Dire ce que l’on ressent

9 Sep

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Il y a quelques jours, je posais la question de dire ou ne pas dire aux gens ce qui nous brûle la langue lorsqu’on les voit ou qu’on les écoute parler. Ce soir, je poursuis sur la question de la franchise suite à une discussion enfiévrée en fin de journée autour d’un verre avec deux hommes (des amis, n’allez pas penser à mal). L’un des protagonistes se plaignait d’une femme le poursuivant de ses assiduités, malgré les signaux de non réceptivité qu’il disait lui avoir envoyés. L’autre estimait également qu’éconduire la dame par des biais détournés constituait sans nul doute la meilleure solution. Là, malgré les bonnes manières que l’on m’a inculquées selon lesquelles une demoiselle se doit de rester douce et discrète, mon caractère prit le dessus et j’intervins prestement pour condamner assez vivement ce comportement. Je le dis alors tout de go, pour moi la meilleure réponse à ces empressements était d’y couper court en disant simplement à l’intéressée que ses élans n’étaient pas partagés. Mais les deux sieurs me faisant face, décidément d’accord, me répliquèrent que s’ils choisissaient cette solution, la belle en souffrirait. Certes, j’en convins, tout en soulignant qu’il était inévitable qu’elle éprouve de la déception si le sieur tant apprécié ne l’aimait pas en retour, et qu’une formule directe ou détournée ne changerait rien à ce fait. Mon argumentation dut être peu convaincante, car je vis clairement qu’ils ne démordraient pas de leur position. Je n’insistai donc point, renouant en cela avec la savoir-vivre hérité de mon éducation.

Au-delà de l’anecdote, que vous jugerez ou non plaisante, j’ai donc eu envie d’évoquer cet aspect de la franchise, qui consiste à dire, avec diplomatie mais pour autant sans fard, son véritable ressenti à ceux et celles que l’on apprécie. Peut-être aussi ma prose est-elle liée au fait que lorsque j’ai une idée, je n’en démords que difficilement, et que, n’ayant pas réussi à convaincre mes amis, je fais de vous mes nouveaux cobayes, allez savoir…

Toujours est-il que plus les années passent, plus ces codes de bienséance me lassent. Je crois sincèrement que trop souvent, on se bride inutilement. Et puisque je parlais d’amour et de séduction, je propose de poursuivre d’abord sur cette voie. Ainsi, je lis et j’entends depuis des années qu’il existe des codes à respecter lorsque l’on ressent une attraction amoureuse pour une personne. Commencer par un verre dans un lieu neutre mais convivial. Attendre trois jours pour se recontacter après une bonne soirée. Ne pas montrer trop d’enthousiasme. Faire attention cependant à ce que la distance ne soit pas prise pour de la froideur. Parler de tels sujets et pas de tels autres lors des premières rencontres. Que tout cela est donc lassant et déprimant. Ne peut-on pas simplement dire à la personne qu’on a passé une bonne soirée le lendemain du rendez-vous ? Ou la rappeler au bout de 36 heures et pas 72 ? Et parler politique, quitte à se fâcher, devant un verre de Perrier au bout d’une demi-heure ? En fait, si, on peut. Et pour avoir testé, je vous le dis de façon très directe : ça fonctionne et personne ne s’en offusque. Et parfois, en effet, vous êtes attiré(e) et l’autre non, ou alors il(elle) veut prendre son temps. Mais chacun annonce la couleur noir sur blanc. Et cela évite de se poser des questions pendant des jours ou des semaines, en interprétant chaque micro-détail de ce que l’autre dit ou écrit. Ou au contraire en passant à côté de signaux trop subtils (j’entendais l’autre jour une jeune fille qui pour suggérer son ouverture à plus si affinités croyait qu’avoir mis trois petits points dans un texto était un message clair adressé à l’homme pour lequel son cœur commençait à battre). Et si déception il doit y avoir, pourquoi la faire traîner sous prétexte de ne pas brusquer l’autre ? Je ne pense pas qu’il soit plus gentil de laisser quelqu’un espérer une chose qui n’arrivera pas que de l’éconduire courtoisement mais rapidement. Ni de jouer au « aime-moi, je te fuis » si vous aussi vous avez envie de vous lancer dans l’aventure. Bref soyez clair avec l’autre. Pas d’ambiguïté. Du « je sens que je te plais », c’est réciproque / ça n’est pas réciproque / j’ai besoin qu’on se connaisse mieux. C’est honnête et rien de cruel envers l’autre. Et je vous garantis que vous n’aurez pas de retour négatif si vous agissez selon ce principe, on vous respectera même, y compris si vous ne cédez pas aux attentes de celui ou celle qui soupire après vous. Réciproquement, si VOUS êtes la personne dont le cœur bat plus vite, dites-le également. Sauf à ce que vous tombiez sur le(la) pire des goujat(e)s, le sujet de votre affection sera au moins flatté.

Laissons-donc là la vie amoureuse et parlons des relations déjà existantes, que ce soit en famille, entre amis ou en couple. Là aussi, parfois vous avez envie de partager votre enthousiasme. Ou au contraire vos soucis du moment. Et très souvent, vous vous bridez « pour ne pas jeter votre bonheur à la face de l’autre qui a des problèmes » ou « pour ne pas déranger avec vos problèmes ». Ce réflexe est humain. D’autant que certains ne se contiennent parfois pas assez, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, vous mettant dans la position de l’admirateur forcé et un tantinet écœuré ou à l’inverse du bureau des pleurs (SOS Malheurs j’écoute). Il ne s’agit donc pas d’étaler la moindre de vos petites joies ou de vos micro-contrariétés à tout votre répertoire. Cependant, lorsqu’une chose a de l’importance à vos yeux, il est sain d’en parler. Lorsque la vie vous sourit d’une jolie manière, il est bon de montrer à ceux que vous tenez pour proches que vous les incluez dans votre joie, que celle-ci est encore plus grande lorsqu’elle est partagée. Et même s’ils sont dans une période morose, ceux qui tiennent à vous savent se réjouir dans ces moments-là. Et qu’en plus vous savez vous souvenir d’eux aussi quand tout va bien, pas seulement lorsque vous recherchez de l’aide. Ce qui rendra aussi les choses plus faciles le jour où vous vous sentirez dépassé(e) par un problème et aurez recours à leur sagesse pour vous aider à passer un cap un peu ou très difficile. Vous-même, n’attendez-vous pas que les personnes auxquelles vous tenez le plus agissent ainsi envers vous ? Alors pourquoi ne pas leur montrer l’exemple ? Là aussi, je suis persuadée que lorsque l’on exprime à l’autre avec simplicité et humilité ses émotions, il est très rare qu’il en prenne ombrage.

Pour résumer très brièvement mon propos de ce soir, lorsque vous avez une chose importante en tête et/ou dans le cœur, ne craignez pas de la révéler, tout le monde vous en saura gré. Je vous laisse, il est temps d’aller avouer à mon matelas à quel point j’apprécie ses qualités.

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2 Réponses to “Dire ce que l’on ressent”

  1. NDEM 9 septembre 2013 à 14:13 #

    Bonjour,
    Vous avez très bien exprimé ce que je ressens et ce que je pense sur ce sujet : dire ou ne pas dire.
    Je suis partisane du dire et, pour l’avoir moi même mis en pratique, j’ai constaté systématiquement qu’il est beaucoup mieux de dire.
    Tout d’abord, égoïstement (mais pas vraiment) pour soi. Il se trouve qu’une fois « la chose dite » on se sent mieux car effectivement on est en accord/en harmonie avec nous même et c’est apaisant.
    A l’inverse, ne pas dire provoque assurément des tensions intérieures car nous sommes en quelque sorte en déccord avec nous même.
    Ensuite, « dire » c’est respecter l’autre. Je te parle, je te dis parce que je te respecte et parce que je pense que tu peux comprendre et entendre.
    C’est donc une marque de respect et votre interlocuteur/trice vous en sera reconnaissant.
    C’est aussi la preuve que vous le prenez en compte.
    Pour finir, on peut tout dire tant qu’on y met les formes. La forme/les formes c’est primordial. l’art de dire même les choses qui nous semblent les plus délicates. C’est difficile, cela demande de touner sa langue dans sa bouche plusieurs fois mais c’est toujours « payant ».
    Bien souvent nous n’osons pas dire parce que cela nous effraie…tout simplement. C’est nous qui avons peur de dire, mais ne voulant pas nous l’avouer nous nous cachons « couhardement » derrière l’idée (fausse) que cela pourrait blesser ou faire du mal ou décevoir.
    Alors courage, vous serez récompensés!

    • plumechocolat 10 septembre 2013 à 11:46 #

      Vous avez raison d’évoquer également les tensions intérieures auxquelles nous sommes confrontés lorsque nous gardons notre ressenti pour nous, qui peut d’ailleurs parfois conduire un jour à dire notre ressenti sans les formes et au mauvais moment. Et il est hélas parfois inévitable que nos sentiments blessent l’autre parce qu’encore une fois, ils souhaiteraient que l’on en ait d’autres. Mais tant que l’on montre à la personne le respect que l’on a pour elle et pour ce qu’elle est, la vérité est en effet mille fois préférable à l’ambiguïté.

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