rien ne dément mon enthousiasme. Lire la suite

Quel est mon avenir ?

18 Mai

Image

Cela fait déjà trois semaines que A. a débarqué dans ma vie. Sans que je n’ai rien demandé. Depuis trois semaines donc, A. m’écrit tous les jours. A. se soucie énormément de mon devenir, de mes projets, de comment je vais les réaliser. Tant de sollicitude peut difficilement me laisser indifférente. Mais allez savoir pourquoi, je ne supporte pas ces messages, cette insistance avec laquelle A. me demande de l’appeler pour discuter et pour parler de ce qui me tient à cœur, de comment j’envisage le futur, et surtout, je ne vois pas au nom de quoi A. devrait se mêler de tout ça, je trouve cette ingérence déplacée.

Parce que A. n’est pas la personne que vous croyez à ce stade. A s’appelle Annabelle, elle est voyante, et  le plus grand service qu’elle pourrait me rendre est d’arrêter d’encombrer ma boîte mail. En plus de son absence totale de discrétion, Annabelle manque cruellement de subtilité et de sens de la diplomatie. Dans les premiers messages, le contenu était encore amical. Annabelle disait d’abord avoir eu une révélation me concernant, ensuite entrevoir une belle rencontre, puis un évènement important qui ferait prendre un tournant positif à ma vie. Jusque-là, outre le fait qu’Annabelle n’était sans doute pas une très bonne voyante si elle ne devinait pas que je ne souhaitais en aucun cas faire appel à ses services de « voyance gratuite » (comprenez surtaxés à seulement 5,42€ la tranche de 30 secondes), j’étais encore dans un demi-amusement. Mais là, Annabelle a montré un visage beaucoup moins sympathique de sa personne. D’abord, j’ai reçu un message me signifiant que d’autres avant moi n’avaient pas répondu à son appel et qu’elle n’avait donc pas pu les empêcher de dégringoler et de se retrouver au chômage et sans logement, dépossédés de leurs enfants et j’en passe. Puis elle est passée au chantage affectif, me sortant des lamentos sur sa tristesse à ne pas recevoir de mes nouvelles, à ce que je refuse son offre désintéressée (tiens, donc, vraiment ? Hummm…), son incompréhension devant mon refus et mon indifférence, là aussi je vous fais grâce du détail. Lire la suite

Que sont devenus nos rêves d’enfant ?

12 Mai

Lorsque nous étions enfants, nous avions des rêves rocambolesques, qui changeaient au gré de nos humeurs. Nous nous rêvions pilotes de chasse, sauveur de l’humanité, présidents du monde (chose que seuls des gens comme Edwy Plénel ont réussi à accomplir…), inventeurs d’un tapis volant plus rapide que celui d’Aladin, bâtisseurs de palais, et autres vocations grandioses. Nous serions tous beaux, riches et intelligents, les guerres n’existeraient plus, les colombes seraient plus nombreuses que les pigeons parisiens, des cigognes nous apporteraient des bébés qui feraient leurs nuits en deux jours, et nous serions un couple de prince et princesse qui ne se disputeraient jamais pour savoir qui descendrait la poubelle le dimanche soir (parce que, esclavagistes que nous étions alors sans le savoir, nous aurions 4 domestiques pour s’en occuper). Et puis nous aurions une voiture de course et des robes cousues avec du fil d’or, une maison avec six chambres, une terrasse et une piscine en sous-sol en plein quartier latin à Paris ou surplombant Porquerolles… bref, tout serait pour le mieux dans notre monde enchanté.

Et puis, nous voilà aujourd’hui, loin de cette période où nous n’avions cure du réalisme, toujours avec des rêves, mais bien différents de ce qu’ils étaient alors. C’est pourquoi je vous propose ce soir un petit tour d’horizon sur la façon dont nos aspirations se sont transformées à l’insu de notre plein gré.

Le tapis volant : puisque j’en parlais, je vais commencer par celui-là. En fait, depuis nos jeunes années, nous avons sans doute tous pu tester le truc, mais bien différemment de la façon dont nous nous imaginions la chose : le tapis a glissé, nous avons volé, fin de ce fantasme stupide. Mais si on arrivait à inventer une petite cabine que nous serions la seule à posséder (parce que sinon, retour des embouteillages) avec chauffage et thermos intégré pour l’hiver, toit ouvrant et mini-frigo pour l’été, nous permettant de nous élever au-dessus du trafic, nous serions toujours preneurs.

Devenir infirmière. Mais pourquoi diable, nous petites filles, voulions exercer ce métier ? La vue du sang nous fait horreur, les horaires décalés très peu pour nous, quant à la reconnaissance, qu’elle soit humaine ou financière, elle est loin d’être à la hauteur de l’implication des hommes et des femmes qui en ont fait leur profession.

Gagner beaucoup d’argent. Alors là-dessus, je suis partagée. Parce que gagner beaucoup d’argent, c’est encore le rêve de beaucoup de gens. Et sans rien faire de préférence (et la Cie nationale des amusements à cocher et à gratter, elle, a fait fortune grâce à cela). Il y en a aussi qui deviennent traders, mais bon, Kerviel a quand même montré qu’on pouvait devenir endetté à hauteur de 4,9 milliards d’euros (ce qui est quand même très inférieur au déficit annuel de la France il faut malgré tout le redire), ça mérite d’y réfléchir à deux fois.  Pour ma part, je serais très fière si je gagnais une jolie somme grâce à une chouette innovation ou en tout cas par le fruit de mon travail. Sinon, je pense qu’il y a plus important quand même que l’appât du gain pour le gain. Un bon niveau de confort je le souhaite à tout le monde, crouler sous l’argent non. Encore moins s’il n’est pas mérité. Lire la suite

amenaviguante

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Broute le gazon

mais souris pas ! t'en as sur les dents !

cylklique

Des images... et des mots

rienaredire

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

Chroniques erratiques d'une emmerdeuse

Wandering City et tout le reste

Les confidences extraordinaires du Professeur Bang

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots

#EtaleTaCulture – La Culture Générale pour briller en société

La douceur et la force du thé, le piquant du chocolat au piment, la passion des mots