Roméo et Juliette

20 Jan

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J’ai eu la chance jeudi d’assister à la Première de Roméo et Juliette grâce à une femme adorable, Christine, auteure du blog théâtral le théâtre côté cœur que je vous encourage vivement à lire régulièrement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, si l’on en juge à la foule présente à l’appel et par la joyeuse cohue qu’elle formait, la pièce était attendue. Je crois que l’ouvreuse du 2ème étage où je me trouvais, a dû courir l’équivalent d’un marathon en moins d’une heure, son record méritant de figurer dans le Guinness.

Comment d’ailleurs ne pas attendre une telle pièce ? Une œuvre majeure du Sieur Shakespeare mise en scène par Nicolas Briançon, désormais l’un des incontournables de la place parisienne, avec à l’affiche la jeune Ana Girardot, fille d’Hippolyte (non, pas celui de Phèdre, il faut suivre un peu là) et l’éphèbe Niels Schneider (qui plaît apparemment aux amatrices d’éphèbes de mon entourage, ne faisant pas partie de cette catégorie je ne fais que relayer). Le tout dans le joli Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec son superbe lustre brillant de mille reflets dorés. Une affiche plus que prometteuse, donc.

Etant moi-même généralement séduite par le travail de Briançon, je suis arrivée aussi réjouie que tous les spectateurs. J’avais été plus qu’enthousiaste par son adaptation dans la même salle du Songe d’une Nuit d’Eté. J’ai aussi eu la chance de le voir dans Volpone et dans Jacques et son maître , et je m’étais même traînée voir sa mise en scène du marquis de Sade, qui, malgré la conservation de 2 ou 3 monologues élevant le gore au rang d’art, était bien pensée. J’étais très curieuse de savoir ce qu’il allait faire de ce texte, dont la lecture pour ceux qui s’y sont livrés, n’est pas forcément des plus aisées. Ayant déjoué les pièges tendus par les transports en commun, me voici donc, installée en corbeille, avec une très bonne visibilité sur la scène, un a priori positif, une curiosité aiguisée, lorsque la pièce démarre enfin.

Et là, je dois avouer que la première heure a été longue. Peut-être parce que c’est une première et que les acteurs découvraient les réactions du public. Ou parce que la trame n’est pas encore bien tissée. Ou parce que le texte est complexe. Toujours est-il que je me suis surprise deux à trois fois à ne plus regarder que les placements et les mouvements des comédiens. Et puis, je n’ai pas eu l’impression de voir alors Roméo et Juliette, leur candeur, leur absolutisme, ces caractères qui finiront par les conduire à la fin tragique que vous connaissez tous. Globalement, donc, toute cette première partie est plutôt gaie et légère, visuellement sympathique, mais émotionnellement neutre. L’on commence enfin à rentrer un peu dans la pièce une fois les deux tourtereaux mariés par le frère Laurent (interprété par le très doué Bernard Malaka que j’ai découvert). Et surtout après la mort de Mercutio lors de son combat contre Tybalt, que Roméo tuera à son tour pour venger la mort de son ami.

A ce moment-là, j’ai en effet commencé à me laisser porter par ce qui se passait, la transformation un peu forcée de Roméo en homme par cet acte meurtrier, cette mue se poursuivant lors de sa nuit de noce avec la belle Juliette. Et puis surtout, contrainte par son père d’épouser Pâris, la belle ana-Juliette est impressionnante dans sa détresse comme dans ses tentatives de résistance à la volonté paternelle. Sa sensibilité s’épanouit alors et l’on se prend à y croire enfin un peu. Hélas, la peine mal jouée par ses parents et plus encore par Pâris devant son corps refroidi recasse à nouveau l’action. Seule Valérie Mairesse tire son épingle du jeu dans le rôle de la nourrice.

Quant à la mort des deux amants, elle est aussi encore un peu hésitante, quelques représentations seront nécessaires pour la parfaire. Mais cette fin réunissant l’ensemble des personnages en musique avec le bel orchestre – présent du début à la fin – parvient tout de même à créer l’émotion.

Pour résumer, il faut le dire, ma soirée fût agréable mais pas vraiment à la hauteur de mes attentes. D’abord parce que Briançon a fait du Briançon plutôt que du Shakespeare, conséquence de quoi ces amants de 14 ans paraissent tout de même un peu débridés pour leur âge (vous me pardonnerez je l’espère cette réaction de vieille réac romantique). Et puis que l’on n’y retrouve pas réellement l’âpreté qui transparaît à la lecture. Malgré tout, lorsque l’on a de beaux décors, de bons ingénieurs sons et lumières et quelques acteurs chevronnés, on se saurait se plaindre de sa soirée. Je vous incite donc à aller découvrir par vous-mêmes si vous en avez l’occasion.

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6 Réponses to “Roméo et Juliette”

  1. Madame Rêve 28 février 2014 à 14:06 #

    Voilà, tu décris exactement avec des explications plus fournies et plus explicites, ce que j’ai ressenti hier soir ! J’ai trouvé le temps un peu long, et, surtout, je n’ai pas été émue … Mais agréable moment tout de même !

  2. Anonyme 20 janvier 2014 à 11:59 #

    La critique de tous ceux qui auront eu la sagesse d’attendre que le spectacle mûrisse un peu, risque fort de vous désavouer… tant on ne se jette pas sur la 1ère, réservée aux amis, à ceux qui attendent la mise au monde émouvante d’un bébé encore grippé! Retournez-y! 🙂

    • plumechocolat 20 janvier 2014 à 12:08 #

      Remarquez que j’incite à y aller malgré les réserves exprimées. J’ai tout de même apprécié cette soirée et notamment les musiciens qui donnent un vrai relief à l’ensemble. Je sais aussi ce qu’est une première. Malgré tout, je continue à penser que le grand absent est Shakespeare.

  3. Léopoldine 20 janvier 2014 à 10:56 #

    on s’est croisé j’étais aussi au 2ème balcon !

    • plumechocolat 20 janvier 2014 à 11:46 #

      A quelle place ?

      • Léopoldine 20 janvier 2014 à 11:57 #

        on était au 3ème rang avec ma meilleure amie et heureusement on a pu se déplacer au 1er rang il restait 2 places ! Evidemment j’avais demandé la permission à l’ouvreuse

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