Les 12 règles de civilité dans le métro

6 Déc

Je vous préviens d’emblée que ce nouveau billet est honteusement parisianiste puisqu’il traite du métropolitain de notre chère capitale.  Pour ceux qui me connaissent ou me suivent depuis longtemps, vous savez que, si je reconnais que ce moyen de locomotion est pratique et que nous bénéficions à Paris d’un réseau assez complet, il n’en est pas moins vrai que je considère les boîtes à sardines roulantes comme une perpétuelle source d’énervement, de colère et de frustration. Chaque jour m’apporte inévitablement au moins une panne technique et un voyageur malade. Et comme pour attiser mon énervement, une voix préenregistrée scande une de ces deux abominables phrases « nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée » ou « nous vous remercions pour votre compréhension ». J’en profite donc pour signaler une bonne fois à la RATP que je ne l’excuse pas parce que les pannes techniques relèvent de sa responsabilité et que son incapacité à entretenir le réseau n’est pas un déficit de revenus (en 6 ans, le coût mensuel d’un pass pris pour l’année est passé de 49,10€ à 65,10€ par mois) et que les malaises voyageurs surviennent souvent du fait du sur-entassement des sardines dans la boîte, donc là aussi de son incapacité à gérer les flux de voyageurs. Il est donc inutile de me remercier pour ma compréhension, elle a déjà puisé dans mes réserves pour les 38 prochaines années.

Toutefois, qui dit problèmes à répétition dit aussi source d’inspiration sans fin. Parce que ses explications peu crédibles et l’incapacité de notre Réservoir d’Accidents et  de Tracas Permanents en font un sujet de discussion tout trouvé. Et aujourd’hui, le transporteur de sardines m’a servi un cadeau sur un plateau, un peu comme lorsque l’on donne du beurre à un Breton ou du fromage à un Auvergnat. Figurez-vous que la RATP a lancé une grande campagne collaborative pour rédiger 12 règles de civilité dans le métro. Rien que le concept de l’entreprise qui ne respecte pas ses passagers mais leur donne des leçons, c’est à hurler de rire (même s’il est vrai que certaines sardines ont tendance à se prendre un peu pour des requins). Mais en découvrant de quoi il retournait, je suis restée un peu interdite avant de rire face à ces propositions pour le moins inattendues. Vous pouvez aussi découvrir les 12 règles par vous-même ici , sans mes commentaires.

Règle N°1 : comprendre que l’énorme cigarette barrée sur le quai n’est pas une œuvre d’art contemporain, mais une interdiction de fumer.

Alors tout d’abord j’avoue que je n’avais pas remarqué qu’il y avait une énorme cigarette sur le quai. Je regarderai donc attentivement parce que si à chaque station, il y a bien une cigarette d’1 mètre de long qui en plus est barrée à force de consommer de la coke, il est temps que j’aille chez l’opticien et que je me lave les oreilles pour entendre ses délires.

Règle N°2 : proposer de l’aide à la personne en bermuda qui tient une carte du métro dans une main et ses cheveux dans l’autre.

Il semblerait que celui ou celle qui a suggéré cette idée ait vraiment abusé de la coke ou  ne prenne jamais le métro. Parce qu’il se trouve qu’en plus de 30 ans, je n’ai encore jamais croisé personne correspondant à cette description, même à l’époque (lointaine) où les bermudas étaient à la mode. Du coup cette règle risque d’être très simple à appliquer dans la mesure où elle n’aura pas à être souvent mise en œuvre. En tout cas, si vous croisez ce spécimen, surtout si c’est en plein hiver, je vous en prie envoyez-moi sa photo.

Règle N°3 : ne pas faire de son portable un insupportable.

Alors il s’agit de l’une des rares préconisations qui ont vaguement un sens au sein de cette liste rocambolesque, même si parfois, le résumé de la vie sentimentale de certaines personnes fait à un de leurs amis au bout du fil constitue une distraction dont il serait dommage de se passer.

Règle N°4 : tenir la porte de sortie à la personne qui vous suit. Dans la vie, ne jamais perdre l’occasion de croiser un joli regard!

Si j’ai bien compris, en revanche, si la personne qui me suit a un regard moche et que je me trouve à la porte d’entrée, je peux agir comme bon me semble.

Règle N°5 : utiliser son mouchoir, mais pas uniquement pour se dire au revoir sur le bord du quai…

Cette injonction me rend perplexe. Pour tout incivilisés qu’aient été certains de mes voisins de métro, je n’en ai encore vu aucun se moucher dans ma manche lorsqu’il était enrhumé. De même que les adieux en fin de soirée sont rarement ponctués d’une grande solennité et de foulards qui flottent au gré des courants d’air.

Règle N°6 : prendre le sac d’une vieille dame… et le lui rendre avec un sourire en haut des escaliers.

Il est étonnant de voir que la première partie de la phrase est régulièrement respectée, par des personnes qui finalement sont plus serviables que l’on ne pourrait le penser. Hélas, ces mêmes personnes doivent avoir une cervelle de moineau, parce que très souvent, elles oublient de rendre le sac à la vieille dame. Ou alors, par esprit de sacrifice, elles rationalisent le sac en le délestant d’un ou deux objets trop lourds. Et de façon très pragmatique, j’ai bien peur que beaucoup de vieilles dames, uniquement par souci de ne pas être trop dépendantes des jeunes générations sans doute, ne préfèrent garder leur sac que de le confier à autrui.

Règle N°7 : partager ses nouvelles  découvertes musicales sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui on s’exprime aussi en silence

Autant je trouve que les gens qui écoutent de la musique à un volume très élevé perturbent la tranquillité d’esprit des passagers, autant je ne vois pas comment, avec la couverture réseau actuelle, elles pourraient partager des vidéos sur les réseaux sociaux durant leurs trajets. Et puis surtout, ce qui serait formidable, c’est de ne plus avoir à subir entendre ce massacre cette reprise de « Mon amant de Saint-Jean » à l’accordéon par des gens qui souhaitent en plus qu’on leur donne de l’argent pour la pollution sonore et les acouphènes occasionnés.

Règle N°8 : saluer le machiniste, surtout s’il s’agit d’un homme ou d’une femme.

Je suis restée longtemps dubitative en lisant cette phrase. A priori Michael Jackson est réellement décédé, donc il y a peu de chances de voir un machiniste hybride, on n’a toujours pas découvert d’aliens au grand drame des ufologues, les robots nao n’ont pas encore investi les lieux, et il me semble que le RATP n’embauche pas non plus de kangourous. Donc il y a tout de même pas mal de chances que le machiniste soit un homme ou une femme. Soyez sympa, lorsque vous le ou la saluerez, montrez que vous savez que c’est un homme ou une femme que vous avez face à vous (pour cela, vous pouvez utiliser les expressions « bonjour monsieur » ou « bonjour madame »).

Règle N°9 : ne pas fixer une passagère avec insistance, quand bien même elle aurait les yeux revolver.

Alors ça, c’est une très bonne nouvelle pour nous mesdames, parce que d’une part, on ne devrait plus se faire mater par des gros relous, mais en plus, nous, nous sommes autorisées à contempler sous toutes les coutures les (trop rares) passagers qui ont du charme et de la prestance.

Règle N°10 : ne pas provoquer en duel le chevalier qui vous écrase le pied par mégarde !

Comme si un chevalier prenait le métro !! N’est-ce pas le propre du bonhomme que de se déplacer sur sa monture ? Et si jamais un abruti s’avisait d’emmener un cheval dans mon wagon et m’écrasait le pied en plus de ça, je serais d’accord pour ne pas provoquer de duel, mais il est probable que je me servirais de son animal de compagnie pour faire des lasagnes.

Règle N°11 : les jours de grosse chaleur, tel le manchot empereur, bien garder les bras le long du corps et prendre sa meilleure prise en bas du poteau, pas tout en haut.

Là encore, on sent que le rédacteur ne prend pas tellement le métro, parce qu’en matière de saisie du poteau, la règle, c’est surtout « fais comme tu peux pour éviter de te casser la figure ». Et sauf lorsque l’on est équilibriste professionnel, cela exclut le fait de garder les bras le long du corps.

Règle N°12 : ne pas confondre le métro avec sa salle de bain, même si l’on y trouve aussi du carrelage sur les murs

Je confesse ma sidération devant ce dernier précepte, parce que cette comparaison me semble totalement improbable. D’abord parce que j’ai l’habitude d’être seule dans ma salle de bain, et pas debout au milieu d’une foule compacte. Ensuite parce que ma salle de bain est propre et sent le savon, alors que le métro est sale et qu’il vaut mieux parfois ignorer d’où provient l’odeur en suspension. Et que jusque-là, je ne suis encore jamais tombée sur le prototype avec baignoire, douche ou spa. Mais je veux bien tester le concept s’il est mis au point.

A la lecture de ce guide, je suis donc peu convaincue que mon quotidien changera demain ou dans les jours suivants. Je remercie tout de même la RATP de m’avoir offert une séance d’abdos sans efforts grâce à mon hilarité. Et je la remercie aussi de sa compréhension pour la gêne que mes critiques pourraient lui occasionner…

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2 Réponses to “Les 12 règles de civilité dans le métro”

  1. Olivier 6 décembre 2013 à 21:29 #

    Lorsque j’ai lu les règles de savoir-vivre édictées par la RATP grâce au lien que tu as mis dans ton billet de ce jour, j’avoue avoir été étonné à plusieurs titres :
    1/ l’allure générale de ce document fait très « années 20 ». C’est sans doute voulu, mais complètement en décalage avec notre époque où le métro est supposé être un moyen transportant de manière fiable des centaines de milliers de personnes d’un point A à un point B.
    2/ la RATP a dû dépensé pas mal d’argent pour cette campagne alors que, sauf erreur de ma part, il n’existe nulle part, dans aucune rame ni dans aucune station d’indication de numéro de téléphone à composer au cas où on serait témoin d’une agression ou d’un vol. La gestion du budget de la RATP est donc assez étrange et peu rationnelle
    3/ le ton badin utilisé dans les énoncés de ces règles de vie est trop complexe pour le vulgus pecum prenant le métro tous les jours. On rétorquera que c’est un décalage « génial » (prononcer à la Versaillaise), mais y a-t-il tant de bobos que ça comprenant ce langage qui prennent le métro ?

    Ton billet replace donc les choses au bon endroit et le fait (comme toujours) avec talent. Sans doute eût-il été plus judicieux pour la RATP d’agir et ensuite de communiquer sur ce qui a été fait, mesures à l’appui …

    Mais c’est sans doute trop demander à cette entreprise qui oublie une chose fondamentale : le service …

    En tout cas, je confesse que ton billet m’a fait bien rire, tandis que je trouvais le document « officiel » pathétique 😉

    • plumechocolat 10 décembre 2013 à 12:14 #

      Très certainement, ce document se veut décalé et humoristique, afin de plaire aux rares bobos qui vivent des moments de grâce dans le métro.

      Pour les autres, donc l’immense masse des sardines, il est hélas déplorable de se dire qu’il faut leur apprendre les règles de base, comme laisser sa place à une femme enceinte de 8 mois ou à une personne qui a la moitié du corps plâtré, éloigner sa main des fesses des autres passagers, éviter de confondre l’épaule d’une personne assise dans les places en carré avec un poteau pour s’appuyer, mâcher la bouche fermée et si possible ne pas infester ses voisins avec l’odeur d’un plat sorti du KFC dès 8h30 le matin, faire vraiment en sorte que ses enfants ne fichent pas des coups de pied dans le tibia de la personne en face en balançant leurs petites gambettes (pas faire semblant pour la forme), ou encore suivre la règle la plus élémentaire, à savoir laisser descendre les passagers avant de monter dans le wagon.

      Mais la civilité des sardines se perd et le bon emploi par la RATP de l’argent dont elle dispose semble un voeu pieu. Aussi ne reste-t-il comme seule arme que le rire, c’est ce que j’ai tenté de faire ici.

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