Gérer les désagréments

27 Juil

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Tous autant que vous êtes, il vous arrive je pense de connaître des désagréments. Je ne parle pas des évènements durs à gérer qui vous écrasent comme un rouleau compresseur, mais de toutes ces petites choses du quotidien. Un rhume qui traîne, une fuite d’eau, un ami qui vous fait faux bond, une fuite d’eau, un chef ou un collègue qui vous met la pression, une fuite d’eau (oui, ceci est bien un message subliminal discret sur un désagrément d’actualité), un conjoint temporairement grognon et préoccupé (à cause dudit chef ou collègue), un week-end au vert raté à cause de la pluie (je vous le concède, je parle beaucoup d’eau), une crampe qui ne passe pas, ou tout autre évènement venant entâcher une journée, une semaine ou un mois. Tout ce dont le degré de gravité est somme tout minime, mais qui peut apporter énormément de contrariété.

D’abord parce que toute insignifiant que notre désagrément du moment puisse paraître, y faire face demande souvent énormément d’énergie. Rester frais et dispo lorsque l’on a le nez qui coule et la gorge sèche depuis 3 semaines, ça n’a l’air de rien, mais il ne suffit pas d’amplifier un peu le maquillage pour que la peau en-dessous soit moins irrité et d’un coup d’anti-cernes pour que la fatigue de cette fausse maladie disparaisse. De la même manière, on peut prendre plaisir à passer deux jours entre amis à jouer à Time’s Up et Jungle Speed, il n’empêche que voir la montagne nous narguer, plus encore si le soleil réapparaît le dimanche à 16h30, a un côté frustrant lorsque l’on avait prévu de profiter du bon air pyrénéen. Et la gêne va être d’autant plus grande que l’on a tendance dans ce type de cas à ressasser les choses, et en plus, à s’interdire de s’en plaindre parce que l’on sait qu’à coup sûr, on passera soit pour le(la) râleur(se) de service, soit qu’on aura le droit à une leçon de morale grandiloquente sur l’importance infinitésimale de notre problème au regard de la faim dans le monde ou de telle connaissance qui elle n’a plus la chance d’avoir un collègue agaçant parce qu’elle s’est fait licencier comme une malpropre.

Le problème est que, choisissant ainsi pour de fausses bonnes raisons de nous taire, nous allons laisser ce désagrément tourner en boucle au risque de le faire passer du rang de problème à celui d’obsession. Donc, d’une manière ou d’une autre, il est bon d’extérioriser notre frustration et nos petits malheurs. Admettre leur existence vis-à-vis de soi et des autres et permettre à tous de comprendre la raison de notre moue boudeuse et éventuellement de nous aider à trouver une solution pour évacuer la gêne.

Et si en parler sur un ton non dramatisant ne suffit pas et que le souci vient d’un tiers, il sera toujours temps de harceler le service client du plombier régler sagement votre différend avec celui qui en est à la source, en lui proférant toutes les insultes que vous connaissez comme ça d’un coup ça vous fera du bien exprimant votre ressenti face à sa coupable conduite. Si en revanche, vous voyez l’autre se réfugier dans la mauvaise foi la plus totale, vous pouvez sortir toutes les insul (on a déjà dit non, rester toujours paisible), eh bien là, si, vous pouvez vraiment lui sortir votre chapelet de noms d’oiseaux et le traiter de chafouin, de butor, de paltoquet, de gueux, d’abruti, d’incompétent, de pleutre et autres charmantes dénominations sur lesquelles, j’en suis certaine, vous ne manquerez pas de créativité. Et si vous n’avez personne à blâmer que votre nez, qui, au fond, n’est pas coupable et ne mérite donc pas les mêmes sobriquets que ceux dont Cyrano affuble son tarin, tournez-vous vers le ciel ou vers le climatiseur en accusant son souffle traître de vous avoir mis dans cette situation.

Une fois votre colère évacuée, ne culpabilisez pas (sauf si vous avez été vraiment trop loin lors de votre petite séance de défoulement). Même si votre micro-drame n’est en rien comparable au sort des enfants dans les favelas, vous avez le droit d’être mécontent, c’est même un mécanisme humain normal. Et ce d’autant plus que vous aurez tout fait pour être constructif et faciliter la résolution du problème, vous privant par là-même d’activités plus agréables qui auraient pu vous permettre de prendre un peu de distance et de recharger votre batterie à état d’esprit joyeux. Mais il est maintenant temps de relativiser. Non pas par cette technique imbécile de la comparaison avec les pires atrocités que la terre peut porter. Mais en redonnant son juste poids à l’évènement par rapport à votre vie. C’est vrai, vous n’avez pas pu crapahuter vers le sommet d’une montagne escarpée alors que vous attendiez cela depuis des semaines. Mais dans un mois, vous êtes en vacances et là vous aurez certainement du beau temps. Oui, vous avez une fuite chez vous (j’ai la subtilité d’un hippopotame, êtes-vous en train de penser) et de surcroît ce n’est pas la première. Mais elle est localisée, et puis un jour, il se pourrait que le plombier consente enfin à venir y jeter un œil et demi (voire même qu’un miracle se produise et que le tuyau soit remplacé). Oui, votre manager est horripilant. Mais il change de poste dans trois mois. Lorsque l’on sait que la contrariété a une fin, et qu’on peut environ en estimer le délai, il est plus facile, après avoir pleuré ou crié un bon coup, de serrer les dents le temps que ça passe.

Une fois votre calme à peu près recouvré (on sait que vous êtes encore stressé / énervé / irritable / patraque tant que ça dure), essayez au maximum de vous faire du bien, pour compenser la difficulté. Vous êtes toujours souffrant ? Faites une grog party. Vous ne pouvez plus voir le fayot de service en peinture ? Redevenez le gamin de primaire que vous étiez, imprimez sa photo du trombinoscope et jouez les artistes le soir pendant votre trajet (attention, ensuite vous jetez votre œuvre, vous ne la faites pas circuler !!). Il pleut en pleine nature ? Redécouvrez les bienfaits des bains de pied à la boue. Toutes ces petites astuces vous feront passer l’attente de façon bien plus agréable que si vous vous étiez acharnés contre des moulins à vent.

Et puis un jour arrive enfin où la situation finit par se régler. Cette espèce de magie et de soulagement à avoir l’impression que l’on est passé du sac polochon à la valise à roulettes. Notre vie est la même, avec nos trésors dans notre sac, mais sans que l’on se sente contraints à s’abîmer les épaules pour porter l’excédent de bagages. Il est temps de re-profiter donc… vite… avant le prochain désagrément…

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2 Réponses to “Gérer les désagréments”

  1. ckqhozfv@gmail.com 8 décembre 2014 à 05:17 #

    J ai passe un moment agreable en votre compagnie, je vous remercie beaucoup pour cette bonne lecture.

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