De la polyvalence

18 Déc
Peinture : Rafal Olbinsky

Peinture : Rafal Olbinsky

Nous sommes actuellement, et vous ne l’ignorez pas, dans une crise très importante de l’emploi en France, qui ne cesse de s’accélérer depuis 2011, mais qui a démarré dès la crise de 2008-2009. En effet, si nous avons bénéficié d’une petite accalmie entre deux tempêtes, globalement les tensions ne se sont pas relâchées. Les entreprises qui avaient gelé leurs embauches lors de la première crise n’ont pas recruté massivement en 2010 et 2011, et celles qui ne l’avaient pas fait ont généralement pillé d’un coup quand elles n’ont pas détruit d’emplois au cours des deux dernières années.

Or, étonnamment, malgré le nombre accru de demandeurs d’emploi et de salariés en poste qui souhaiteraient être mobiles mais restent en place du fait du contexte actuel, les entreprises ne semblent pas avoir plus de facilités à embaucher. Ce qui paraît pour le moins étonnant. Plusieurs phénomènes concourent à cela bien sûr, notamment l’adéquation entre les postes à pourvoir et les profils des chômeurs : en effet, les anciens ouvriers de PSA ne vont pas tous se reconvertir en bouchers-charcutiers malgré la pénurie dans ce secteur. Et pourtant, cette reconversion n’est pas à exclure d’office, ce changement pouvant être une révélation pour certains d’entre eux. Et si l’on réfléchit bien, ils possèdent certaines compétences leur permettant de l’envisager : savoir manier des carcasses, être précis dans ses gestes et notamment le découpage, être flexible en termes d’horaires, et sans doute d’autres encore. Ce passage qui paraissait donc sans doute saugrenu à certains d’entre vous il y a moins de deux minutes n’est d’un coup plus forcément à rejeter.

Et pourtant, bon nombre d’entreprises se refusent à appliquer un tel principe au quotidien. Lorsqu’elles embauchent, elles demandent en effet le plus souvent une personne ayant préalablement fait la même chose, si possible dans le même secteur, et idéalement chez le concurrent. Ne réalisant pas par là-même que dans le cas où une telle personne serait sans emploi ou chercherait à changer d’entreprise, bouger pour faire strictement la même chose qu’avant est rarement un désir profond (si vous êtes dans la position de celui ou celle qui veut intégrer un nouveau salarié dans votre équipe, réfléchissez deux minutes à ce que vous voudriez faire si vous changiez d’employeur). Il peut donc être utile, pour optimiser la réussite de votre recrutement et apporter un regard et du sang neufs qui permettront à toute votre équipe d’évoluer, de faire preuve d’un peu d’audace. Et d’aller chercher votre candidat en regardant un peu plus loin que le bout de votre nez. Dans le même secteur mais à une toute autre fonction, ou exerçant le même métier dans un autre univers. Ou, comme votre ouvrier automobile futur boucher, d’ouvrir très grande la voile et de réaliser que le bateau n’en voguera que mieux.

D’ailleurs, en y regardant de plus près, ne voyez-vous pas que de très nombreuses structures font déjà cela avec leur personnel en place ? En estimant qu’untel est un bon candidat pour une mobilité interne, où ses fonctions bougeront de facto. En réorganisant les services, obligeant chacun à s’adapter. Ou par le simple fait des progrès technologiques (pour revenir encore à notre ouvrier automobile, celui qui a 30 ans de métier a sans nul doute vu son métier changer énormément depuis ses débuts). Donc au fond de vous, vous savez que les individus sont polyvalents et adaptables, que beaucoup sont mêmes motivés par de nouveaux challenges. Sans doute vous en targuez-vous à titre personnel.

Il est donc temps de mettre en cohérence votre raisonnement logique et vos actes  et d’oser faire preuve d’audace. Allez zou, en avant !

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Une Réponse to “De la polyvalence”

  1. Olivier 18 décembre 2013 à 14:20 #

    La polyvalence … Vaste débat. Certains salariés le perçoivent comme un moyen de les exploiter toujours plus, certains employeurs y voient une opportunité pour disposer de davantage de flexibilité en interne.

    Mais je crois qu’au fond, tout est dit dans cet article avec le mot « audace ». Il en faut en effet de l’audace pour remettre en cause les organisations existantes. Il en faut de l’audace pour convaincre ses salariés d’adhérer à la polyvalence. Il en faut de l’audace pour que les salariés comprennent que hors de la polyvalence, point de salut.

    Cette polyvalence doit s’accompagner de formations et doit s’inscrire dans une vraie stratégie d’organisation. C’est selon moi sa seule contrainte …

    En tout cas merci d’avoir écrit ce billet !

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