Eurydice

21 Jan

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Après avoir découvert Antigone sur scène au mois de décembre, il semblerait que je me lance dans un cycle Jean Anouilh, avec cette fois, le mythe d’Orphée et Eurydice revu par le dramaturge. Petit point mythologique obligatoire : lors du mariage d’Orphée, génie incontesté de la musique, avec la charmante Eurydice, la belle  se fait mordre par une vipère et atterrit fissa aux enfers. Orphée toujours follement éperdu parvient à endormir le Cerbère qui garde le royaume et parvient jusqu’à Hadès. Celui-ci, voyant sa détermination et son courage, lui permet de ramener sa belle à condition que leurs regards ne se croisent pas avant qu’ils ne soient  sortis des Enfers. Hélas, au dernier moment, l’homme faiblit et perd sa bien-aimée à jamais.

La pièce d’Anouilh mis en scène par le grand Jean-Laurent Cochet lui-même, fondateur des cours du même nom, nous plonge dans un décor de buffet de gare où défilent des artistes et comédiens. Orphée et son père d’abord, interprétés par Sam Richez et Jean-Laurent Cochet. A ce stade, je me dois de faire une parenthèse, parce que Sam Richez, le héros donc si vous avez à peu près suivi, me disait quelque chose sans que je parvienne à resituer le contexte. Sitôt sortie de la salle, me voilà donc à googliser le jeune homme et là, surprise : le rôle-titre n’est autre que Sam, le garçon-potiche de l’émission de Bataille et Fontaine Y’a que la vérité qui compte (je vous sens me juger d’avoir regardé une telle niaiserie, je vous comprends, mais que celui qui n’a jamais regardé ni le loft ni l’île de la tentation ni l’amour est dans le pré me jette la première savate).Bon donc Orphée joue du violon, son père se plaint et parle des rapports qualités-prix comparatifs de tous les buffets de gare de France et de Navarre et ils partent prendre leur train. C’est là qu’Eurydice, incarnée par la fragile et douce Norah Lehembre, entend la musique céleste et tombe éperdument amoureuse du héros. Là, elle laisse en plan Mathias – un gentil garçon de la troupe à qui elle accordait ses faveurs – sa mère et l’amant de sa mère pour partir vivre son amour tout neuf avec Orphée.

Les voici donc dans leur chambre d’hôtel, à savourer tendrement leur amour pur et frais lorsque le maître d’hôtel parvient à trouver un prétexte pour éloigner monsieur et glisser à la demoiselle un mot qui la fait pâlir d’effroi et saisir le premier prétexte pour quitter son amoureux et prendre le bus vers une destination l’éloignant de là. Le bus subit un accident, et voilà donc Eurydice aux Enfers et son preux chevalier à l’archet décomposé. Mais M. Henri, excellent Vincent Simon que j’espère revoir dans un autre rôle, surveillant les deux tourtereaux du coin de l’œil depuis le début, lui propose un marché : s’il passe la nuit avec sa fiancée sans la regarder, elle lui sera rendue. Orphée, voulant comprendre, lui demande des comptes sur sa fuite, et Eurydice lui explique que celle-ci est dûe aux menaces de révélation d’une liaison qu’elle aurait eue avec le régisseur Dulac. Ne sachant si cette liaison est vraie ou fausse, Orphée craque et se retourne pour lire la vérité dans les yeux de sa dulcinée. Signant ainsi la fin de leur histoire, mais nous donnant droit à une magnifique scène de jeu de la vérité dont personne ne sortira indemne.

L’ensemble de cette mise en scène est très agréable et l’on s’y laisse prendre, malgré le niveau inégal de certains des acteurs. Outre Monsieur Henri, j’ai beaucoup apprécié François Pouron, le garçon d’autel, ainsi que le couple tenant le bar, tous les deux parfaits dans des rôles essentiellement muets. Quant au couple d’amoureux, ils sont touchants par la tendresse qu’ils composent sur scène et par leur jeu simple qui sonne juste dans le contexte. Autour d’eux gravitent tous les autres, tous pris dans leur manège du quotidien que rien ne saurait troubler.

En résumé, une belle découverte que ce texte, qui confirme le talent d’Anouilh, porté à la scène avec humour et sobriété. Une pièce que je recommande pour les soirs gais comme pour les moins gais.

 

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