Rayons d’or

7 Juin

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Cher soleil,

Je tiens à marquer ce jour historique de 2013, où s’est produit pour la deuxième fois un évènement devenu très inhabituel dans mon quotidien : aujourd’hui, mon trench est resté suspendu à son crochet. J’ai donc passé une journée entière sans doudoune, ni manteau, ni imperméable, ni veste,  sans écharpe en laine ni châle. Ma polaire qui il y a à peine 10 jours me permettait tout juste de supporter la température glaciale de mon logement, s’en est retournée vite fait dans le placard. Bref, j’ai eu l’impression de revivre. Parce que tu es enfin arrivé. Tu nous avais fait une fausse joie au mois d’avril en apparaissant le temps d’un dimanche avant de repartir aussi sec. Mais depuis samedi déjà, tu as l’air décidé à t’installer. Et je suis décidée pour ma part à te laisser entrer dans mon quotidien. Même si tu devais devenir envahissant. Tu m’as tellement manqué. Tu n’as peut-être pas conscience à quel point.

Parce que tu es parti comme ça, au mois d’octobre, l’automne à peine entamé, sans prévenir, sans même nous faire l’hommage d’un petit été indien. Tu aurais pu pourtant, tu n’avais pas été très présent durant la saison estivale officielle. Et ce n’était pas la première fois que tu nous faisais le coup. Au mois de juillet et d’août, il t’est souvent arrivé depuis 3-4 ans de jouer les intermittents capricieux, n’acceptant pas d’endosser ton rôle chaque jour. Malgré les suppliques de ton fan club (je pense que si tu ouvrais une page facebook, tu aurais plus d’1 milliard d’ « amis » en moins de 3 jours). Et sitôt ton contrat terminé, tu t’es empressé de disparaître. Cette année, tu t’es même surpassé en termes de nombre de jours d’absence. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que tu es revenu très ponctuellement un jour ou deux, parce que l’Agence pour l’Emploi de la Voie Lactée menaçait de supprimer tes allocations et que tes camarades Terre, Etoiles, Lune, Uranus et Saturne menaçaient de faire grève et de te laisser te débrouiller sans elles. Et qu’en bon mâle avide de séduire, tu as cédé sous la pression.

Comme tu l’as remarqué, à chacune de tes trop rares apparitions, nous étions tous, nous terriens, béats de bonheur de te voir, allant même jusqu’à te contempler sans filtre UV, te montrant que tu comptais plus encore que la prunelle de nos yeux. Et malgré cela, tu disparaissais à chaque fois. Là encore, réaction typique du mâle à la Aldo Maccione, du type « admirez-moi, adulez-moi, mais ne me demandez pas d’être présents pour vous au quotidien ». Et pourtant, si tu acceptais de venir nous voir plus souvent, tu verrais à quel point il est agréable d’évoluer dans un milieu ami.

D’ailleurs, au contraire de toi, tes copains nuage, pluie, neige et grêle ont bien compris à quel point nous étions sympa. Ils se sont même montrés très insistants, ont tout fait pour qu’on s’habitue à eux, n’hésitant pas à rajouter une couche de grisaille ou une bonne averse, donnant généreusement d’eux-mêmes, croyant à tort que les « ne me quitte pas » de Jacques Brel leur étaient destinés.

Mais hélas, notre cœur est déjà pris par toi, malgré ton ingratitude, ton côté ours qui hiberne, tes caprices, tes infidélités. Parce que tu es un être à part, singulier. Les nuages ne viennent jamais seuls, et si certains ont l’air gentils et cotonneux, d’autres font quand même assez peur, tout gris et cachant entièrement le ciel, comme un faux plafond d’une mauvaise marque. Les gouttes de pluie, elles aussi, nous tombent dessus en masse, bien plus froides que celles de la douche, et particulièrement nocives pour les pieds, qui, une fois humides, amplifient les débuts de rhume pour nous rendre malades pendant 3 semaines. La neige, elle, a, il faut le reconnaître un certain charme, mais au bout de deux jours à essayer laborieusement de parcourir plus de 200m sans glisser ou salir son bas de pantalon dans cette espèce de bouillasse en train de fondre, on se dit qu’elle n’a pas vraiment sa place hors de la montagne. Quant aux grêlons, eh bien, ce sont les pires, d’une agressivité sans limite. Et plus ils sont grands, plus ils sont méchants.

Alors que toi, tu es unique, tu mets tout le monde en joie, tu magnifies les couleurs du ciel, tu réchauffes l’atmosphère par ta seule présence. Tu as un charisme particulier, un don pour susciter la bonne humeur. Tu le sais et tu en joues. Tu profites de façon éhontée du fait que l’on ne peut pas se passer de toi. Et bien je confirme, la vie sans toi est moins drôle, moins lumineuse. Les terrasses sont désertes. Les parcs font la grise mine. Les fleurs sont certes gorgées d’eau, mais elles n’arrivent pas à bourgeonner si tu ne les aides pas un peu. Et l’industrie du débardeur est au bord du sinistre par ta faute (pour ma part, mon dernier achat date de 4 ans, et le morceau d’étoffe à bretelle est encore sous blister), là où tes camarades des familles Précipitations et Nuages, eux, ont su créer un boom des secteurs vêtements chauds et parapluie.

Aussi, je te prie instamment de rester présent jusqu’au 15 septembre, en ne te faisant discret que la nuit afin que tes copains puissent arroser un peu les sols. Je serais ravie de t’accueillir chez moi et de t’emmener partout où j’irai pendant mes vacances. Je suis si contente que tu aies choisi de revenir, je suis prête à continuer à te complimenter chaque jour où tu apparaîtras.

Avec toute mon affection.

Une terrienne

PS : je vois tes chevilles commencer à enfler en lisant ces mots. Je voudrais tout de même éviter que tu ne t’emballes trop au point de rendre l’atmosphère caniculaire. Parce que vois-tu, je ne t’aime tout de même pas inconditionnellement, et lorsque tu es trop en chaleur, je suis moi, toute raplapla. Donc attention de ne pas vouloir trop faire monter la température. A bon entendeur… bienvenue !

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