Dire ou ne pas dire, telle est la question

19 Août

dire

Tous autant que nous sommes, il nous arrive régulièrement d’avoir envie d’exprimer certaines idées, d’asséner une vérité à l’un ou à l’autre, ou simplement de remarquer que l’un de nos amis a les boutons de son pull accrochés en décalage. Certains se taisent et le regrettent, d’autres, plus extravertis, vont systématiquement laisser les mots sortir et parfois s’en mordre les doigts encore plus que les timides silencieux.

L’équilibre entre trop et pas assez de parole est un art difficile et qui s’apprend avec le temps avec tout de même quelques principes à bien avoir en tête :

  • Eviter autant que possible de trop en dire dans un moment d’emportement (hystérie joviale ou colère excessive).
  • Formuler ses remarques en face à face ou en comité restreint et éviter absolument les audiences élargies.
  • Avant de parler, bien évaluer quelle est sa motivation profonde.
  • Se demander si son ou ses interlocuteur(s) est(sont) en mesure d’entendre, de comprendre et d’intégrer le propos.

Ces bases posées, il est évident que l’opportunité de parler est très fortement liée à la fois à ce que vous avez à dire et à la personne à qui vous vous adressez (j’ai conscience de l’inutilité de cette phrase, j’espère rendre les suivantes plus constructives). Petite revue de quelques cas emblématiques et point de vue personnel sur la manière de les gérer :

La salade entre les dents / la jupe coincée dans le collant / la braguette ouverte : là, sauf à être cruel ou si la personne vous tape sur les nerfs à un point que vous ne pouvez plus tolérer, aucune hésitation possible, il est nécessaire de parler. Et si cela est possible, d’entraîner la personne un peu à part afin de lui permettre de réajuster discrètement son sourire ou sa tenue.

La croyance erronée : un de vos amis situe Marignan en 1497 ou votre frère pense que Zara est une marque de montres. Certains répliqueront du tac au tac : « non mais tu es nul, tout le monde sait que Marignan c’est 1515 / que Zara fait des vêtements ». Seulement, en général, vous appréciez vos amis et votre fratrie, donc mieux veut corriger leurs zones de méconnaissance par la douceur ou par un humour un peu subtil. D’autant qu’ils vous apprendront peut-être que le 14 juillet, on célèbre la fête de la fédération et non la prise de la Bastille et que Bugatti non plus n’est pas une marque de montres.

L’idée reçue (et bien ancrée) : Les grands patrons sont des salauds et les petits patrons des gentils. Toutes les femmes sont des chieuses. Les jeunes ne veulent plus travailler. Des poncifs de ce genre, on en entend malheureusement souvent. Personnellement, j’ai déjà vu des dirigeants de grosses boîtes sympathiques et des chefs de toutes petites entreprises détestables, je connais des femmes douce et adorables et aussi des jeunes qui sont de gros bosseurs et ont envie de s’investir dans leur poste. Donc, quand j’entends ça, mon sang ne fait qu’un tour et j’ai tendance à partir dans des plaidoiries grandiloquentes, qui au mieux me font passer pour une passionnée, au pire pour une illuminée. Alors, de deux choses l’une : soit l’homme ou la femme qui a cette pensée bien arrêtée vous indiffère ou se classe (en toute objectivité de votre part, cela va sans dire) dans la catégorie des cons et le mieux est d’aller dépenser votre énergie ailleurs. Soit il s’agit d’une personne plus proche et que vous estimez et il est préférable d’y aller en douceur, en lui montrant que son jugement vous paraît un peu hâtif et peu nuancé. Si vraiment ça ne marche pas, faites-vous plaisir en jouant les avocats de la gente féminine ou de la génération Y.

La vie amoureuse : Attention, terrain miné. Mais ça, vous le savez déjà sans doute. Seulement, au bout d’un temps, le copain ou la copine qui joue à « on se sépare / on se retrouve » depuis des temps immémoriaux avec la même personne, ça vous agace. Idem pour votre meilleure amie qui enchaîne les conquêtes et trouve à chaque fois un truc qui ne va pas (c’est sûr que ce fantasme de bobo trader avec 15 semaines de vacances, une moto, une dentition parfaite et qui cuisine des petits plats tous les soirs risque fort de ne jamais se réaliser). Vous avez aussi le copain ours qui vit dans sa tanière et se plaint de ne rencontrer personne. Le souci, c’est que tous se confient à vous mais ne veulent pas de conseil ou d’avis. Juste que vous leur disiez qu’ils ont raison et que tout va s’arranger et qu’ils vivront heureux dans une grande maison avec un enfant parfait, 3 chats et 2 perruches. Voyant le piège venir, vous éludez autant que possible, en les invitant à réfléchir par eux-mêmes. Jusqu’à ce moment où vous n’en pouvez plus de les voir s’enferrer dans des histoires foireuses ou passer à côté de leur vie. Deux solutions donc : soit vous demandez assez fermement à ces personnes qu’elles aillent trouver une autre épaule compatissante, soit vous faites le pari de la franchise au risque d’une mauvaise réaction (la plus courante étant de vous prendre aussi quelques « vérités » bien assénées sur vos propres erreurs dans d’autres domaines). Mais un bon électrochoc est parfois préférable à une série de petites allusions. A vous de choisir, mais dans tous les cas, soyez un peu diplomate.

Les mauvais choix professionnels : il arrive que découvrant une nouvelle activité ou dépité par la sienne, on souhaite se lancer dans quelque chose de nouveau. Parce que, de loin, ça paraît séduisant et passionnant. Et de fait, ça l’est, encore faut-il avoir les épaules et les compétences pour assurer derrière. Ou être réaliste. Et il se peut qu’en entendant untel, comptable timide, vouloir devenir technico-commercial dans le monde archi-concurrentiel des assurances, ou unetelle vouloir tout plaquer pour ouvrir un atelier de peinture, alors que sa dernière œuvre connue est une sculpture en pâte à sel réalisée en dernière année de maternelle, vous êtes sceptique, et sans doute avec de bonnes raisons. Vous ne souhaitez certes pas empêcher les personnes que vous appréciez de décider par elles-mêmes, quitte à se planter, mais voyant venir le crash sans airbag, vous êtes plus que tenté d’intervenir. Il est peu judicieux devant leur enthousiasme soudain de leur déclarer abruptement qu’ils sont fausse route. Il vaut mieux dans un tel cas employer la subtilité en leur posant des questions les amenant eux-mêmes à reconsidérer leurs choix (tu as déjà testé / tu as rencontré une ou plusieurs personnes qui ont fait le même choix / je connais quelqu’un qui fait ça, vous pourriez-peut-être en parler, je ne te savais pas peintre amateur, tu prends des cours ?). Si vous voyez que l’idée est tenace, suggérez-leur e penser à une porte de sortie au cas où ça ne fonctionnerait pas.

Exprimer ses opinions, parler de soi : nous voilà rendus à la partie purement narcissique du sujet. Parce que oui, savoir si on balance à la copine championne de la nutrition qu’elle devrait peut-être arrêter de manger du soja pour redevenir un peu plus cool ou au copain bourreau des cœurs que franchement, on trouve son comportement complètement nul peut faire l’objet d’un arbitrage. Mais de temps à autre, on a aussi envie de s’exprimer nous. Ne pas rentrer la tête parce que l’on est entourés de personnes qui ne partagent pas nos idées politiques et se rengorgent des leurs depuis un quart d’heure. Ou arrêter d’écouter les aventures toujours rocambolesques d’un ami narcissique aventurier pour lui parler de cette expo sympa et atypique. Ou juste parler de ce qui nous passionne même à des gens qui ne partagent pas du tout nos goûts. Certaines personnes sont déjà douées pour se mettre en avant, trop peut-être, même lorsqu’elles n’ont vraiment rien d’intéressant à dire. Et d’autres ressentent de la frustration en n’arrivant pas à en placer une. Pour trouver la juste mesure, c’est un apprentissage. Mais rien ne veut l’effet jouissif d’une petite phrase prononcée d’une voix d’un calme olympien après ces 15 minutes de supplice devant l’éloge de gouvernants que l’on apprécie peu : « eh bien moi, j’ai voté untel et j’en suis fier(ère) ». Ou celui de voir nos amis trouver soudainement que raconté par nous, votre sujet de prédilection a l’air drôlement intéressant. Bien sûr, si l’on voit qu’au contraire, la mayonnaise ne prend pas, mieux vaut ne pas insister. Pour autant, il ne faut jamais avoir peur d’être soi-même, avec ses différences. Convaincu(e) de ce que l’on affirme, on est toujours respectés pour cela, quand bien même ceux qui nous écoutent se sentent en totale opposition. La clé, c’est d’affirmer sans chercher à emporter l’adhésion en étant persuadé que l’on est seul(e) à avoir raison. Et le faire avec bonhommie et sourire.

Bon, donc, là, il est temps de vous faire une révélation : j’apprécie pleinement votre compagnie mais le canapé me réclame et lui ne me contredit jamais !!

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