Un pas cyan et une pas chiante

16 Oct

Ce soir, sur proposition de Venise, blogueuse de talent avec laquelle j’ai un certain nombre de points communs dont les thèmes qui m’inspirent, nous relevons le défi à plusieurs autres de nous exprimer sur l’impatience. De façon courte. Vous trouverez donc les autres interprétations du thème sur son blog, ainsi que sur ceux de Rien à redire, Frayer et Gregatort. Maintenant cap sur le vif du sujet.

Ils étaient deux. De caractères opposés. Un qui ne voyait que des nuances de gris (même pas cinquante) quand il ne voyait pas rouge. Une qui vivait sur son arc-en-ciel. Le premier était toujours pressé. Pas de temps à perdre, il fallait que les choses avancent. On a un but et on s’y tient. A chaque étape franchie, cap sur la suivante. C’est que la vie, c’est un sacré ouvrage. On n’a pas intérêt à se rater, sinon, on repart à la case départ et il faut tout reconstruire.

Sur son arc-en-ciel, la seconde, rêveuse pas chiante, regardait le pas cyan s’affairer. S’énerver. Suer et donner des ordres. S’épuiser. Vouloir aller toujours plus loin. Pendant ce temps, elle prenait soin de son arc-en-ciel. S’assurait que chaque couleur allait bien. Redonnait quelques pigments à celles qui étaient fatiguées. Avec soin. Elle savait qu’elle referait ces gestes plus tard. Que demain, le jaune aurait besoin d’attention, et peut-être après-demain aussi. Et que l’indigo était tout bougon parce qu’on le voyait moins que l’orange.

Rafal-Olbinski-Unsettling-Tendency-33608

Peinture : Rafal Olbinsky

Mais intriguée par le pas cyan irrité, elle quitta son ouvrage et alla voir cet homme très agité. Elle lui dit simplement qu’elle le voyait se démener dans tous les sens, mais qu’elle ne comprenait pas où il allait en courant comme ça, tantôt à droite, tantôt à gauche. Il lui répondit qu’il fonçait lui, qu’il n’avait pas le temps de s’appesantir sur sa question. Elle insista : où fonçait-il ? Vers la réussite, c’est évident, non ? Alors elle se tut pour réfléchir. Il s’en trouva désarçonné au point de se déconcentrer de ses tâches si urgentes. Au bout d’un moment qui lui parut interminable, elle s’exprima enfin. Pour lui dire qu’elle, elle avait son arc-en-ciel, et qu’elle n’avait pas envie de foncer vers un but abstrait. Ces couleurs et cet arc, ça avait plein de sens. Pourquoi lui, il voulait plus que ce qu’il possédait maintenant ? Il avait ses outils, et puis il était entouré d’une chouette équipe et il ne les regardait même pas. Juste parce qu’il pensait que ce serait mieux quand il aurait devant lui un ouvrage froid et qu’il pourrait ranger les outils et laisser les gens le quitter. Alors, pour la première fois, le pas cyan regarda autour de lui. Il prit conscience de tout ce qui l’entourait, serra des mains, observa les outils, causa avec le bleu et le vert. Et comprit que parfois, c’est le chemin qui nous fait atteindre le véritable but.

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5 Réponses to “Un pas cyan et une pas chiante”

  1. Rienaredire 17 octobre 2013 à 22:02 #

    J’ai adoré ton texte. J’ai adoré ta narration. J’ai souri des échanges et ai retrouvé un peu de mon monde dans le tien. Bravo. C’était chouette, et le jeu de la soirée te doit une fière chandelle!

  2. Frayer 17 octobre 2013 à 09:34 #

    Oh que j’aime… Et ton texte est comme un écho familier, un miroir tendu et une tendresse aussi… Merci 🙂

  3. gregatort 17 octobre 2013 à 09:14 #

    Si derrière chaque homme pressé, il y avait une femme qui le retient de passer à côté des belles choses, de passer à côté d’elle sans la voir !
    Si, rôles inversés, ce serait pareil… les mêmes causes produisant les mêmes effets
    Merci !

    • plumechocolat 17 octobre 2013 à 09:23 #

      Oui, ça peut en effet être l’inverse, là c’est l’homme pour respecter le thème de l’un-pas-cyan. Bien sur, c’est une histoire, les femmes aussi foncent hélas parfois vers des buts dont elles oublient de se demander pour quelles raisons elles les poursuivent ;-).

  4. Venise 17 octobre 2013 à 05:02 #

    Quelle jolie version poétique 😉 merci pour avoir participé et joue le jeu. Bises ma belle

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