Variations contre l’égalité

28 Juin

Il y a déjà quelques mois, je m’insurgeai contre la tolérance, que l’on trouve sur toutes les lèvres, mais qui contrairement à une croyance communément répandue, n’est en rien louable. Aujourd’hui, j’ai décidé de m’attaquer à un autre parangon de la vertu populiste : l’égalité. Politiquement incorrecte, moi ? Possible. Mais jamais gratuitement.

Donc en un cinq comme en mille (et vous commencez à me connaître, je me limite rarement à cinq mots), l’égalité est une connerie. Et vouloir tendre vers la connerie, vous conviendrez comme moi que comme but affiché, ça ne sonne pas très bien. Alors, vous allez certainement penser que j’exagère, que vouloir que les humains soient égaux entre eux, c’est une noble cause, qu’il ne faut pas décourager ceux qui luttent au quotidien en son nom et qui font avancer le monde. Et je vais vous répondre que je ne veux décourager personne (ah si, pardon, j’aimerais bien décourager tous les gens méchants, imbéciles ou manipulateurs, mais ça c’est une autre histoire), mais que ces gens luttent en général contre les discriminations ou pour la justice, ce qui n’est pas la même chose.

Parce que l’égalité en soi se définit comme le caractère de ce qui est égal, ce que veut dire de choses ou d’être qui ont strictement les mêmes caractéristiques. Or, à part les meubles Ikéa ou les baguettes moulées, il est peu de choses qui présentent strictement les mêmes caractéristiques. Et surtout, chez les humains, ça n’existe pas. Aucun être n’est pareil à l’autre. Vous pouvez trouver cela strictement injuste et de fait, ça l’est, mais vous n’y changerez rien. Un jour peut-être, des humanoïdes en série sortiront d’usines à humanoïdes, et eux seront strictement identiques. Et le plus triste, c’est qu’on appellera ça le progrès. Des êtres vivants dépourvus de caractéristiques propres, ce sera considéré comme une avancée spectaculaire pour notre monde. La fameuse lutte pour l’égalité ne peut trouver son aboutissement que dans une solution comme celle-ci. Est-ce vraiment ce que vous aviez (ou avez encore) en tête avec  votre idéal d’égalité ?

Je disais donc que nous humains, ne sommes pas égaux et que c’est injuste. Et je conviens de cette injustice. Certains sont intelligents, beaux, en bonne santé, vivent dans une belle région florissante, grandissent dans une famille aimante, et d’autres sont moches, simplets, malades, vivant dans un lieu isolé, peu soutenus. Entre ces deux extrêmes, il y a la majorité de l’humanité, qui prend ce qu’elle peut où elle peut. Mais tout injuste que ce soit, ces inégalités perdureront. Sauf à niveler par le bas par des méthodes douteuses et cruelles, rendant tout le monde malheureux. A ce titre, plutôt que de blâmer les inégalités, voyons la richesse qu’elles apportent. Certes, il y en a qui ont plus de chances que d’autres, mais ceux-là peuvent tirer les autres vers le haut, leur montrant la voie vers une vie meilleure, surtout si en plus ils cumulent chance et bonté, donnant de leur temps et de leur énergie pour que les autres progressent. Et inversement, ceux qui ont moins ne sont-ils pas en soi des modèles à considérer, montrant souvent qu’avec peu de ressources, on peut aller loin, avoir une force de vie remarquable, et que ceux qui sont mieux dotés peuvent aussi savourer sa chance et se montrer un peu humbles ? L’inégalité, pour toute injuste qu’elle soit, est une richesse. Parce que c’est l’altérité des gens que l’on côtoie qui seule permet de créer (des relations solides, des objets, des cabanes, des maisons, des entreprises,…).

Et là, j’entends encore des objections, des oui mais non, mais tu joues sur les mots, ce n’est pas ce qu’on dit, ce qu’on veut, c’est que tout le monde ait les mêmes ressources (financières cela va sans dire).  Et là encore, je m’insurge : pourquoi tout le monde aurait-il les mêmes ressources ? Tout le monde ne contribue pas à la même hauteur ni de la même manière à les créer ces ressources, alors pourquoi chacun devrait-il à la fin avoir la même part du gâteau ? Certains vont se dépenser dans le travail ou pour faire tourner le foyer, certains vont apporter des idées géniales qui vont créer des emplois, certains vont avoir du nez en allant investir des marchés porteurs, d’autres vont jouer les passagers clandestins, ou être contents d’avoir moins de revenus pour passer plus de temps à leurs loisirs ou intégrer une entreprise non pérenne, ou miser sur un mauvais secteur. En matière de gain d’argent, chacun parie, certains gagnent, d’autres perdent. Que l’on mette en place des garde-fous avec un système d’aide sociale est souhaitable, que l’on n’accepte pas le principe de la rémunération du risque et des responsabilités prises est là aussi injuste. Donc l’égalité de revenus, là encore, j’incite chacun à arrêter d’en rêver et à oser cuisiner son propre gâteau s’il en veut une belle part (avec là encore, un principe d’éthique, il ne s’agit pas d’abandonner ceux qui n’ont aucun moyen de se procurer des œufs ou de la farine pour le fabriquer).

Malgré tout ce que je viens de dire, je sens qu’il y en a encore qui n’en démordront pas. Et puisque je parlais de travail, faisons un petit tour par l’égalité hommes-femmes. Alors, j’ai un scoop : les hommes et les femmes ne sont pas pareils. Vous pouvez regarder attentivement, je vous assure, vous verrez facilement des différences. Beaucoup plus facilement même que dans les jeux de vacances pour enfants et les fameuses images avec les 8 différences à trouver. Ne serait-ce que physiquement. Mais aussi dans le caractère. Il y a une tenue, un comportement, des réflexes, des qualités et des défauts qui sont plus spécifiques à l’un et à l’autre sexe. C’est pour ça qu’on s’apprécie mutuellement d’ailleurs. Pour cette complémentarité synonyme d’inégalité. Et dans le monde professionnel, c’est pareil, nous sommes différents donc nous n’apportons pas la même chose dans le travail. Ce qui ne justifie absolument pas de moins payer une femme qu’un homme quand elle occupe le même poste. Mais là encore, il ne s’agit pas d’aller vers l’égalité. Lier une rémunération au poste occupé et non au sexe est normal, et je suis la première à m’indigner de ce que l’on observe encore des disparités de cet ordre. Mais certains boulots continueront d’être mieux exercés par des hommes, d’autres par des femmes, il n’y aura donc jamais d’égalité. Quant aux regrets liés à ce que le congé parental puisse freiner une carrière, je comprends la frustration qui en résulte, mais de fait, lorsque l’on prend du temps pour élever ses enfants, la gratification que l’on peut en obtenir est d’un autre ordre que professionnel, et les compétences (réelles) que l’on développe sont rarement celles qui vont servir ensuite pour son métier (parenthèse : les récentes annonces sur les mesures encourageant le partage du congé parental moitié moitié pour chacun des parents feront peut-être avancer les choses).

Il est fort probable qu’à ce stade, je n’ai pas encore réussi à convaincre nombre d’entre vous. D’ailleurs je précise que mon intention n’est pas qu’il n’y ait plus aucun opposant à mes propos d’ici la fin de ce billet, je tiens à le préciser. Donc je continue (que pourrais-je faire d’autre), toujours sur des questions financières, avec l’histoire des héritages. Là encore, beaucoup hurlent que ça crée des inégalités (c’est d’ailleurs vrai) et que par conséquent on devrait les supprimer. Et bien là non plus, je ne suis pas d’accord pour que chaque génération reparte à zéro et ce pour deux raisons principales. La première et la plus importante, c’est que, si l’on s’astreint à accumuler un peu de richesse dans sa vie, c’est pour que ses enfants (si l’on en a) ou ses proches profitent des efforts que l’on a fournis pendant 40 ans, pour leur transmettre à travers ce cadeau pécuniaire ou patrimonial un peu de notre œuvre (côté narcissique) et beaucoup de l’amour que l’on a pour eux (côté généreux). Si l’on ne peut plus le faire, c’est quand même fortement décourageant, et ça risque de priver le travail d’un sens déjà en perte de vitesse à notre époque. La deuxième, plus pragmatique, c’est qu’à titre personnel, je ne fais pas confiance à l’appareil étatique pour bien gérer ces ressources quand on voit qu’il s’endette chaque année un peu plus depuis des décennies (quitte à choisir de mauvais gestionnaires, je préfère au moins avoir un lien affectif avec eux).

Mais fort heureusement, et puisque je parlais d’amour et d’affect, il n’y a pas que l’argent dans la vie, parlons donc des droits. Ah, là, on la tient, êtes-vous en train de penser. Le fameux « tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». Au pays de la déclaration des Droits de l’Homme ET de la Déclaration des Droits de la Femme. Alors là je vais vous faire plaisir. Oui, c’est vrai que ce serait beau si ça pouvait être vrai. Ne serait-ce qu’en France. Parce qu’il est assez évident qu’il subsiste et subsistera sans doute toujours des inégalités d’une amplitude incommensurables d’un pays à l’autre sur la liberté et les droits des citoyens qui y naissent. Lorsque l’on voit les difficultés des pays de la zone euro, tous démocratiques et ayant des intérêts à peu près communs, pour s’entendre sur des micro-mesurettes, on imagine bien qu’arriver à de vraies décisions mondiales est une gageure. Donc restons en France. Nous sommes égaux en droits. Sauf que chaque commune, chaque immeuble, chaque bout de trottoir a une règlementation propre. Chaque type de foyer aussi. Et chacun veut garder les avantages que ses différents statuts lui octroient (et naturellement, sans la contrepartie des devoirs). Donc, de fait, là non plus, pas d’égalité. D’autant que pour arriver à faire respecter cette égalité, il faudrait que chacun de nous connaisse intégralement le contenu du code civil, du code pénal, du code de la famille, du code de la concurrence, du code de la route, et de tous les amendements votés chaque jour pour chaque loi le concernant de près ou de loin. Donc, là aussi, objectif futile que celle de l’égalité en droit. Ne serait-ce que (bouclons la boucle) parce que nous sommes différents dès la base.

Il me semble que je commence à avoir bien abusé de votre temps, je vais donc vous laisser le droit de me le reprocher. Ah, si, une dernière petite chose, je ne saurais que trop vous inciter à traiter chacun des êtres que vous croiserez avec une égale dignité ;-). A bon entendeur… bon week-end à toutes et tous !!

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2 Réponses to “Variations contre l’égalité”

  1. noebishop 4 juin 2014 à 16:21 #

    « Alors, j’ai un scoop : les hommes et les femmes ne sont pas pareils. […] Ne serait-ce que physiquement. Mais aussi dans le caractère. Il y a une tenue, un comportement, des réflexes, des qualités et des défauts qui sont plus spécifiques à l’un et à l’autre sexe. […] Et dans le monde professionnel, c’est pareil, nous sommes différents donc nous n’apportons pas la même chose dans le travail. Ce qui ne justifie absolument pas de moins payer une femme qu’un homme quand elle occupe le même poste. Mais là encore, il ne s’agit pas d’aller vers l’égalité. Lier une rémunération au poste occupé et non au sexe est normal, et je suis la première à m’indigner de ce que l’on observe encore des disparités de cet ordre. Mais certains boulots continueront d’être mieux exercés par des hommes, d’autres par des femmes, il n’y aura donc jamais d’égalité. »

    A part pour les différences d’ordre physique, je suis en désaccord avec tout le reste. Je n’ai jamais compris le concept de qualités ou défauts féminins ou masculins. Je ne vois pas un seul exemple de travail qui serait mieux exercé, sur le principe, par un homme que par une femme (ni inversement).

    Par contre, parler de différences dans ce que l’on apporte au travail (et qui peuvent donc plus ou moins satisfaire un employeur) ou à la société est très juste… tant que cette assertion sort, à mon sens, du simple clivage homme / femme.

    Pour résumer : http://media-cache-ec0.pinimg.com/236x/9e/9b/72/9e9b72ed11c29a0522990ed40c174ca2.jpg

    • plumechocolat 4 juin 2014 à 17:54 #

      Dans mon esprit, le fait de dire qu’il y a des comportements ou qualités plus spécifiques n’implique pas d’automatisme. Juste des grands traits que l’on retrouve sensiblement plus souvent chez les hommes et d’autres chez les femmes. je ne me lancerai pas dans un grand débat, qui pourrait être très riche, sur le poids de l’inné et de l’acquis dans cette plus grande occurrence.

      Cela ne veut pas dire que l’un ou l’autre exerce mieux son activité, juste différemment, ce qui rejoint à peu près ce que tu dis dans ton 2ème point.

      Ce que je disais sur les métiers plus faits pour l’un ou l’autre, c’est que, par exemple, de par sa constitution, l’homme est souvent mieux armé pour porter des cartons de déménagement (mais il y a des gringalets et des femmes robustes). Et la femme pour faire la potiche anorexique taille 32 qui marche sur un podium en robe de grand couturier en tirant la gueule comme on le lui a demandé (oui, je provoque sur cet exemple, je le reconnais).

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