Je fais quoi avec tout ça ?

13 Fév

Supermarché

L’idée de ce billet me vient d’un événement mineur survenu récemment. Il y a quelques jours, un membre de mon entourage a en effet jugé bon de m’écrire pour me relayer certains échos qu’il avait eus de la part de certaines autres personnes qui bien entendu n’ont jamais été officiellement nommées, et qui montrait que je ne faisais pas à ces personnes la place qu’il conviendrait. La missive électronique contenait ensuite tout un tas de recommandations sur ce que je devrais changer, dire et ne pas dire à ces personnes et sur le temps que je devrais leur accorder (sans savoir desquelles il retournait précisément).

Face à ce genre de conseils bien intentionnés, certains savent prendre de la distance, d’autres plus sanguins ne se retiennent pas de coller une droite à l’importun (ou de déverser le dictionnaire des noms d’oiseaux par voie électronique). J’ai le malheur d’être trop sensible pour ne pas me sentir mise en cause, pas assez violente pour singer les gestes de certains joueurs de foot contrariés, et de ne pas disposer d’un temps infini me permettant de recopier trois lexiques de jurons. Donc me voilà, ayant lu cette liste d’accusations même pas déguisées et en très grande partie illégitimes, sommée de prendre acte et de changer (sans savoir précisément vis-à-vis de qui, si vous avez suivi). Comme une condamnation par un juge sans plainte de l’accusation et sans avoir été citée à comparaître. Et de ce fait profondément révoltée par cette espèce de paternalisme puant, et même, disons-le, au bord des larmes de ce que je vis comme une agression. D’où le titre de ce billet : lorsque l’on se trouve face à un cas dans lequel nous n’avons pas d’autre choix que d’accepter ce que l’autre impose, comment réagir ?

Des exemples comme celui-ci, il y en a des tas. Pour un certain nombre, nous savons fort heureusement relativiser et nous dire que tel ami est maladroit, que notre sœur qui a un caractère trop entier s’est un peu emballée en s’adressant à nous, ou que notre chef est sous pression au moment de boucler les comptes annuels et que cette virgule manquante n’est pas le drame du siècle. Mais il y en a hélas beaucoup d’autres où nous vivons mal l’impuissance de notre situation : untel qui ne nous parle plus sans que l’on comprenne pourquoi, notre copain qui décide de stopper la relation alors que l’on en est profondément éprise, la restructuration du service qui fait que l’on est séparés de nos collègues les plus sympas, l’annulation de notre week-end attendu depuis des mois pour cause de grève des aiguilleurs danois…. vous avez très certainement vécu plein de ces contrariétés-là. Et cela vous a rendu furieux(se) ou malheureux(se), mais en tout état de cause incapable de trouver la réaction qui soulage.

Le premier réflexe dans des cas est souvent le plus naturel au monde, celui de crier, de fondre en larmes, de taper du pied, de déchiqueter votre oreiller à force de nous acharner dessus (parce que frapper un oreiller fait moins mal que frapper un mur, et que vous vous voyez mal aller tabasser les aiguilleurs danois, d’autant plus que vous n’arriverez de fait jamais au Danemark). Après tout, si cela permet d’évacuer un peu le négatif, pourquoi pas, tant que vous ne franchissez pas la ligne rouge en débarquant dans le bureau du PDG pour lui dire que sa restructuration, c’est de la merde, ou en vous époumonant sous la fenêtre de votre ex jusqu’à ce que les voisins appellent la police pour vous faire taire. Le truc, c’est qu’une fois vos canaux lacrymaux et/ou vos poumons vidés, en général, vous avez certes un fugace moment de calme comme lorsque vous venez de nettoyer votre sol, mais il ne faudra pas longtemps avant que la poussière de vos ressentiments vienne se réaccumuler.

Pour ceux qui attendent une solution miracle, je préviens que je n’en ai pas. De fait, ces difficultés sont difficiles à gérer. Il y a des décisions ou des paroles, qui une fois prises ou dites, sont d’une manière ou d’une autre non révocables. Parce que l’occasion est passée, parce que la confiance est entaillée, parce que votre vieux pull tout crado est à l’heure qu’il est à la déchetterie. Ou parce que tout simplement votre dépit fait que vous préférez passer à autre chose que de vous battre pour atteindre le but initial, qui ne fait plus sens pour vous. Ces blessures mettent parfois du temps à cicatriser. C’est normal. Vouloir accélérer cela est vain. Refuser les points de suture lorsqu’ils peuvent aider l’est tout autant. Et des moyens de suturer, il y en a toujours, à commencer par dire son ressenti, à chaud si on en a besoin, mais surtout à froid. Dans mon exemple initial, j’ai dit franchement à ce cher individu trop intrusif que ses grandes leçons tirées de « on dit » rapportés par je ne sais qui m’avaient choquée et que j’estimais qu’il n’avait à aucun cas à intervenir dans des relations entre adultes parfaitement capables de se parler directement sans son intermédiaire. Mes propos n’effacent pas une distance mise désormais entre l’importun et moi ni la profonde conviction du caractère inadéquat de ce qu’il a déduit de tous ses ouï-dire. Néanmoins, ma réponse l’éclaire sur ce qu’il a déclenché en voulant m’apprendre comment me comporter face à certaines de nos connaissances communes. Et le fait de m’épancher à ce sujet auprès de connaissances non communes ayant l’extrême gentillesse et l’absolue patience de m’écouter m’a aussi permis de pouvoir monter cet infâme message en épingle dans un billet de blog qui va être lu par des dizaines de centaines de milliers de personnes (comprenez par 20 à 25 fidèles abonnés) donner à cet incident la place mineure qui doit raisonnablement être la sienne.

J’espère ne pas vous avoir heurtés en cette veille de fête des amoureux. Et pour finir sur une note positive, je dirais que plus souvent l’on vit intensément, plus souvent on se retrouve avec des bleus et des égratignures, mais plus souvent aussi on a de beaux souvenirs en mémoire. Donc n’hésitez pas à réserver ce week-end au Danemark, à nouer des relations avec d’autres ou à tenter d’imposer votre vieux pull crado à votre conjoint (euh ça, en fait si !).

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4 Réponses to “Je fais quoi avec tout ça ?”

  1. PYP 16 février 2014 à 16:03 #

    Simplement se rappeler que « Rien n’est plus important que de n’accorder aucune importance à ce qui n’a aucune importance »…

    • plumechocolat 16 février 2014 à 17:11 #

      Parfois, on voudrait que les choses n’aient aucune importance, mais nos sentiments semblent ne pas suivre notre raison…

      • PYP 16 février 2014 à 18:33 #

        Certes, mais rien que le fait de se poser la question permet parfois de relativiser l’importance d’un sujet.

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