Les vermisseaux de l’amour

24 Déc
Zagreb Mars 2012 (128) Contemporary Art Museum
Chers lecteurs, vous le savez, j’aime bien parler d’amour. Et en cette période de Noël, où les guirlandes clignotent dans les foyers et où l’on fait fondre de la guimauve dans les cheminées, tout plein d’amour coule de partout et les familles se retrouvent, la dinde et le chapon étant l’occasion d’une agréable trêve à la fin d’une année plus ou moins réussie. Dégustons donc notre foie gras avec joie, oublions les soucis quelques jours, ressortons les gros pulls ridicules et mangeons des truffes au chocolat jusqu’à écœurement.
Mais après tout ça, plus de blagues, on arrête de jouer avec notre cœur et de se précipiter vers des amours qui nous donneront la nausée. Parce que chacun de nous vaut mieux que ça. C’est pour cela, que, pensant à vous qui êtes sans doute en train, comme bon nombre de vos voisins, de faire le point de ces douze mois, j’ai choisi de vous concocter un petit guide des personnes à fuir. Je vous demande de me pardonner d’avance si je m’égare à dire il ou elle dans mes descriptions, pas de sexisme ici, les femmes et les hommes peuvent être porteurs des mêmes nocivités en amour. Si j’écris aujourd’hui, c’est parce que j’ai observé que bon nombre de personnes (mais cela bien sûr n’arrive qu’aux autres, ni à vous ni à moi cela va sans dire), vont se fourvoyer dans des histoires merdeuses comme on tenterait un crash test sans airbag ont parfois du mal à faire preuve d’un degré de jugement suffisant quand elles se lancent dans une nouvelle aventure. Et parmi ces foirages amoureux prévisibles (FAP pour les intimes), il est des signes que l’on refuse de voir mais qui trompent rarement. Mon âme charitable en a recensé quelques-uns pour vous :
  • Celui ou celle qui est « dans une mauvaise période mais ça va passer » : nous avons tous déjà croisé ce type de personnes. Là, elle vient de perdre son troisième boulot en six mois, mais ça va passer, le prochain sera pour elle. Ou alors c’est compliqué avec sa famille en ce moment mais ça va passer. Ou elle est à découvert depuis deux mois mais ça va passer. Ou son bail expire dans trois semaines et elle n’a pas d’appart mais ça va s’arranger. Le plus souvent plusieurs de ces trucs à la fois. Alors il arrive que l’on rencontre par hasard un homme ou une femme faits pour nous à un mauvais moment, qu’il lui soit tombé dessus une ou deux grosses tuiles et qu’il faille un peu de temps pour gérer tout ça. Ce serait dommage de passer à côté. Mais il arrive aussi souvent que vous soyez en face d’un « monsieur » ou d’une « mademoiselle » Catastrophe et que cette mauvaise passe ne soit pas conjoncturelle. Dans le doute, ne vous lancez pas. Soyez présent amicalement mais restez à distance. Si c’est une vraie question de malchance, votre présence durant les quelques semaines ou mois difficiles vous profitera. Si vous êtes face à un aimant à emmerdes, vous pourrez vous retirer en douceur, sans être entraînés dans des malheurs perpétuels.
  • La victime : c’est incroyable, tout le monde est méchant avec lui (ou elle, disons lui pour cet exemple), alors qu’il n’a rien à se reprocher. Il y a 2 mois, son coloc et meilleur ami depuis 20 ans l’a fichu à la porte sans raison (bon vous aurez le droit à une explication embrouillée vous disant que le meilleur ami s’est fait un film, quand, rentrant plus tôt, il a vu sa copine sortir nue de la salle de bains alors que lui y était encore). Son patron en a après lui mais c’est parce qu’il ne comprend pas qu’il n’avance pas sur le dossier dont l’échéance est pour dans 3 jours, alors que lui a bien compris que ce qui est stratégique, c’est le dossier pour dans 4 mois. Sa sœur lui fait la gueule parce qu’elle n’a pas compris le caractère constructif de sa remarque sur sa petite vie étriquée de bourgeoise de province. Alors vous, en bonne âme, vous le croyez sur tout, vous jouez les infirmières (infirmiers), vous compatissez, vous parlez aussi de ses méchants amis qui ont pris le parti du coloc et de son salaud de patron et de sa conne de sœur. Vous le consolez d’être si mal entouré, vous êtes révoltée de tant d’injustice et vous redoublez de soins pour compenser. Ce que vous devriez savoir, c’est que fatalement, un jour, vous aussi vous serez une méchante. D’ailleurs, à la première remarque du type « mais t’es sûr que t’as pas dit ou fait un truc qui l’as froissé », vous aurez sûrement droit à un « toi aussi, tu t’y mets » ou « tu doutes de ma parole ». Si vous vous êtes laissé(e) aller à la compassion, trouvez une issue avant de vous mettre à vous laisser ronger par l’aigreur envers tout un chacun.
  • La personne au plan tout tracé : rééquilibrons donc la chose en donnant corps à ce profil sous des traits féminins. Donc, vous la rencontrez. Et tout semble bien se passer les premiers temps. Cette femme est charmante, séduisante, a de la conversation et un corps de rêve. Petit à petit, vous vous attachez, ce qui paraît bien naturel. Et c’est là que le plan apparaît, une fois qu’elle sent que vous allez marcher dans la combine. Parce qu’elle a pensé à tout. Au bout de 6 mois, vous emménagerez ensemble. Dans un F3 situé précisément dans tel quartier. 4 à 5 mois plus tard, vous déciderez de vous marier (elle vous laisse un mois de flottement sur ce coup). Naturellement au printemps, dans sa région, la salle sera sûrement libre la 3ème semaine d’avril. En août, elle sera enceinte. Avec le congé maternité classique + le prolongement pour les femmes qui allaitent + les congés payés, elle aura donc 5 mois pour profiter du bébé avant la reprise. Là, il sera temps d’acheter la maison avant de songer au deuxième. Comme vous êtes sous le charme, vous la laissez dire, et puis cela vous amuse ces projections. Et pourtant, il faut les prendre très au sérieux. Surtout lorsqu’elle vous dit que tous ses ex l’ont quittée au bout de 9-10 mois….
  • L’autoritaire : pour changer un peu du jaloux, que vous avez tous vu au moins une fois dans Confessions Intimes sur TF1, parlons de l’autoritaire. cet individu n’a pas de discours lié au fait que vous pourriez le tromper et ne voit pas dans chaque mot que vous dites à une personne du sexe opposé une tentative de séduction. Simplement, c’est lui ou elle qui décide. C’est comme ça. Vous avez déjà été 3 fois au ciné en 10 jours et vous voudriez vous faire un théâtre ? Ben ce sera un ciné, le théâtre pour le mois prochain. Vous voulez aller dans les Pyrénées cet été ? C’est parce que vous ne connaissez pas les Baux de Provence, c’est bien mieux. Vous êtes sorti(e) du boulot à 19h ? Vous auriez dû être là maximum à 19h45 (cet arrêt devant les vitrines de Noël du Printemps était une perte de temps inutile). Vous voulez aller à l’anniversaire de Martin ? Impossible, il y a celui de Laurent, c’est beaucoup plus important. Etre avec quelqu’un qui sait décider, c’est bien, être avec quelqu’un qui ne laisse pas de place à votre avis et encore moins à la spontanéité, ça risque de se solder par une crise d’hystérie durant laquelle vous lui enverrez ses œufs Matine et son guide de la Provence sur les fesses (vous n’êtes pas assez cruel(le) pour le/la blesser au visage). Donc soit l’autoritaire se calme, soit vous irez à l’anniversaire de Martin où vous trouverez des amis pour partir dans les Pyrénées.
  • La personne molle : à l’inverse de l’autoritaire, la personne molle ne décide rien, n’a jamais d’idée et est souvent fatiguée (sauf pour jouer à la console qu’il/elle manie avec une dextérité que vous ne lui connaissez pas dans d’autres moments). Les premiers temps, elle vous suit dans tout ce que vous proposez. Et puis, petit à petit, son tempérament casanier se dévoile. Pas la peine d’aller au ciné, on est tout aussi bien devant un dvd. Se balader oui, mais pourquoi perdre deux fois une demi-heure pour aller en forêt ? Le parc public à 5 minutes est tout aussi bien. Et lorsque vous lui demandez ce qu’elle veut faire, elle vous renvoie un « comme tu veux ». Si vous adorez prendre l’initiative pour tout, vous apprécierez sans doute. Si vous espérez un minimum d’implication de votre partenaire, c’est vous qui allez finir fatigué(e).
  • Le profiteur : on pourrait aussi dire le pique-assiette. Lors de vos sorties, il ou elle « oublie » régulièrement sa carte bleue. Il vaut mieux aussi aller manger chez vous, parce que dans son frigo, il n’y a rien, pas eu le temps de faire les courses. Là, c’est la fin du mois, c’est un peu difficile, mais le mois prochain il ou elle se rattrapera, c’est promis (ce nuisible a une capacité à promettre parfois assez phénoménale). Mais la personne profiteuse peut ne pas se contenter de se nourrir et sortir à vos dépens. Elle peut aussi apprécier votre bande d’amis, alors qu’elle en a peu (certains se sont sans doute lassés d’être pris pour des pigeons). Ou mettre à son profit vos compétences en menus travaux ou en informatiques pour la dépanner. Parfois, une bonne confrontation permet de régler les choses et de repartir sur de bonnes bases, ne tardez pas trop à le faire. Si cela n’a pas d’effet, vous serez fixé(e) sur ce qui vous rend aimable.
  • Le Dr Frankenstein : je finirai, quoi que d’autres espèces de vermines rampantes existent, par cet être à fuir à tout prix, qui cherchera à faire de vous sa créature. Bien sûr, il y a peu de chances que vous vous retrouviez avec une hauteur de 2,43m, des balafres au visage et une énorme tête rectangulaire. Il y a par contre de grandes chances qu’en vous modelant à son gré, votre confiance en vous soit entièrement détruite et que vous mettiez beaucoup de temps à vous remettre de l’histoire, si seulement vous trouvez le courage de quitter votre génie. Cela commencera souvent subtilement par votre look. L’homme devra donc troquer ses polos du week-end contre des chemises « fashion », la femme ses jeans contre des jupes bien ajustées (mais seulement en sa présence, il ne s’agirait pas qu’un autre vous remarque). Puis, petit à petit, plus ou moins insidieusement, il jouera les nutritionnistes et coachs sportifs à domicile afin que votre corps reste toujours parfait. Toujours avec subtilité et souvent avec un art consommé de la manipulation (contrairement au côté basique de l’autoritaire). Votre moitié vous guidera aussi dans vos fréquentations. Et il y a fort à parier que lorsque vous aurez atteint le degré de perfection escompté, il ou elle vous trompera avec une personne qui aura du répondant. Aux premiers signes avérés de chosification de votre personne, bloquez son numéro et allez vous faire choyer par vos vrais amis, ceux qui vous veulent du bien.

Il existe bien sûr nombre d’autres personnes qui vous pollueront. Si vous faites partie des cas décrits ci-dessus, il est encore temps d’évoluer pour vivre vos relations plus sainement, vous en tirerez certainement plus de satisfaction. Si vous êtes une personne bienveillante avec une tendance plus ou moins marquée à vous jeter dans la gueule de la louve ou du renard, en attendant que le scanner à nuisibles soit mis au point, laissez-vous guider par votre intuition qui est souvent juste. La personne qui vous convient existe très certainement, c’est celle avec laquelle vous vous sentez respecté(e).

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3 Réponses to “Les vermisseaux de l’amour”

  1. Lester 13 juin 2014 à 10:52 #

    Déprimant ce papier… On reconnait effectivement quelques traits significatifs, mais cet inventaire de la médiocrité humaine révèle une autre pathologie qui, elle, n’est pas présente dans cette liste. C’est l’extralucide :
    Enfant, elle était très timide, avait peu d’amis. Au collège, elle passait ses après-midi au Centre de Documentation et d’Information. Entre deux ouvrages, elle se complaisait à observer les autres et enregistrait frénétiquement dans son cerveau chaque détail, remarque, attitude, signe permettant de ranger ces specimens dans des cases.
    C’est tellement plus pratique les cases, ça permet de retrouver ses culottes et ses chaussettes sans avoir à ouvrir les yeux. Parce que l’extralucide n’a pas besoin de voir, ni même de toucher, d’entendre ou d’essayer parce qu’elle SAIT. C’est comme ça, c’est factuel, elle sait et toi t’es loin !

    • plumechocolat 13 juin 2014 à 11:44 #

      Cette approche des vermisseaux n’est pas exhaustive d’une part, et surtout elle ne signifie pas que les gens sont tous des nids à ennuis à leur manière d’autre part. Et heureusement d’ailleurs.
      Il est tout de même amusant de voir que tu me reproches de mettre les gens dans des cases en me plaçant moi-même dans une case. S’agissant de ce que j’ai ou non vécu, je laisse les lecteurs libres de leurs conjectures.
      Quant à mes connaissances et expériences, je suis ravie qu’il me reste encore beaucoup de choses à apprendre et à vivre, et je reconnais absolument que je ne sais pas tout. Et là aussi, heureusement.

  2. Olivier 26 décembre 2013 à 16:13 #

    Effectivement, il existe un nombre assez important de pathologies plus ou moins marquées qui peuvent ruiner un projet amoureux.
    Personnellement j’ai eu beaucoup de chance je pense en ne tombant pas sur une femme correspondant de près ou de loin à cet inventaire. Cependant j’ai des amis et amies qui ont été moins chanceux et qui ont soufferts de ces rencontres.

    Le vrai problème étant d’ailleurs qu’une fois qu’on sort d’une aventure avec un/une de ces personnages on se croit prêt à dénicher la perversion de nouveau ou de la nouvelle. Mais si on tombe à nouveau sur un mou ou une autoritaire (pour ne citer que deux exemples), on peut se mettre à penser qu’on attire que les cas à part du genre humain et on finit par douter que des gens normaux existent.

    Pourtant, et c’est là mon message, il existe plein de personnes normales disposées à aimer l’être qu’elles rencontreront. Il ne faut donc pas désespérer et ne considérer les personnages décrits dans ce billet (excellent comme toujours ;-)) que comme des exceptions !

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