Ce que la voix ne dit pas

6 Juil

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Cette semaine, je ne vous parlerai pas de théâtre. « Hein ? Quoi ? », vous entends-je murmurer, « mais que lui est-il donc arrivé ? ». Je vous rassure, ma passion est intacte, et vous reverrez sans doute rapidement des critiques ressurgir. Mais après un petit détour par l’humour musical, j’ai décidé de consacrer quelques précieuses soirées à découvrir l’univers de la danse.

Et mon choix s’est posé sans véritable hasard sur la nouvelle création de la compagnie de danse brésilienne Studio 3. Cette compagnie, que j’avais à l’origine découverte par pure coïncidence, est en effet à l’origine de l’un de mes plus gros coups de cœur de ces trois dernières années en tant que spectatrice. En effet, il y a deux ans, ils étaient présents, déjà au Théâtre Saint-Martin, pour Martha Graham Memorias, hommage, comme l’indique le titre, à la célèbre (enfin, célèbre pour les passionnés de danse moderne) chorégraphe. La force de ce spectacle, au-delà de la qualité des chorégraphies et de la mise en scène, du choix musical également, c’était la diversité des âges des danseurs, qui donnait d’autant plus de force à la chorégraphie qu’elle permettait un jeu scénique intense, fort du vécu des ces brésiliens de différentes générations. Petit aparté : comprenez bien que je n’ai rien contre les jeunes corps de ballet, mais disons que la beauté de leur manière de danser se joue essentiellement sur la partie technique et peu sur des émotions liées à des joies ou épreuves que leur jeune âge ne leur a le plus souvent pas encore permis d’expérimenter. Fin du petit aparté pour redire qu’en 2011, j’étais ressortie de la salle enchantée, sur un nuage, un peu bouleversée aussi, et que j’avais dû mettre 3 jours à redescendre du haut de mon émerveillement.

Quand j’ai su que la compagnie revenait, il était pour moi exclu de rater cette nouvelle performance. Et je dois le dire tout de suite, si je n’ai pas apprécié autant « Ce que la Voix ne dit pas » que « Martha Graham Memorias », c’est tout de même une très belle création. Que voulez-vous, c’est comme pour tout, on ne peut pas être au firmament chaque jour de sa vie, mais on peut continuer à briller, même un peu plus bas. J’ai pourtant failli déchanter au début du spectacle. J’avais des attentes très fortes certes. Mais le tableau d’ouverture et le suivant sont peu accessibles pour des néophytes. On voit des hommes et femmes des cavernes se mouvoir dans un décor post-futuriste, dans une gestuelle qui laisse sceptique, laissant à penser que l’intention était de monter un spectacle de danse contemporaine à tendance expérimentale, un style sans doute porté aux nues par l’intelligentsia artistique parisienne mais pas conçue pour un public de gens normaux.

Heureusement, dès le troisième tableau, les craintes s’estompent pour laisser place à la magie de Studio 3, avec une magnifique « chorégraphie des sirènes », d’un esthétisme rare, très créative et qui permet enfin véritablement de laisser son esprit se faire accaparer par ce qui se passe sur scène. Suit également une belle chorégraphie collective, avec de magnifiques costumes de couleur verte, qui, bien loin de porter malheur, magnifient la nature de la danse. Avant d’enchaîner sur un univers de tango et là encore une très belle proposition d’Anselmo Zolla, le chorégraphe, et de José Possi Neto, le metteur en scène. La suite est un très bel enchaînement nous menant au final après un duo au miroir, là encore original et au très beau rendu. Tout cela se conclut dans l’allégresse du Boléro de Ravel. Trop vite bien sûr, comme toutes les bonnes choses.

Bilan positif donc, si ce n’est un élément vraiment perturbateur qu’est celui de la voic off, vraiment très présente du début à la fin. D’abord, parce que malheureusement, il faut le dire, le portugais n’est pas une langue chantante. Que ce n’est pas davantage une langue que nous Français connus pour notre nullité linguistique comprenons. Et parce que la femme ayant enregistré les paroles (dont la traduction est quand même insérée dans le beau programme distribué gratuitement) a une voix très grave, qui accentue l’absence de musicalité des mots. Et elle parle sans discontinuer, y compris sur le final, alors même que Ravel se suffit amplement à lui-même. Dommage donc d’avoir opté pour ce rajout inutile ou de ne pas avoir choisi soit une langue internationale (l’anglais en l’occurrence), soit une langue se distinguant par sa beauté (comme l’italien).

Conclusion : pari réussi même si égaler Martha Graham Memorias ne semble pas possible. Rendez-vous très vite pour le compte-rendu de leur deuxième création, à l’affiche ce week-end, « Permeados ».

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