Soyons bien au travail

10 Juin

Comme vous le savez peut-être si vous travaillez dans les ressources humaines, le conseil en management ou autre domaine connexe, l’ANACT (Comprendre : Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) organise chaque année au mois de juin une semaine dédiée au bien-être des salariés (ceux qui, dans ces temps troublés, ont la chance de réchapper encore au chômage).

Cette initiative permet en fait de mettre un  coup de projecteur sur les dysfonctionnements qui existent aujourd’hui à l’intérieur de beaucoup trop d’organisations. Et sur ce point, on ne fera pas de match public-privé, les problèmes ne sont certes pas les mêmes mais ils peuvent atteindre le même niveau paroxystique (vous me pardonnerez j’espère, j’avais envie d’employer une formule pédante).

Donc, afin de nommer les dits problèmes, on emploie plein de beaux acronymes, qui, sortis de la bouche des experts, donnent une dimension très scientifique au savoir qui entoure les raisons du mal-être des actifs en poste. Pendant ces 4 jours dédiés à la QVT (Qualité de Vie au Travail) se succèderont donc des spécialistes ès noms compliqués. Vous verrez ainsi certainement de beaux discours sur la prévention des TMS : parce que oui, parler juste des douleurs, crampes, lumbagos, arthroses et autres conséquences de certaines activités très physiques ne sonnait pas bien, donc on préfère aujourd’hui le terme de troubles musculo-squelettiques, c’est pareil mais l’emballage est tellement plus joli. Ainsi, le travailleur qui s’est déplacé deux vertèbres en soulevant des charges lourdes pourra désormais dire qu’il a été « victime de TMS ». Ensuite viendront inévitablement les nouveaux super-héros de la lutte contre les difficultés morales, que l’on nomme aujourd’hui préventeurs RPS (risques psychosociaux) : si l’on veut vulgariser un peu, il s’agit des tensions accumulées qui nuisent à votre psychisme et/ou à votre sociabilité.

Les uns comme les autres vous feront vibrer au son de leurs paroles, relayés par des ergonomes, des psychosociologues du travail, et autres titres magnifiques. Mais au bout du compte, que retirera-t-on de ces réunions, interviews et tables rondes ? Sans doute quelques clés intéressantes, parce que, je dois le reconnaître, il existe des gens réellement investis dans leur travail, qui œuvrent au quotidien pour que les chefs d’entreprise prennent conscience de leurs responsabilités envers les hommes et les femmes qu’ils emploient. Et leur permettre d’avoir ce temps pour partager, dire ce qu’ils constatent, et faire entendre un message d’urgence est important. Mais le faire de façon simple est également primordial. Et la mode est au grandiloquent. On va citer en exemple ces start-ups qui ont des espaces détente avec des toboggans, mais où le stress peut exister autant qu’ailleurs. On va aussi dire aux managers qu’il faut qu’ils arrivent à ne pas transmettre leur nervosité à leur équipe, alors que l’on sait pertinemment que certains sont constamment pris entre deux feux et que les culpabiliser ne sert à rien. On va aussi vilipender l’absence de sécurité ou d’hygiène dans certaines entreprises, à raison d’ailleurs.

Mais concrètement, qu’en ressortira-t-il ? Quelques projets isolés mis en œuvre ? Quelques contrats signés par les mauvais élèves visés pour faire un diagnostic des risques sans réelle intention d’activer un réel plan d’actions derrière ? Vous objecterez que c’est toujours ça de pris. Mais ce faisant, vous sentirez également que c’est loin d’être satisfaisant. Parce que le véritable enjeu, c’est que chaque entreprise ait à cœur de faire travailler ses salariés dans les meilleures conditions possibles. Il est déplorable de se dire qu’il a fallu une intervention du législateur pour instaurer une responsabilité des entreprises concernant la préservation de l’état physique et moral des personnes qui contribuent à sa réussite. Que finalement, beaucoup d’équipes dirigeantes n’ont pas assez de cœur pour se dire toutes seules qu’il n’est pas acceptable que le travail diminue d’une manière ou d’une autre celui qui l’effectue ? Je dois une fois de plus mettre en avant mon côté idéaliste, mais le fait de vouloir que les gens que l’on a délibérément choisi d’embaucher pour leurs qualités conservent ces mêmes qualités ne devrait-il pas être une évidence ? Sans compter, que, sur un plan pratico-pratique, même si l’on raisonne de la façon la plus cynique possible, n’importe quel patron a tout intérêt à ce que ses salariés conservent leurs pleines capacités et aient le sentiment d’être respectés en tant qu’humains pour être les plus efficaces possibles dans leur activité.

Mais tout ceci ne semble pas relever de la logique pure. Au contraire, les dernières années ont vu s’accentuer la pression mise sur les objectifs souvent au détriment de la qualité, la limitation des dépenses « de confort » dans un contexte de crise, la politique du bâton sans carotte, la moindre vigilance aux conditions de sécurité pour les secteurs exposés, le recours massif aux réorganisations successives et aux changements de méthodes du travail, qui, si elles peuvent être pleinement justifiées dans certains cas, sont souvent utilisées pour masquer l’absence de direction claire et servent de cellules d’expérimentation pour voir si elles produisent de meilleurs résultats que les précédentes.

Et au milieu de toutes ces actions, on a oublié l’essentiel : l’entreprise assure sa rentabilité grâce à ses membres. Et si elle veut s’assurer de leur pleine coopération, il faut leur fixer un but, leur expliquer le sens de ce qu’ils font, et leur procurer les moyens (outils, infrastructures) pour le faire. Le tout en les impliquant. Parce que très souvent, s’ils savent ce qu’ils font, pourquoi, et comment, non seulement ils sont motivés, mais en plus ils ont des idées pour faire encore mieux. Et ils croient en leur boîte. Et ils ont envie qu’elle se développe. Tout cela juste parce qu’ils comprennent l’intérêt de ce qu’ils font, et qu’on leur montre du respect. En bref, il suffit de les traiter humainement pour éviter 90% de tous ces problèmes savants. Pour le reste, certaines erreurs existeront toujours, l’erreur elle aussi étant humaine.

Alors en cette 10ème semaine de la Qualité de Vie au Travail, formulons ensemble le vœu peut-être utopiste mais peut-être aussi réaliste, qu’un jour cet évènement n’ait plus lieu d’être !!

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5 Réponses to “Soyons bien au travail”

  1. Vincent (@mobivince) 14 juillet 2013 à 22:34 #

    Donner une direction, un sens c’est la clé : voilà une bonne définition du management. Malheureusement, le management est rincé par 6 ans de crise ininterrompue. Désormais, la réponse par défaut se résume à un « débrouille-toi » démotivant et inefficace. Résultat : des employés aux objectifs flous ou inexistants qui se feront « casser » si ils n’arrivent pas à s’en sortir. Vivement la sortie de crise !

    • plumechocolat 14 juillet 2013 à 23:00 #

      Hélas, depuis 2008 (depuis même avant pour certaines entreprises), la navigation à vue semble avoir de plus en plus de succès. Et on gèle tout, les embauches, la formation, l’avancée des projets se fait en mode montagnes russes. En effet, vivement la sortie de crise, mais dans la mesure où les entreprises commencent même à arrêter d’investir, difficile de dire comment on pourra en trouver l’issue…

  2. cubala 11 juin 2013 à 06:17 #

    Je ne connaissais pas. S’ il existe une sorte de boîte à outils pour communiquer sur le sujet, n’hésite pas à me le faire savoir. J’aimerais beaucoup faire un focus dessus dans mon entreprise.

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