Personnes sans personne

23 Fév

Personnes sans personne fait partie de ces pièces à part, trop rares, qui sont de nature à faire bouger les lignes et avancer des réflexions de fond. La pièce traite d’un sujet difficile, celui d’une femme subissant un viol à un arrêt de bus où attendent six autres personnes, sans qu’aucune n’intervienne pour arrêter le violeur. L’exercice est loin d’être facile, pour ne pas tomber ni dans l’insoutenable, ni dans le grossier. Et Julien Rey, auteur et metteur en scène, réussit brillamment cette pièce d’une intelligence et d’une sensibilité rares.

La première partie nous permet de découvrir ces sept personnages. Leur nom, leur histoire, leur personnalité, leurs rapports aux autres et notamment au sexe opposé. Leur vie affective actuelle et passée. Elle pourrait déjà en elle-même constituer une pièce, tant les portraits sont intelligents et bien dressés. Sept personnes qui parlent donc intimement d’elles, de leurs failles, de leurs espoirs, de leurs combats pour mener une vie normale après les épreuves qu’ils ont tous traversées ou vu des personnes très proches traverser. Une belle façon aussi de montrer que derrière les apparences, il n’existe pas de gens sans histoires.

Vient ensuite la scène centrale qui est celle de l’agression. Et de ces six inconnus qui laissent cet homme odieux s’en prendre à la femme tétanisée qui ne parvient pas à réagir. Et puis, nous assistons à l’après. Ce moment où, chacun, revenu chez lui, parle de ce qui s’est passé. La victime en premier, qui ne peut pas se remettre de ce qu’elle vient de vivre. Cette double atrocité du crime et de l’indifférence de tous ceux qui y assistent. Comme si par leur absence de réaction, ils niaient l’abomination de l’acte subi. Et puis, il y a les six autres qui n’ont rien fait. Et qui, chacun à sa manière, ne peut accepter ou reconnaître la part de responsabilité qui lui incombe du fait de ne pas être intervenu. Et se cherche des excuses, des circonstances atténuantes, des raisons de son manque de courage et de sens des responsabilités. Aucun d’eux n’arrivera à se donner tort, tandis que la femme, elle, reste prostrée dans sa souffrance. A aucun moment le spectacle ne porte de regard accusateur sur l’un ou sur l’autre. Il invite avant tout à réfléchir, à se questionner, à analyser tous ces comportements. Pour mieux se renvoyer à soi-même la question de notre capacité à faire cesser les agissements d’un agresseur lorsque nous le voyons et pouvons l’empêcher d’agir.

Avec une grande pudeur, un sens aigu de la psychologie et des comédiens très impliqués dans leur rôle, la compagnie les Ailes d’Andromède nous livre une pièce extrêmement bien construite qui permet de passer un moment vraiment mémorable et marquant. Un immense bravo pour ce spectacle de très grande qualité.

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