Le monde vu d’en haut et d’en bas

14 Juil

Provence 2012 (263)Provence 2012 (206)

Oyez, oyez, il est temps pour nous de nous rebeller contre une importante discrimination dont l’on parle hélas trop peu : celle de la taille. Il semblerait que ce monde soit conçu pour les personnes mesurant entre 1m70 et 1m80. Donc pas pour les grands, ni pour les petits. C’est pourquoi, avec @Angloreg59 (Guy, que je remercie pour sa précieuse collaboration), nous avons décidé d’unir nos 352 centimètres inéquitablement distribués et nos quatre mains (deux chacun, égalité sur ce point) pour vous faire part des frustrations que grands et petits endurent au quotidien.

Petite précision : par bon sens naturel,  @Angloreg59  a décrit la vie vue d’en haut, et plumechocolat le quotidien vu d’en bas (même perchée sur ses talons).

Les courses au supermarché :

Les grandes surfaces sont le lieu par excellence dont les concepteurs cherchent à rentabiliser l’espace. Pour cela, pas question qu’un centimètre soit perdu entre le sol et le plafond. Ce qui ne fait pas l’affaire de tous…

Vu d’en haut : Je vais vous confier un secret : le Grand se nourrit régulièrement de produits peu communs. C’est peut-être ici d’ailleurs que réside le secret de sa grande taille. J’ai longtemps pensé que cette découverte scientifique était le fait des génies machiavéliques du marketing, du merchandising, du facing, et autres mots savants en -ing. Il n’en est rien. C’est génétique, tout simplement. A l’instar des girafes, dont le long cou est idéal pour atteindre les feuilles d’acacias, le Grand est génétiquement programmé pour aller chercher en hauteur toutes sortes d’aliments originaux et inaccessibles à ses congénères de plus petite taille. En revanche, l’espérance de vie du Grand est directement proportionnelle à la taille de son portefeuille, car ces mets exotiques sont aussi très coûteux. Impossible pour lui d’envisager autrement que du regard les produits bons marchés, qui ne poussent que sur les rayonnages les plus proches du sol. Ses fragiles lombaires ne l’y autorisent pas. Mais lorsqu’enfin le Grand atteint l’endroit hautement stratégique de la jungle du supermarché – j’ai nommé les caisses – il devient un redoutable prédateur. Il se transforme alors en un véritable périscope sur pattes, surplombant la meute et jetant son dévolu en une fraction de seconde sur la file d’attente la plus courte.

Vu d’en bas : Le côté pratique, c’est que les nouveaux paniers à roulettes que l’on trouve de plus en plus sont à la bonne hauteur, ni trop hauts ni trop bas. Pour les fruits et les légumes, aucun souci non plus. Et lorsque l’on cherche des produits premier prix, une simple flexion suffit pour les avoir à portée de bras. En revanche, ça se complique quand il faut atteindre la plaquette de chocolat fourré pâte d’amande, notre préféré, bien entendu situé à 2 mètres du sol. Ou le jambon sec, qui doit être considéré comme un luxe réservé aux géants. Il nous arrive donc d’utiliser le rayonnage comme s’il s’agissait d’un mur d’entraînement pour l’escalade, provoquant l’amusement des autres clients et l’ire des vendeurs présents. Ou de demander à une personne de haute taille de nous aider (mais comment lui expliquer qu’il ne faut pas prendre la toute 1ère boîte du rayonnage, mais la 2ème, et faire attention à ce qu’elle ne soit pas défoncée ?)

Les transports en commun :

Là, nous serons tous d’accord sur le fait qu’aux heures de pointe, il est tout bonnement atroce d’emprunter ces vieilles machines roulantes (pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un tram tout rutilant dont l’usure ne saurait tarder).  Mais lorsque l’on n’a pas une taille standard, les désagréments se multiplient.

Vu d’en haut : Un autre exemple de jungle dont le Grand a fait son terrain de jeu de prédilection. Si sa taille hors-normes ne lui permet pas toujours de se faufiler avec autant d’agilité que le Petit, il peut néanmoins bomber le torse et jouer des coudes pour bloquer le flux derrière lui. Lorsqu’il a atteint son wagon, il profite de son avantage de taille pour prendre l’oxygène en altitude. Et par oxygène, comprenez la somme des odeurs corporelles de l’ensemble des passagers, qui peut parfois le faire tourner de l’oeil. Heureusement pour lui que ses longs bras lui permettent d’aller s’accrocher sans effort à la partie supérieure des barres, évitant ainsi l’évanouissement.

Vu d’en bas : Là, tout dépend de la saison. L’hiver, lorsque le vent glacial souffle au dehors, le fait d’être compressée entre les doudounes bien moelleuses peut avoir son charme, même si, comme tous les autres jours d’ailleurs, il est nécessaire de s’assurer d’avoir 10cm d’espace pour respirer. Et puis ni vu ni connu, quand une place assise se libère, il est facile d’user de filouterie pour s’en approcher sans être repéré. L’été, c’est une autre affaire. Avoir son nez juste à hauteur des aisselles des co-usagers transpirants, il y a mieux. Et puis, toute l’année il faut aussi composer avec ceux qui reculent ou sont poussés sans vous voir et manquent de vous briser le nez ou d’envoyer valser vos lunettes. Et avoir un très bon sens de l’équilibre lorsque le train ou le bus freine. Parce que même en levant le bras et sur la pointe des pieds, impossible d’atteindre la poignée ou la barre placée en hauteur pour se tenir.

Les toilettes publiques :

Autre lieu public, qui met en général tout le monde d’accord sur le fait que l’on n’aime pas s’y attarder, mais cela mérite quand même d’en dire deux mots. Pour rendre l’image plus belle, prenons le cas de celles qui sont bien entretenues. Il se trouve que ce sont commodités discriminantes par excellence. Rien n’a été conçu ni pour les grands, ni pour les petits. Les cloisons de séparation ne semblent avoir, dans la plupart des cas, un pouvoir occultant que pour les tailles moyennes.

Vu d’en haut : Dans mon cas, debout, c’est plutôt « coucou voisin de gauche, ça biche ? Tout se passe bien ? » Et assis, de grâce fournissez-moi un treuil pour me redresser ! J’en suis arrivé à la conclusion que l’architecte des toilettes publiques et le designer de la Twingo ne sont qu’une seule et même personne. Une personne de taille moyenne, cela va sans dire.

Vu d’en bas : Croyez-vous vraiment que nos jambes font la même taille que celle d’une certaine mannequin slovaque ? Sans blague, à certains endroits, il faudrait un escabeau pour être à la bonne hauteur. Alors messieurs dames les architectes des lieux publics, je vous implore de prendre dans votre équipe un de vos enfants pour faire le testeur-témoin, afin que nous puissions éviter de jouer les équilibristes perchées sur la pointe des pieds (alors que nous n’avons même pas fait de danse). Ou à défaut de laisser un rehausseur à disposition.

La voiture :

Etant définitivement acté que les bus, métros, et autres trams, sont trop peu accueillants pour les gens de notre espèce, nous passons donc à un mode de transport alternatif et privatif (celui qui justement permet d’aller tester les WC des aires d’autoroute). Et là, il faut admettre que certaines sont privilégiées, tandis que certains sont clairement opprimés.

Vu d’en haut : Vous vous en doutez, le Grand ne peut pas se sentir à son aise en toutes situations. La voiture en est la parfaite illustration. Les places arrières lui sont tout simplement inaccessibles (je ne parle même pas des véhicules 3 portes), et il jalouse ses congénères qui, confortablement installés à la place du mort, peuvent avec délectation allonger leurs pattes, voire les reposer sur la planche de bord. Non, la seule place à peu près acceptable pour lui se trouve – loin – derrière le volant, les genoux calés derrière les oreilles. C’est le côté divertissant du Grand, qui procure un fou rire incontrôlable à ses passagers dès lors qu’il prend place dans une citadine. Là encore, le Grand ne doit sa survie qu’à son portefeuille, qui s’il est suffisamment fourni, lui permettra de circuler en berline.

Vu d’en bas : Il faut le dire, globalement, c’est plutôt chouette de ne pas être grande en voiture. Ca exige juste de ravancer le siège au maximum (ce qui fait le bonheur du passager de derrière). Pour le reste, le code de la route étant le même pour tous (oui, pour une fois, il y a vraiment égalité), les « non grands » ne se distinguent pas spécialement lorsqu’ils sont conducteurs. Tout se complique en revanche lorsqu’il s’agit de louer un utilitaire, pour un déménagement par exemple. La seule fois où j’en ai fait l’expérience, avancer le siège ne suffisait pas. Bras tendus au maximum, assise au bord du siège, les jambes en extension, j’ai eu l’impression d’être à bord d’un 3 tonnes alors qu’il s’agissait tout juste d’un 12m3

Le lit :

Bon, on vous voit venir, petit(e)s coquin(e)s, vous attendez du croustillant. Eh bien que nenni, pragmatiques nous sommes, pragmatiques nous resterons (et nos vies privées pour nous nous garderons)

Vu d’en haut : Lorsqu’il s’agit pour le Grand de choisir sa couche, il profite d’un avantage notable : le non-embarras du choix, qui lui fait gagner un temps considérable. Ce sera au minimum un 160×200. En dessous, cela reviendrait à allonger un doberman sur un timbre-poste, et espérer qu’il s’y endorme. Quant à sa position de sommeil, elle dépendra essentiellement de sa situation familiale. Célibataire, il pourra jouir de la quasi-totalité de son espace vital : en diagonale affalé de tout son long. En couple, ce sera beaucoup plus compliqué. Il retrouvera instinctivement sa position fœtale, tant pour des raisons évidentes de place que pour échapper aux pieds gelés de sa partenaire. Pour ce qui est des autres « positions » de prédilection….le Grand est pudique, il éteint les lumières et garde jalousement ses secrets  ;o).

Vu d’en bas : pour faire simple, nous pouvons dormirà peu près partout. Même dans un lit d’enfant. Adaptabilité maximale. Et puis, lorsque nous avons le 160*200cm évoqué ci-dessus, nous pouvons tester toutes les positions (que nenni sur ce sujet, on vous l’a déjà dit !!) : dormir en diagonale, sur la longueur, sur la largeur. L’étoile de mer, c’est nous, et c’est la joie.

Les spectacles (cinéma, concerts, théâtre..) :

Oui, parce qu’avant d’aller dormir, nous aimons tous bien sortir. Mais que les lieux de sortie ne sont pas toujours bien pensés (même si ça s’arrange pour les plus récemment conçus)

Vu d’en haut : Aussi doux et gentil soit-il, lorsque le Grand cherche à se divertir, il se fait invariablement des ennemis. C’est un fait qu’il lui faut accepter avec philosophie et résignation. Les concerts dans la fosse sont, en particulier, son pire cauchemar. Non pas parce qu’il craint d’y être bousculé (les « pogos », les « walls of death » et autres « mosh pits » n’ont strictement aucun effet sur lui ; il campe sur ses deux pieds, droit comme un I, et les mouvements de foule s’échouent sur lui comme une petite vaguelette sur un rocher). Non, il sent que l’ennemi est là, juste derrière lui, un cran en dessous, entre sa 5e dorsale et sa 3e cervicale. Il sent le souffle de la haine dans son dos. Oui, le Grand bloque la vue. C’est pourquoi il aura tendance à préférer les places assises, comme au cinéma. Mais là encore, tout est question de stratégie, de réflexion, d’anticipation. Car contrairement à une idée reçue, le Grand est respectueux de ses congénères les plus petits. Conscient que sa taille fait de lui un être indésirable, il analysera en un regard la configuration des lieux, avant de faire un choix cornélien. 1) Il s’installera en bout de rangée. Avantage : l’emplacement lui permettra d’allonger une jambe sur deux. C’est déjà ça. Inconvénient : la jambe restante, même repliée au maximum de ce que ses articulations lui permettent, bloquera le passage du reste des spectateurs. Pas d’autre solution que de se lever pour chaque nouvel arrivant. Exténué par tant de gymnastique, il s’endormira au milieu du film. 2) Il s’installera en plein milieu de la rangée. Avantage : ses ennemis cinéphiles arriveront des deux côtés, réduisant considérablement les probabilités d’avoir à se lever. Inconvénient : Il s’attirera les foudres d’au moins 3 personnes derrière lui, à cause de l’effet « domino » des têtes penchées. Moralité : la prochaine fois, le Grand se louera un DVD.

Vu d’en bas : Alors là, disons-le franchement, et malgré tout le respect que j’ai pour mon camarade d’écriture et tous les gens de sa hauteur. Dans les lieux de spectacle et de divertissement, l’ennemi, c’est le grand. Et s’il se place juste devant vous au cinéma alors même que tout le rang est libre, des envies de meurtre commencent vite à venir (ne niez pas). S’il s’agit d’un concert ou d’une pièce avec des places attribuées, vous ne pouvez hélas pas faire grand chose à part intervertir avec votre voisin s’il est grand lui aussi. Vous prenez  donc les choses avec philosophie (vous remarquerez que grands et petits se rejoignent au moins sur cet état d’esprit) et penchez la tête pour arriver à voir. Mais attention à tous les grands (cet avertissement vaut d’ailleurs aussi pour toutes les personnes de taille moyenne), si vous vous avisez dans un tel cas de bouger sans arrêt la tête, cette fois-ci vous risquez de finir comme un certain couple royal au moment de la Révolution.

Le tourisme en vacances :

Outre nos soirées, nous disposons de plus longues périodes de loisirs avec les congés payés, dont nous aimons profiter pleinement en voyageant. Et là encore, il nous faut vaincre les obstacles pour arriver à passer ces quelques jours pleinement dans la joie et la bonne humeur.

Vu d’en haut : Ici encore, un peu de science s’impose : le Grand est un pur produit de l’évolution Darwinienne, qui n’a fait son apparition sur Terre que très récemment. Aussi, lorsqu’il lui prend l’envie d’aller visiter les vieilles pierres, il privilégie les châteaux de monarques à l’égo démesuré, dont il apprécie la confortable hauteur sous plafond, aux caves et catacombes qui transforment sa soif de culture en un parcours de spéléologie.

Vu d’en bas : Tant qu’il s’agit d’admirer des lieux dépouillés, tout va bien. En revanche, pour voir des expositions ou admirer des tableaux, ça se complique lorsque l’on est en haute saison. Avec l’afflux de visiteurs, impossible de voir quoi que ce soit des vitrines d’exposition sans jouer des coudes et passer pour une malotrue, ou sauter en l’air non stop (que n’ai-je gardé le jump-jumper de mon enfance) et passer pour une gamine attardée. Seule solution : se cultiver hors des périodes de villégiature ou choisir des destinations peu prisées, ce qui, au risque de vous faire passer pour snob, vous donnera l’occasion d’épater les autres par votre capacité à sortir des sentiers battus.

Nous pourrions sans doute encore pointer d’autres inéquités dont nos tailles nous rendent victimes. Mais nous ne saurions abuser trop longtemps de votre petit laps de disponibilité. Il est une chose toutefois sur laquelle nous sommes pleinement d’accord : rien de plus beau à contempler que de grands bras protecteurs entourant dans une joie partagée la petite taille de celle que le (la) grand(e) appelle « ma moitié ».

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