L’affrontement

5 Mai

Pour les théâtrophiles dont je fais partie, Paris est une ville merveilleuse, parce qu’elle permet de découvrir toute l’année des pièces de genres très différents, plus ou moins réussies, mais qui témoignent de la vitalité de la création artistique qui fait partie de nos atouts en France (glorifions-nous un peu, une fois n’est pas coutume). C’est un peu comme pouvoir vivre le festival d’Avignon toute l’année. Et au milieu de tous ces spectacles auxquels j’ai le bonheur d’assister, il en est qui me marquent, indéniablement, et qui laisseront longtemps leur empreinte dans ma mémoire. L’affrontement fait partie de cette catégorie.

Je n’avais absolument pas repéré cette pièce, débutée le 28 avril au Théâtre Rive Gauche, c’est l’enthousiasme de gladscope, passionnée de théâtre sans doute encore plus que moi, qui m’a fait m’y intéresser. En regardant de plus près, les arguments pour convaincre étaient nombreux : la salle d’abord, qui veille à la qualité de sa programmation, la présence de Francis Huster au casting ensuite, l’adaptation de Jean Piat (qui l’avait lui-même jouée sur scène avec Francis Lalanne) et de sa femme Dominique. Et puis le sujet aussi. Celui de l’Eglise catholique et des défis auxquels la modernité la confronte, au moment même où en France, tout et surtout n’importe quoi est dit à son propos, alors même que l’élection récente du nouveau pape François nous montre qu’elle est prête à évoluer et se réinventer, retrouvant sa vocation originelle de charité.

Et c’est bien de cette vocation là qu’il est question dans la pièce, ce qui fait tout son intérêt. Le pitch en lui-même est assez simple à faire : le prêtre Tim Farley, qui a su se rendre populaire dans sa paroisse à coups de salamalecs et de cirages de pompes, enfermé au fond dans sa solitude et son besoin d’être aimé, voit son fragile équilibre remis en cause par l’arrivée du jeune séminariste Mark Dolson, à l’adolescence cabossée, ayant trouvé sa vocation dans la volonté de servir les autres et, en leur tendant la main avec foi, de leur éviter les mêmes épreuves qu’il a subies. Un choc des cultures donc, un choc des égos et des personnalités aussi, qui va entraîner quelques heurts bien sûr, mais conduire ces deux êtres blessés, chacun à sa manière malmené par la vie, à s’accueillir mutuellement, et à grandir chacun dans sa réflexion.

La beauté de cette pièce, c’est cette rencontre de deux convictions fortes, qui est à la fois drôle et profonde, pathétique et lumineuse. La capacité aussi de l’auteur à faire passer un message universel, que le public soit ou non croyant. Je ne crois pas en effet, que, sauf à être borné dans des convictions très étriquées pro ou anti-foi, on puisse se sentir heurté par les propos tenus. Il y a de la dérision des deux côtés, et de ce fait, des moments où il est difficile de ne pas se plier en deux de rire, mais sans jamais aucune intention de nuire. Il y a aussi des moments intenses en émotion, où il est difficile d’ignorer que nous avons tous une part spirituelle, croyants ou non. Et il y a surtout la beauté d’un dialogue où la colère et la dureté peuvent s’exprimer, où les cris et les moqueries peuvent survenir, mais où l’on sent qu’au fond l’écoute est présente. D’ailleurs, lorsque l’on réagit vivement à un propos, n’est-ce pas toujours parce qu’il ne nous laisse pas indifférent ?

Le public en tout cas ne s’y trompe pas, riant de bon cœur par instants, se taisant entièrement à d’autres, toussant tels les pratiquants à la messe lorsque le sermon les ennuie dans les rares moments de longueur de la pièce (clin d’œil au texte lui-même), et finissant debout dans une standing ovation digne d’un concert de gospel. Je ne vous mentirai pas non plus en éludant le fait qu’il y a quelques imperfections dans ce spectacle, mais l’essentiel, je crois, est la force qu’il porte, cette capacité à toucher ceux qui y assistent, à les questionner, et à leur rappeler avec beauté, que l’essentiel, dans une vie, c’est la place que l’on accorde à l’autre.

Alors, si vous êtes prêt(e) à vous laisser heurter par cet affrontement qui est au fond celui qui se joue à l’intérieur de l’âme de chaque humain, courez-y. Sinon, vous ne pourrez que regretter d’avoir raté un grand moment de théâtre.

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5 Réponses to “L’affrontement”

  1. Marc 10 mai 2013 à 15:43 #

    Merci pour ce papier ! A force de vous entendre en dire tant de bien, je vais probablement succomber à la tentation, pourtant le speech de base me laisse de marbre…

    • plumechocolat 10 mai 2013 à 21:00 #

      Et pourtant, le Notre Père dit bien de ne pas être soumis à la tentation… je vais demander l’absolution pour mon enthousiasme communicatif 😉 !!

  2. Lutetia 5 mai 2013 à 18:44 #

    Merci pour ton article, je pense que je vais mettre cette pièce sur ma todo du retour.

    • plumechocolat 5 mai 2013 à 23:00 #

      Oui, tu peux. Prochain passage à Paris prévu pour quand ?

      • Lutetia 11 mai 2013 à 09:52 #

        Fin juin, mais j’ai déjà vérifié : la pièce sera encore à l’affiche

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