Quand le papillon refuse de faire son nid

30 Oct

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Ce soir, je vous parlerai de ce phénomène datant de déjà quelques années, mais qui semble parti pour se pérenniser, celui de la prolifération des papillons, spécialement en zone urbaine. Je sens déjà certains d’entre vous s’étonner, et chercher la dernière fois où il leur est arrivé de croiser ce charmant animal aux ailes chatoyantes sur la Grand-Place du centre-ville. Je me dois donc de préciser que je ne compte pas vous parler d’entomologie, mais de cette tendance de beaucoup, si ce n’est la majorité des jeunes (ce qui inclut de manière très large les vrais jeunes, les encore jeunes, et les moins jeunes qui refusent de vieillir) de butiner de relation amoureuse éphémère en relation éphémère sans amour, sans aucune intention de transformer l’éphémère en engagement sérieux et sur la durée. Tout au plus apprécient-ils le confort de l’ « éphémère durable », qui consiste à laisser l’habitude d’être avec leur partenaire s’installer sans pour autant envisager à un quelconque moment que ledit partenaire fasse partie de leur existence ad vitam aeternam. Un peu à l’image des abonnements mensuels reconduits par renouvellement tacite mais que l’on est libre d’interrompre à tout moment.

Alors j’imagine déjà certains d’entre vous se rebeller en se demandant de quoi je me mêle, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées, après tout au moins eux ils s’éclatent au lieu de passer des soirées seuls chez eux à écrire des articles de cette veine sur des sujets battus et rebattus (ndlr : l’auteur des articles de cette veine s’éclate certainement bien plus en passant ses soirées à bloguer plutôt qu’à vivre une fausse intimité avec un homme qu’elle verrait pour « combler le vide » ou « par habitude »). J’en vois aussi d’autres s’insurger en arguant qu’il faut bien que les expériences forgent la jeunesse et le caractère et que cette phase d’extrême volatilité des liens affectifs finira bien par être suivie d’une stabilisation des relations, ne serait-ce que devant le constat d’une diminution du bénéfice net résiduel apporté par chaque nouvelle conquête. Certes, cet argument est recevable dans la mesure où il concerne un certain nombre de nos congénères. Mais un certain nombre reste une mesure vague et l’on peut émettre l’hypothèse qu’il ne s’agit pas d’une majorité plus qu’écrasante frôlant même l’unanimité.

De fait, il est patent que le zapping amoureux concerne une proportion de personnes de 20 à 40 ans (pour ne pas dire de 14 à 55 ans) susceptible – bien que le phénomène n’ait pas fait l’objet d’une quantification scientifique – de donner le vertige à des montagnards chevronnés. Et que si bien sûr, nous avons tous la capacité d’évoluer dans notre mentalité, l’accumulation en fréquence et en durée de nombreuses années de relations erratiques, ne constitue pas la meilleure préparation qui soit à un véritable partage et à la fidélité, socles pourtant essentiels d’une relation de couple faite d’amour authentique.

Loin de moi l’idée de condamner une certaine euphorie et un manque de discernement des adolescents et post-adolescents les menant à s’accoupler sans réellement réfléchir. Pas plus que de nier la très faible probabilité de ne connaître aucun échec avant de trouver la personne avec laquelle le mot engagement évoquera autre chose que l’enrôlement dans l’armée. En revanche, à compter du moment où l’on se dit adulte et où l’on vit comme tel, l’obstination farouche, la tendance obstinée à passer de draps en bras (ou l’inverse) ne saurait constituer, comme certains le clament ou tout du moins le sous-entendent, un motif de fierté. Au risque de provoquer une insurrection, il s’agit au contraire d’un comportement infantile et puéril, témoignant d’une irresponsabilité chronique. Ce que confirme un argument récurrent chez certains des pratiquants les plus assidus du papillonnage : « oui, mais moi je ne suis pas fait(e) pour être seul(e) ». Bien évidemment, personne n’est « fait » pour vivre seul, la vie humaine manque cruellement de sens si on lui retire l’altérité (j’espère qu’aucun apprenti dalaï lama n’est en train de me lire, se préparant à dégainer son speech sur le nirvana).

Mais être dans un faux-semblant, dans une apparence de vie de couple (y compris lorsque les deux personnes sont soi-disant entendues sur le contrat de non-attachement excessif), c’est uniquement retarder l’échéance inévitable où le retour à la case départ va arriver. Et le plus souvent avec des heurts d’un côté, de l’autre ou des deux, parce que chacun d’entre nous a ceci de particulier que le temps passé avec l’autre fait que des sentiments se développent à son égard et que toute séparation d’avec une personne pour laquelle on éprouve des sentiments est douloureuse. Et il est probable que nombre d’entre vous ont en plus observé que le manque de la présence d’un autre est particulièrement aigu au moment de la rupture et ne s’estompe que progressivement avec le temps. Et c’est souvent dans cette période qui devrait être réservée au « deuil » ou a minima à réfléchir à ce que l’on vient de vivre et à se (re)trouver soi-même que les papillons sautent sur la première opportunité qui se présente pour ne plus éprouver ce manque. Comme des fumeurs privés de nicotine pendant une semaine en pleine nature qui se rueraient sur le premier tabac qu’ils croisent pour retrouver le goût de leur précieuse cigarette.

Parmi ces « non faits pour la solitude », certains ont malgré tout l’espoir qu’à force d’essayer, un jour ça marchera et qu’ils seront heureux, et qu’à ce moment-là ils sortiront le grand jeu, mariage, achat de la maison, enfants et même un chien en prime qui pourra s’égayer dans le jardin. D’ailleurs, ils connaissent une amie de la copine de leur cousin à qui c’est arrivé, ça c’est une preuve incontestable. OK, tout arrive, même des jeunes femmes pétillantes se perdant dans un villages du fin fond du bout du monde et redonnant le goût de vivre à des jeunes quadras bourrus (ah non, pardon, ça c’était le téléfilm d’une chaîne de la TNT hier après-midi).  Pour autant, ça reste l’exception. Parce que dans la plupart des cas, un homme ou une femme qui ne se met pas dans l’état d’esprit de vivre pleinement la rencontre avec l’autre n’a que des chances infimes de vivre le trip mairie-crédit-immobilier et couches culottes quand bien même il ou elle rencontrerait quelqu’un qui pourrait lui convenir à la perfection.

Parce que, qu’on le veuille ou non, si on plante une bouture dans de la terre trop sèche et qu’on ne lui fournit pas d’eau, elle ne poussera pas, quand bien même elle proviendrait de l’arbre ou de la plante la plus fertile au monde. Pour l’amour, c’est pareil. Si l’on ne prend pas soin de celui ou celle qui est à ses côtés, si on n’accepte pas de s’ouvrir à elle et de l’accueillir, on ne dépassera pas ce stade superficiel qui entraînera de la lassitude à court ou moyen terme, et le besoin d’aller chercher ailleurs l’excitation des premiers instants.

Et l’on ne comprendra pas non plus qu’à cette fougue de la phase passionnelle peut succéder une joie différente mais toute aussi grande qu’est celle de connaître l’autre intimement, de pouvoir se projeter dans l’avenir avec lui ou elle, de voir qu’après une dispute ou une crise temporaire peut venir une douce période d’apaisement et de sérénité, toutes ces choses qui font que l’on ne saurait imaginer sa vie seul(e) à nouveau, non pas parce que l’on n’est « pas fait pour la solitude », mais bien parce que l’on est « fait pour vivre avec cette homme ou cette femme hors du commun ».

THE END

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3 Réponses to “Quand le papillon refuse de faire son nid”

  1. Le_M_Poireau 23 novembre 2013 à 23:39 #

    «socles pourtant essentiels d’une relation de couple faite d’amour authentique». Ah ?
    Mon avis est qu’au 21ème siècle, la vie s’est allongée, l’individu est moins engoncé dans un ensemble de règles « morales » et je ne vois pas très bien en quoi la fidélité serait de l’amour ?
    Pourquoi ?
    De mon point de vue, vouloir s’accaparer, ne garder que pour soi le corps de l’autre, ça devrait poser question, plutôt !
    🙂

    PS : entre les capotes, la pilule et les tests de grossesse, il n’y a plus de raison de se réserver la fertilité de l’autre par obligation. 🙂

    • plumechocolat 24 novembre 2013 à 02:33 #

      Il ne s’agit pas en étant fidèle de s’accaparer l’autre mais de s’engager soi vis-à-vis de lui et de recevoir de lui ce même engagement. Et il n’y a rien à gagner à se faire mutuellement souffrir en « consommant des corps » en dehors du foyer et en signifiant ainsi à l’autre que faire corps avec lui ne nous suffit pas ou ne nous satisfait pas ou les deux à la fois. Si tel est le cas, il faut se poser sérieusement la question de ce qui nous fait rester avec une personne que l’on ne respecte et plus encore que l’on n’aime pas assez pour être pleinement avec elle.

      • Le_M_Poireau 24 novembre 2013 à 18:15 #

        Je comprends ta réponse.
        Je constate que tu n’arrives pas à détacher la notion de fidélité de la notion de bonheur. Tu associes l’activité sexuelle de l’autre sans toi comme une souffrance. Dès lors, pas d’échange possible, tant pis. On ne peux pas se comprendre sur ce sujet !

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