Antigone

27 Déc

Vendredi dernier est un jour à marquer d’une pierre blanche puisque je pénétrais pour la première fois dans un temple sacré pour tout bon théâtrophile : LA salle Richelieu, de la Comédie-Française, refaite à neuf et réouverte fin janvier après un peu plus d’un an de travaux. Pour voir une pièce figurant sur le podium des écrits de théâtre que je préfère : Antigone de Jean Anouilh. Une pièce que j’ai du lire 17 ou 18 fois au total et que je m’étais toujours refusée à aller voir sur scène, par peur d’être déçue, par peur de figer mon imaginaire aussi. Mais devant les critiques dithyrambiques entendues lors des représentations de l’an dernier, j’ai cédé sans grand peine à l’appel que constituait cette reprise de la pièce. Et à occasion spéciale, tenue spéciale, exit donc le jean et le pull en laine, place à la robe et au col en fausse fourrure. Une première fois, ça doit se vivre à fond. Pour marquer le coup, je suis même arrivée 30 minutes en avance (contre 3 minutes en moyenne dans les petites salles), ce qui m’a laissé le temps d’admirer le cadre, à commencer par le hall d’accueil, puis le superbe escalier, le foyer et la galerie des bustes. Avant de rentrer enfin dans la salle, et de prendre ma place, dans un très confortable fauteuil avec une place suffisante pour les jambes (point très appréciable).

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Je sais que je vous fais languir, mais pour moi, l’écrin valait que l’on s’y attarde. Les photos étant interdites à l’intérieur de la salle, je ne peux hélas pas vous en régaler. En revanche, je peux encourager tous les parisiens à s’y rendre. Les tarifs sont bien sûr élevés pour une place en orchestre, mais pour le prix d’une séance ciné en 3D sur les Champs-Elysées, vous avez accès à un deuxième balcon face sans aucun problème d’angle mort.

Il est donc grand temps maintenant de parler de notre héroïne, incarnée par Françoise Gillard, sortie tôt le matin, bravant l’interdiction de son oncle le roi Créon d’enterrer son frère Polynice, déclaré traître dans le combat doublement mortel livré contre son frère Etéocle. La jeune et fière Antigone, adulant son frère et armée de son sens inébranlable de la justice, va donc à son tour rentrer dans le cercle tragique et vicieux de la mort, car son oncle, malgré toute son obstination à la sauver, ne parviendra pas à infléchir sa détermination à se faire condamner.

L’interprétation de l’ensemble des personnages est extraordinaire. Si Créon, incarné par Bruno Raffaelli a ma préférence dans cette représentation de la tragédie, j’ai également été séduite par le relief donné à Ismène, la sœur d’Antigone, personnage secondaire que l’on voit ici prendre une dimension inattendue pour qui s’est contenté jusqu’alors du texte. Le Chœur et le personnage du Garde allant prévenir Créon puis amenant Antigone lors de sa seconde tentative pour recouvrir le corps de son frère, sont également étonnants.

Et Antigone, pensez-vous tout bas, que dire d’Antigone ? Je dois avouer que c’est là ma seule déception. Non pas parce que l’actrice ne soit pas à la hauteur, bien au contraire, elle est extraordinaire. L’énergie, l’intensité dramatique, la capacité à passer du garçon manqué à la jeune fille forte, puis à l’hésitante en passant par la femme-enfant et la donneuse de leçons de vie, tout fait que l’on doit saluer le travail fait. Seulement, elle n’est pas MON Antigone, cette femme dont les principes sont plus forts que tout que je voyais à 15 ans, cette grande amoureuse romantique d’Hémon, le fils de Créon, que je voyais à 18 ans, cette carnassière que je voyais à 25 ans, cette tête brûlée un peu fragile que je voyais à 28 ans, etc. Trop garçonne, trop naïve en présence de son amoureux, trop changeante dans ses humeurs, avec ce parti pris de la faire flirter régulièrement avec l’hystérie, le choix du metteur en scène (Marc Paquien) n’aurait pas été le mien. C’est aussi la beauté d’une pièce comme celle-ci, le fait qu’elle soit sujette à temps de sentiments possibles quant à la personne d’Antigone.

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Malgré toutes les appréhensions que je pouvais avoir par rapport à la confrontation avec l’histoire mise sur les planches, je suis séduite par ce que j’ai vu. Certes, je n’ai pas aperçu même de près MON héroïne. Mais cela sauve mon imaginaire. Et puis, grâce à cela, j’ai découvert l’importance de tous ceux qui gravitent autour d’elle, tout ce que chacun lui donne. Et cela enrichira sans nul doute mes prochaines relectures de ces mots si fabuleux.

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2 Réponses to “Antigone”

  1. eimelle 29 décembre 2013 à 00:21 #

    Moi qui aime bcp Antigone, j’ai tjs une appréhension aussi, heureusement, le texte permet d’oublier le reste s’il le faut!
    Bonne soirée!

    • plumechocolat 2 janvier 2014 à 11:53 #

      Bien sûr, c’est la difficulté de passer de la lecture à la mise en scène ou en films de l’œuvre, ce n’est jamais exactement conforme à son imaginaire. Mais ça peut tout de même l’enrichir.

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