Le bal des crapules

21 Juin

L’été approchant m’est venue soudain une idée de légèreté. Et comme ce n’est pas le ciel et ses orages à répétition qui vont nous l’apporter, j’ai décidé de passer outre ma frilosité sur le vaudeville contemporain pour aller assister au bal des crapules. En minimisant les risques tout de même, puisque jusque-là, ce que j’ai vu au Mélo d’Amélie, petit théâtre du quartier Montorgueil, m’avait toujours plu (si vous y allez, prévoyez quelques minutes pour parcourir le passage couvert du Grand Cerf qui se trouve juste à côté).

Me voilà donc mardi soir, seul vrai jour de grande chaleur, dans ce théâtre de poche comme je les aime, craignant de friser la déshydratation, ayant souvenir d’y avoir déjà eu très chaud, mais au final supportant mieux l’atmosphère que dehors où le climat se fait lourd pour mieux préparer le fabuleux orage que nous réserve le lendemain (mais à ce stade, je l’ignore encore).

Et le spectacle commence, tout de suite dans un rythme effréné, avec des acteurs qui courent, sautent et se poursuivent en se disputant. Esprit de Feydeau, je t’ai reconnu. Puis stop et retour en arrière pour comprendre comment on en est arrivé là. Et au départ, les ingrédients sont bien là : un couple mal assorti, lui riche et impuissant, elle fort caractère et cupide, a invité le voisin du dessous et la voisine du dessus pour les faire tomber amoureux, dans l’espoir qu’ils déménagent et revendent leurs appartements, afin de disposer du triplex dont rêve Madame, monnaie d’échange pour le bébé que veut Monsieur.

Mais naturellement, rien ne va se passer comme prévu. Et ça bondit, puis ça rebondit à chaque fin de phrase, laissant à peine au spectateur le temps d’admirer ce décor original, très travaillé et très amusant sur le thème des tomates (je ne vous en dis pas plus) relevé de sièges en revêtement peau de zèbre. Les quatre acteurs ne lésinent pas sur l’énergie durant ce spectacle d’un peu moins d’une heure trente. Et si les ressorts sont connus, l’écriture de Luc Chaumar est à applaudir, introduisant de la finesse au milieu de ce troupeau d’éléphants qui cherchent à se manipuler les uns les autres, avec un style contemporain qui arrive (et c’est rare aujourd’hui, d’où mes réticences habituelles) à faire rire sans tomber dans une vulgarité crasse (même si, il faut l’avouer, la finesse n’est pas de mise à chaque instant non plus).

Du coup, d’entrées en sorties en plans plus ou moins foireux, on se laisse aller au suspense de qui va gagner dans cette lutte affecto-immobilière. A prendre les paris comme si on était au PMU. Mais Séverine (Delbosse), Marie (Lanchas), Serge (Da Silva) et Nicolas (…non, pas Sarkozy… Thinot de son ‘tit nom) incarnent si bien le jeu des faux-semblants que l’on finit par se faire balader encore mieux que les perdants du grand jeu « qui veut gagner un triplex ». Et au passage ça dénonce les travers des hommes, des femmes, des parvenus et des bobos, avec finalement pas mal d’acuité. Et grâce à tout cela, le public a sa dose de rire (avec ce soir-là une femme dont le rire restera longtemps gravé dans mes tympans) et mes zygomatiques ont eu leur dose de musculation pour plus d’une journée.

Alors si la pluie vous mine le moral, venez danser à ce carnaval des manipulateurs !

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