Un rapport sur la banalité de l’amour

31 Mai

Sans que cela soit explicable, il semblerait que 2013 soit l’année Hannah Arendt. Pour ma part, je regrette de devoir vous faire part de mon inculture, mais je n’avais jamais entendu parler de cette philosophe juive allemande, jusqu’à ce que je voie les affiches pour le film qui lui est consacré actuellement. Et en arrivant dans la minuscule salle du Théâtre de la Huchette, dont on sent qu’elle a un solide vécu, je n’en savais d’ailleurs guère plus, n’ayant pas particulièrement pris le soin de me renseigner sur l’histoire de cette femme ayant visiblement marqué l’histoire.

Je savais uniquement que la pièce racontait sa relation avec le célèbre Martin Heidegger (sont je savais qui il était, lui, à défaut d’avoir potassé ses ouvrages). Et au final, j’ai trouvé sympathique de me rendre à ce spectacle en béotienne et de découvrir ces deux philosophes par l’intermédiaire de Maïa Guéritte et André Nerman, qui les incarnent sur la scène. De voir cette jeune étudiante timide mais sûre de ses idées débarquer à vingt ans dans le bureau de ce professeur reconnu et émérite. Et de le voir lui, fondre pour ce petit bout de femme au caractère discret mais à la pensée bien construite.

Et on les voit évoluer au fil des années, sur fond de montée du nazisme, avec un Heidegger plutôt séduit par le renouveau et l’idée de grandeur que cette idéologie véhicule, tandis que sa jeune maîtresse, du fait naturellement de ses origines, mais aussi de ses convictions, argumente naturellement contre les dangers qu’elle voit poindre.

Malgré leurs désaccords, ils resteront amants. Tous deux mariés ailleurs. Tous deux appréciant le confort que leur procure leur union légale. Mais tous deux ont une complicité qui transcende leurs désaccords. Mieux, en étant alter-égos sur la capacité à penser, ils tirent sans doute plaisir de cette confrontation. L’histoire donnera raison à Hannah Arendt dans sa volonté de lutter et de dénoncer le totalitarisme. Elle la forcera également à quitter l’Allemagne pour fuir les persécutions, passant par la France, puis, après un court internement, gagnant les Etats-Unis. Elle y reviendra pour aider les rescapés juifs avant de repartir aux Etats-Unis.

Mais pendant tout ce temps, l’amour entre les deux protagonistes ne s’éteint pas, en tout cas c’est ce que suggère la pièce, mêlant habilement les séquences vidéo retraçant les évènements des années qui s’écoulent et les rencontres des deux protagonistes à différentes échéances.  Eux qui pourtant s’aiment mal ne seront jamais capables de se désaimer. Hannah a beau être blessée par son attitude proche de la collaboration vis-à-vis des nazis, elle garde cette flamme.

Cette pièce interroge donc à deux égards : sur l’amour entre deux personnes qui sont engagées ailleurs, sur la jalousie que cela peut susciter chez l’un et surtout chez l’une, sur le sens de cette sécurité que semble leur procurer leur statut de mari ou de femme tout en ayant ce double amour conjugal. Mais aussi sur la transcendance du sentiment par rapport aux idées contradictoires que chacun soutient passionnellement. Au-delà du plaisir de voir deux personnages sur les planches, ce rapport sur la banalité de l’amour nous invite donc à une réflexion philosophique susceptible d’occuper longtemps les esprits.

Pour ce qui est de la représentation elle-même, les deux acteurs sont convaincants, la mise en scène sobre laissant toute la place à l’histoire de ce couple improbable mais inusable. Il y a quelques longueurs parfois, quelques scènes de bisous en trop parce que surfaites, mais qui ne nuisent pas à une impression générale très positive. Une découverte intéressante, et une bonne alternative aux avis mitigés sur l’adaptation cinématographique de la vie de cette grande penseuse.

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