Pour trois mots

19 Déc

Mon ange,

ce matin je t’ai senti un peu bougon. Lorsque je t’ai interrogé, tu m’as dit que tu étais peiné qu’après ces quelques mois passés tous les deux, je ne t’ai toujours pas dit les trois mots que tu espères et attends, ce « je t’aime » sur lequel tant se joue, comme une étape qui dirait que la relation existe, qu’elle est scellée entre les deux protagonistes. Lorsque toi, tu les as prononcés, ces mots, il y a déjà quatre mois comme tu me l’as fait remarquer, je dois reconnaître que j’ai senti en moi comme une vague de chaleur. Comme un vertige également. Et tu sais combien je suis sujette au vertige. Seulement cette fois, j’ai compris que ta voix serait là pour me rassurer à la prochaine montagne à descendre.

Ce jour-là, j’étais submergée. Tu ne l’as pas vu mais j’en ai pleuré d’émotion dès que tu as eu le dos tourné. Ou peut-être as-tu vu mes yeux rouges et as-tu eu la pudeur de ne pas en parler. Tu es si délicat. Je me souviens t’avoir remercié et dit combien j’étais touchée par le message que tu me faisais passer à travers ces mots. Je me suis demandée si je devais te répondre « moi aussi je t’aime ». Et puis j’ai réalisé que ce serait trop simple. Que ça perdrait de son sens aussi si je le disais juste là, comme ça. Que toi aussi tu méritais un moment à toi, la vague, le cœur qui s’accélère ou la respiration qui s’arrête, j’ignore quelle réaction ces mots provoquent chez toi.

Et depuis, quatre mois sont passés, durant lesquels je ne te l’ai pas offert, ce moment à toi. Et ce matin, tu m’as avoué ton chagrin. Te voir avec cet air souffrant, entre colère et résignation, cela m’a bouleversée. Parce que tu m’offres tellement de bonheur. Parce que tu comptes si fort dans ma vie. Parce qu’il y a huit mois, tu as tout chamboulé de cet équilibre bien ordonné que j’avais créé. Avec subtilité. Tu as fait tomber une à une les quilles de mes résistances et de mes peurs. Sans m’épargner quand je me réfugiais dans la facilité des fausses excuses pour maintenir un statu quo insatisfaisant. Et tu as accepté que j’agisse de même avec toi. Que j’admire ta patience, tes yeux qui brillent, ton audace, et que je te remette à ta place quand je te voyais foncer sans regarder derrière si tes amis suivaient.

Nous avons partagé des rires de gamins en faisant la course en pleine forêt, des soirées de silence où nous regarder dans les yeux suffisait à en dire plus que tous les mots que nous aurions prononcés, des journées sans comprendre sur quoi nous travaillions, n’attendant que de nous retrouver après une semaine de séparation pour cause de déplacement de l’un ou de l’autre, suivies de nuits à la fois tendres et sensuelles où ne nous endormions qu’au petit jour. Nous avons eu nos jours avec et nos jours sans. Nos moments de complicité et nos disputes. Nos réconciliations si évidentes, parce que rester fâchés ne nous est pas naturel, ni à l’un ni à l’autre.

Et malgré tout cela, toute cette beauté, je n’ai pas prononcé ces trois mots. Dix fois, vingt fois, j’ai voulu et je m’en suis voulue. Ces mots ont trop de poids dans ma bouche. Le poids des douleurs vécues avec ceux qui les ont entendus. De leurs mensonges, de leur égoïsme, de leur indifférence. Alors que chaque instant en ta compagnie est beau. Même les moments tristes. Même ta plainte légitime de ce matin. Et dans ta bouche, ce je, ce moi et ce verbe ont ce sens qu’ils n’avaient jamais eus auparavant.

Alors aujourd’hui, je voudrais te dire qu’ils sont bloqués au fond de ma gorge, que je veux les prononcer avec cette même évidence que tu as su leur donner. Et voir tes yeux pétiller. Et aller courir dans les prés, et avoir le cœur qui bat, et rire avec toi, et pleurer sans toi, et me disputer, et me réconcilier avec toi, et être en apnée jusqu’au soir et sentir ton souffle la nuit. Et que nos vies continuent à être chamboulées l’un par l’autre, parce qu’elles sont rudement plus chouettes que quand elles étaient bien réglées.

Pour tout ça et pour bien plus encore, je me réjouis de l’accueil que tu fais à l’amour que je te porte avec une telle force que trois mots ne sauraient jamais le traduire.

Ton aimante aimée

Note : cette lettre est une pure fiction émanant de l’imagination de l’auteure de ce blog. Il n’est donc pas nécessaire de contacter le photographe de Gala pour leur prochaine couverture.

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8 Réponses to “Pour trois mots”

  1. Itinérante 10 novembre 2014 à 21:35 #

    Je ne sais pas quoi dire mais je n’ai pas voulu quitter cette page. .. lu et relu en essuyant mes larmes! !!

  2. numero712 20 décembre 2013 à 14:16 #

    Tu as su trouver les mots pour dire combien les mots sont de trop,
    Tu as su dire à quel point les paroles sont toujours si loin en deçà du ressenti de l’amour,
    Tu as réussi à dire quelque chose de l’ineffable de l’amour.

    Pour tout cela je voudrais te dire merci.

  3. JCM (@jchmfly) 19 décembre 2013 à 23:09 #

    C’est si vrai…
    Le « je t’aime » a souvent beaucoup de sens pour celui qui le reçoit: il est porteur de réconfort, d’espérance, d’énergie, et est toujours accueilli avec bienveillance .
    Mais ces bénéfices rayonnent également sur celui qui prononce cette déclaration.
    La magie opère et rend donc 2 êtres heureux avec ces 3 mots simples.
    On devrait l’utiliser plus souvent 🙂

    • plumechocolat 20 décembre 2013 à 12:31 #

      Peu importe la « formule » employée, il est important de dire son amour, ça ne fait que le grandir

  4. Professeur Bang 19 décembre 2013 à 17:20 #

    Tout allait bien, jusqu’au post-scriptum.

    • plumechocolat 20 décembre 2013 à 12:29 #

      J’espère bien que ce post-scriptum disparaîtra un jour, comme ça tout ira bien tout court ;-).

  5. Olivier 19 décembre 2013 à 15:16 #

    Je crois que beaucoup aimeraient recevoir des mots identiques à ceux-ci …

    • plumechocolat 20 décembre 2013 à 12:27 #

      Beaucoup d’appelés et peu d’élus. Il faut tout de même les mériter 😉

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