Du désir d’enfant

17 Juin

Il a toujours été d’usage, et il est semble-t-il encore d’usage, lorsque l’on parle des femmes, de ce qu’elles veulent dans la vie, du renouvellement des générations, du couple ou de la procréation, de mettre le balancier sur cette fameuse « horloge biologique » des femmes. Comme si, finalement, la vie de la gent féminine était régie par un cadran. 24 heures dans une journée, et à peu près 24 ans durant lesquels nous sommes « fertiles ». Multipliés par 12 mois, cela fait donc 288 chances de procréer dans notre vie. Disons entre 250 et 300 pour simplifier. La fertilité d’une vie de femme se résumerait donc à ça : arriver à saisir l’une de ces 250 à 300 chances de donner la vie à un autre être. Enfin pas tout à fait non plus. Parce que, soyons lucides, aussi belle que puisse être la maternité, à 16 ans, elle n’est pas évidente. Et puis à 40 ans, les risques pour la santé de l’enfant sont accrus. Retirons donc 4 ans durant lesquels ce n’est pas le bon moment. Plus pour celles qui poussent leurs études au-delà du bac. Donc entre 4 et 8 ans grosso modo. On se retrouve entre 135 et 250 chances à saisir. L’enfantement, ce serait ça. Un truc à faire dans ce créneau de 11 à 21 ans. Un espèce de rite initiatique. Tu y arrives ou tu as perdu.

Sauf que ce n’est pas si simple. Il ne s’agit pas d’une mission pour laquelle les filles sont génétiquement programmées. D’un rite de passage qui nous permet de nous accomplir. La maternité (de même sans doute que la paternité) n’est pas une évidence. On a beau nous seriner que nous, les femmes, avons cette fameuse horloge biologique qui tourne et qu’il faut surveiller, la réalité est beaucoup plus complexe que ça. Quoi que l’on en dise, le fait de désirer mettre au monde un enfant ne se résume pas à une question de fécondité biologique. Et il n’est pas non plus forcément plus ancré chez la femme que chez l’homme. Certains médecins ou éminents psychologues trouveront très certainement le moyen de démentir ces phrases, mais je les assume tout de même, quitte à soutenir le débat. Je ne me pose pas ici en experte de la question. Je pose juste quelques réflexions.

Parce qu’il y a des gens pour lesquels il serait naturel pour tout le monde de vouloir être parent. Et pour certaines personnes, cela est vrai. Sans doute plus en effet pour les femmes, parce que tant leur corps que leur éducation les y encourage, les y prépare et le leur permet. Certaines ressentiront très vite cette nécessité, ce besoin vital de donner la vie. Elles vivront la maternité comme leur vocation profonde. Un appel qui transcende tout, une perspective dans laquelle la vie prend pleinement son sens et sans laquelle leur vie peut justement perdre de sa signification. Et pour moi, cette vocation est belle. Mais d’abord, elle n’est pas réservée aux femmes. Il m’est arrivé plusieurs fois, dans ma pourtant encore courte vie, d’observer ce désir ardent chez les hommes, d’en être intriguée d’ailleurs, parce que l’on en parle peu. On réserve justement trop souvent dans les discours ce souhait de transmettre la vie à celles qui vont porter l’enfant dans leur corps. En oubliant que si l’enfant grandit en elles (j’espère sincèrement et vivement que vous me ferez grâce ici de vos commentaires sur les bébés éprouvettes et les débats actuels sur les nouvelles formes de procréation), il le fait grâce à l’intervention d’un géniteur, et que celui-ci peut ressentir aussi en ses entrailles ce bouillonnement qui l’amène à rechercher la paternité. Je trouve qu’il est important de réhabiliter cette notion, celle de l’enfant qui peut être davantage désiré par l’homme que par la femme.

Et puis aussi, j’en ai déjà esquissé l’idée à l’occasion d’autres billets, que cette vocation ressentie n’a réellement de sens que si elle va dans l’intérêt de l’épanouissement de l’enfant. Transmettre la vie, c’est bien sûr un acte merveilleux, un peu fou aussi, unique. Mais cette transmission ne doit pas servir à combler un manque, le besoin d’une femme seule d’avoir quelqu’un à aimer, ou même le besoin des deux personnes formant un couple de reporter leurs manques, leur trop-plein d’émotion, ou leur besoin d’être reconnus sur le petit être qui va venir au monde. Bien sûr, on ne peut pas non plus s’exempter totalement de cela, cette capacité d’amour débordante que l’on va projeter sur son enfant, ou cette envie naturelle d’en être apprécié. Ces élans sont sains, pour peu toutefois qu’ils ne prennent pas le pas sur la volonté d’aider ce petit bout à grandir et à devenir un enfant jovial et un adulte équilibré. Le parent est responsable de son enfant, il n’en est pas propriétaire. Avant d’utiliser une de ses 135 à 250 chances, il me semble vital de prendre conscience que cette vocation que l’on ressent, ce n’est pas celle de nourrir et éduquer un animal domestique, mais bien d’épanouir un humain qui un jour prendra son envol. Et que l’enfant qui vient n’a pas vocation, pour sa part, à réparer ce qui est brisé chez ses parents. Si la vie les a cassés, c’est à des adultes qu’ils doivent demander de l’aide pour recoller les morceaux brisés. Le désir d’un enfant qui soit un remède existe, c’est vrai, simplement c’est la garantie d’une vie fragilisée dès son commencement.

Ce que j’ai essayé de souligner jusqu’ici, c’est qu’il est nécessaire de s’éloigner des clichés des contes de fées, et du fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Parce que si l’envie de donner vie est bien présente chez beaucoup de gens, et doit nous réjouir, elle n’est ni l’apanage des jeunes femmes, ni une garantie de bonheur. Et puis, il est un autre point dont il me tient à cœur de parler, c’est celui de l’absence de désir d’enfant. Pour certains et certaines, il y a un réel rejet de la parentalité, souvent pour des personnes qui ont-elles-mêmes souffert de situations familiales compliquées, mais aussi pour d’autres, que l’on dira peut-être égoïstes de ne pas vouloir éduquer un enfant, ou inconscientes des bonheurs que la parentalité pourrait leur donner. Mais sont-ils vraiment plus égoïstes que d’autres ? Leur cas est-il moins défendable que ceux qui procréent dans l’espoir de recevoir de leur enfant tout l’amour qu’ils ont le sentiment de ne pas recevoir ailleurs ? La question peut là aussi être débattue.

Et puis, dans les désirs d’enfants qui ne s’expriment pas, il y a aussi tous ceux qui, comme moi (c’est ma minute narcissique), n’y pensent simplement pas parce que les conditions pour faire un enfant ne sont pas réunies. Sans que l’horloge biologique ne vienne les chatouiller. Il n’y a pas de rejet de la procréation, simplement pas la personne avec laquelle donner la vie à un tout petit être innocent aurait un sens. Et peu importe que 120 à 240 chances soient déjà passées. Leur vie aura un sens, avec ou sans descendance. Et si l’occasion se présente de réaliser ce petit miracle, tant mieux. Si elle ne se présente pas, leur vie portera ses fruits d’une autre façon. Mais il n’y a aucune raison de se laisser aller si l’on ne devient pas une famille nucléaire. Il pourra y avoir des regrets si cela ne se produit pas. Mais aussi tant d’autres occasions de trouver sa voie du bonheur !!

Alors, que vous soyez parents, que vous aspiriez à le devenir, que cela vous paraisse lointain ou ne vous séduise aucunement, une seule injonction : trouvez comment rendre votre vie la plus féconde possible, c’est mon désir pour vous !!

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3 Réponses to “Du désir d’enfant”

  1. Leonid 17 octobre 2013 à 19:13 #

    Voila. En tant qu’homme et père, je ne puis qu’être d’accord avec cet article. L’envie d’enfant évolué avec le temps, mais en aucun cas, il ne doit (et peut) servir de caution morale. Un enfant est d’abord un être vivant qui va par définition grandir et donc se détacher un jour ou l’autre du cocon familial. De plus, un enfant n’appartient à personne sinon à lui-même.

    Au final, avoir (ou ne pas avoir) un enfant est d’abord un choix personnel.

  2. Miss Alfie 10 septembre 2013 à 10:08 #

    J’aime beaucoup ton article.
    Je me classe dans les « no child » et j’assume entièrement mon choix que je ne trouve pas plus égoïste que de faire un môme parce qu’on veut se reproduire et transmettre je ne sais quoi dans une société en crise et guère accueillante. Quant au gamin qui n’a rien de demandé, c’est lui qui devra faire sa place dans le dit monde…
    Je pense comme tu le dis que notre rapport à la parentalité dépend beacoup de notre histoire, mais que faire un enfant nécessite une réflexion en amont : pourquoi ? que vais-je lui transmettre ? que vient-il soigner ou réparer dans ma vie ?
    Et si c’est pour lui refiler un l’héritage qu’on a déjà du mal à porter, nous adultes, ce n’est peut-être pas nécessaire d’en encombrer un gamin…

    • plumechocolat 22 septembre 2013 à 20:48 #

      Merci pour ton témoignage qui montre : (1) qu’on peut trouver le bonheur sans enfant ; (2) qu’il y a heureusement des personnes comme toi, comme d’autres qui ont choisi d’avoir des enfants, qui ont une vraie réflexion et estiment que mettre un humain au monde implique la responsabilité d’assurer son épanouissement. Et avec ou sans enfant, on peut tous être attentifs aux autres, grands et petits !

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