Mises en capsules

1 Juin

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Pour ceux qui suivent mes chroniques théâtrales depuis quelques temps, vous avez inévitablement retenu que j’apprécie le Ciné 13 Théâtre pour sa programmation, certes, mais aussi pour ses grands canapés et fauteuils rouges des premiers rangs, dans lesquels il fait bon passer la soirée en contemplant le spectacle. Mais il est une autre raison qui me fait apprécier ce théâtre, c’est la place donnée à la créativité, et ce en particulier avec le Festival Mises en Capsules, qui fête ses sept ans cette années. L’an dernier, je m’y étais rendue un peu par hasard, sans savoir à quoi m’attendre, et j’y avais passé une soirée exceptionnelle.

Donc cette année, pour bien faire les choses, j’y ai réservé deux soirées consécutives. Mais je vous en parle comme si vous ne connaissiez que cela, il est quand même grand temps que je vous explique de quoi il s’agit. Mises en capsules, c’est donc le festival des formes courtes théâtrales. Concrètement, chaque soir sont présentés cinq spectacles d’une durée d’une demi-heure chacun, avec à chaque fois une pause de 10-15 minutes pour changer les décors. Donc à 19h, première « capsule », à 22h30-40, fin de l’aventure, rompez les rangs et rentrez chez vous (ou flânez dans les bars montmartrois qui valent bien le coup de s’y arrêter). Au total, 15 spectacles sont donc sélectionnés, présentés donc « en trois boîtes de cinq capsules », ce qui fait que pour tout voir, il vous faudra libérer trois soirées sur les trois semaines que dure l’évènement.

Ce qui est génial, dans ce concept, c’est de découvrir une immense diversité de styles et de talents en un temps record, le tout dans une ambiance atypique. Parce qu’en effet, d’un spectacle à l’autre, la salle peut se remplir totalement, puis se désemplir. Certains arrivent dès le départ, d’autres au 2ème ou au 3ème round. Dans le même temps d’autres s’en vont, les artistes qui jouaient avant arrivent. D’autres encore « sèchent » un tour le temps de s’abreuver et de converser au bar du théâtre. Beaucoup d’amis ou de proches aussi, venus encourager les comédiens. Un public qui est donc issu pour une forte part du monde de l’art au sens large, que l’on sent « en famille » lorsque l’on est un simple quidam spectateur de passage. Mais pour ne pas nous laisser en rade, les temps de pause sont animés par deux charmantes pompières poétesses, déclamant du Wilde, du Baudelaire, du Rostand, du Molière, et autres illustres auteurs.

Mais j’en viens à l’essentiel, mes petites capsules (qui conviennent bien à l’intoxiquée du spectacle vivant que je suis). A cause d’un petit souci de transport public, je suis arrivée en retard le 2ème soir, mais cela me laisse 9 impressions à vous conter (dans l’ordre de visionnage). Comme le concept est celui du raccourcissement, j’essaierai pour une fois d’être brève sur chacun :

Quelque chose à voir avec l’éternité : L’histoire résumée de la peinture du plafond  de la chapelle Sixtine par Michel-Ange. Trois protagonistes : le Pape Jules II, qui voit dans cet œuvre le moyen de marquer son empreinte, le peintre lui-même, et son homme à tout faire. Des comédiens chevronnés, qui ont du bagage, déclament bien, et montrent bien à la fois la folie et le génie de Michel-Ange, son orgueil et son perfectionnisme, son talent surtout. Un moment fort sur un sujet peu souvent traité au théâtre, dans lequel la religion est montrée avec pudeur et respect, l’art de la même manière, ce qui n’empêche pas une ou deux phrases d’humour bien placée sur chacun.

Garance et le Docteur Q : Garance, jeune femme bien contemporaine, va voir un sexologue suite aux sympathiques réflexions de son mec qui la traite de « cuiller en bois ». Elle dit être là pour devenir « une bête de sexe ». Et elle n’a pas la langue dans sa poche pour justifier ses complexes, sa supposée nullité ou son désarroi lorsque son « charmant » compagnon la largue pour sa meilleure amie. Mais elle poursuit quand même les séances, réagissant très vivement à chacune des questions posées… jusqu’au jour où le clash éclate avec ce thérapeute du corps humain. Sur ce coup-là, le titre annonce bien la couleur, et c’est très drôle, très contemporain, très bien vu et en arrivant à ne pas tomber dans la vulgarité, même lorsque les phrases sont cash. Une demi-heure de rigolade non-stop devant cette actrice déchaînée et son très posé sexologue, mes zygomatiques sont heureux.

Les soirées plaisantes : Fin de l’été, les professeurs et le représentant des parents d’élèves d’un établissement secondaire se retrouvent pour la réunion de pré-rentrée. L’occasion de présenter deux nouveaux arrivants, un assistant venu du Brésil, et la prof d’arts plastiques. Après les embrassades de retrouvailles, place à l’ordre du jour : et l’on débat de cantine, de critérium, d’origines ethniques, de recyclage du plastique contenant l’encre des bics, de critériums, de gommes, de matériel sportif et autres questions cruciales… Le tout dans la joie et le plus grand désordre. Il fallait y penser et cette troupe de jeunes s’en sort avec succès, réussissant parfaitement à assurer aussi bien dans la scène de retour de vacances du début, où tout paraît naturel, tant les dialogues que les saluts des uns aux autres, qu’une fois assis dans un bel arc de cercle. Et ils ne manquent pas d’idées originales et créatives pour nous donner envie… de n’être que les spectateurs, et jamais les acteurs de ce type de réunion !

La dernière demi-heure : Pierrre Alois, candidat d’opposition du président de la République sortant, s’est enfermé dans son QG pour la dernière demi-heure avant l’annonce des résultats finaux. Et il ne laisse y entrer que sa directrice de campagne, également sa maîtresse, femme ayant un goût éminent pour le pouvoir et bien décidée à profiter de la victoire si elle se produit. Le souci est que les estimations des boîtes de sondage penchent plutôt – même si cela se joue à peu – pour son concurrent. Lequel débarque soudainement d’on ne sait où pour reparler du débat d’entre deux tours durant lequel Pierre Alois l’a mouché. Rêve ou réalité ? On se prend à ce jeu du suspense des dernières minutes, de la rencontre au sommet des deux rivaux, des incertitudes sur le résultat, et des coups bas des uns et des autres pour atteindre leurs fins. Politiquement jouissif.

L’inappétence : Le spectacle qui a donc réellement occupé la dernière demi-heure de ma première soirée. Une femme est au centre de l’action. Dans une pièce qui se veut absurde. Qui l’est d’ailleurs, mais vraiment à l’excès. Ça parle d’adoption sans en parler. De sexe libertin sans en parler, De moments entre copines sans en parler. De guerre en Bosnie. Et autres trucs incompréhensibles. On attend tout le long que cela prenne un sens. Et puis la lumière s’éteint sans que celui-ci ne soit apparu… Si je veux dire un truc bien, je dirais que les acteurs sont investis. Difficile de trouver plus d’éléments positifs.

Un jour quelqu’un que j’aime m’a dit « tu me frappes avec tes yeux » :  Deuxième soirée donc, qui commence pour moi par ce spectacle donné par trois jeunes comédiens, qui parle de rock, de jeunesse, du critique Lester bangs, d’une fille au look inhabituel qu’un homme remarque et trouve « rock ». En fait, ça parle surtout de rock. Avec une tirade inoubliable aussi sur le punk. D’une façon générale, ça manque un peu de liant entre les séquences, d’une vraie direction. Mais malgré cela, c’est frais, il y a des moments poétiques, il y a le plaisir de la musique aussi. Il y a des choses drôles. Et puis, il y a cette fille qui a un talent fou et qui j’espère ira loin. Et ce garçon qui danse et mime avec style, qui fait sans doute du hip-hop. Donc malgré le scénario un peu faiblard, l’expérience est tout à fait appréciable.

Un boulevard dans la tête : Le personnage central est ouvreur de théâtre, un job alimentaire, qui, dit-il lui laisse le temps d’écrire. Le problème, c’est qu’au lieu d’écrire, doutant de son talent, souhaitant faire du Molière ou du Racine, sinon rien, il dort toute la journée. Jusqu’à ce que sa copine, étudiante en droit, revienne le soir, et que le gardien de l’immeuble ne surgisse inopinément… Mais l’écriture le taraude, et une nuit, Molière vient le visiter, accompagné de 2 comédiens d’une pub dont il a suggéré l’idée à son meilleur ami. Le lendemain, il est pris de frénésie et se met à écrire le boulevard qu’il a dans la têye, aidé du même meilleur ami. Et l’on voit la scène du mari, de la femme, de l’amant et du valet se dérouler 10 fois sous nos yeux, au gré des idées rejetées ou ajoutées. Menée tambour battant, cette comédie dans la comédie est extrêmement bien pensée. Avec une troupe qui se donne à fond et nous enchante. Trois rappels d’applaudissements plus que mérités.

Les dieux du PAF : Il est peut-être un principe qui fixe un quota d’une déception par soirée. Pour celle-ci, c’était donc les dieux du PAF. Deux hommes, Bille et Bob regardent la télé et sont très passifs. Ils changent de chaîne. Le tout très lentement, avec quasiment pas de dialogue. A un moment, ils se mettent tous deux alternativement à tomber du canapé. Ils se décident à éteindre la télé pour retrouver leurs esprits. Ils finiront par la rallumer. Autant le dire, j’ai passé 10 minutes à espérer qu’une action se produirait, 5 minutes à y croire encore, et les 15 dernières à avoir une furieuse envie de sortir mon lecteur mp3 ou mon bouquin ou les deux pour passer le temps. Pour dire une chose positive, Bob mime très bien le tombé de canapé au ralenti.

06 15 36 64 17 : Seule pièce à caractère tragique que j’ai vue dans ces deux soirées. J’appréhendais un peu de finir sur cette histoire, celle d’Alicia, 17 ans, qui, victime d’un déni de grossesse, a accouché seule et, dans la panique de l’instant, a laissé sa fille seule avant de se rendre à l’hôpital. Qui a donc été placée en foyer pendant l’instruction de l’enquête et qui veut la récupérer. Un moment un peu grave, donc, pour conclure ces deux soirs. Mais que je ne regrette pas. La performance m’a laissée dans voix. Emue par cette histoire. Portée par la vraisemblance et l’intensité du jeu des deux principales figures, Alicia et sa sœur, qui se téléphonent tout le temps. Parce qu’Alicia appelle beaucoup sa sœur, révoltée par l’attitude de la Justice qui a refusé de confier la garde à la famille tant que le procès n’a pas tranché. La jeune adolescente est également appelée par deux ex, dont on ne sait pas lequel est le père. Et elle rédige sa lettre au juge. Mêlant vidéo, musique, intensité de l’interprétation, cette dernière capsule de l’année était bien dosée. Vraiment extraordinaire.

Si l’on fait le bilan, deux excellentes soirées donc, et trois coups de cœur : garance et le docteur Q, Un boulevard dans la tête et 06 15 36 64 17. Mais je vous encourage vivement à aller vous faire votre propre opinion… ou à noter dans vos carnets de ne pas rater l’édition 2014.

Plus d’infos :

  • Festival Mises en capsule  – Jusqu’au 8 juin, du lundi au samedi à partir de 19h
  • Ciné 13 Théâtre – 1 avenue Junot, 75018 Paris
  • http://www.misesencapsules.com/
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