Projet Luciole

2 Mar

Ce soir, je vais créer une frustration chez vous en vous parlant d’une pièce qui n’est plus à l’affiche. J’aurais de ce fait tout aussi bien pu ne pas en parler, dans la mesure où aucune reprise ne semble prévue à ce jour. Enfin sait-on jamais. Elle mériterait d’être rejouée en tout cas. Mais j’ai quand même une bonne nouvelle : à défaut d’en voir la mise en scène, vous pourrez au moins lire ce texte dense et bien écrit, qui fait du bien au cerveau.

 Note du 17 novembre : j’ai bien fait de formuler ce vœu puisque la pièce est bien reprogrammée.

Le projet Luciole, puisque la pièce se nomme ainsi, c’est une rencontre de la philosophie avec le théâtre, une sorte de conférence philosophique comme l’introduit l’excellent acteur Nicolas Bouchaud à la première minute, listant l’ensemble des auteurs dont la pensée sera représentée à un moment ou à un autre de ce spectacle plein de magie. Avec comme fil rouge, ou plutôt comme fil vert luminescent, celui de la disparition réelle ou supposée des lucioles, ayant fait l’objet, entre autres de l’ouvrage « Survivance des lucioles » de Georges Didi-Huberman  (auteur que comme moi vous ne connaissiez certainement pas il y a encore  secondes, mais que vous pourrez désormais citer en prenant un air très supérieur la prochaine fois qu’un pseudo-intellectuel viendra vous jeter ses connaissances à la figure). La disparition des lucioles, qu’elle soit avérée ou non, vient ici comme métaphore de ce que le modernisme entraîne de disparitions tragiques avérées ou craintes dans le fabuleux monde de la pensée humaine (ou un truc dans ce goût-là, en tout cas cette phrase sonne assez bien et pourrait même faire croire que je suis capable de comprendre un concept philosophique).

Au cours de ce spectacle atypique, Nicolas Buchaud, doué d’un talent comique comme l’on en voit rarement, accompagné par la charmante et pétillante Judith Henry, nous décline donc différentes notions abordées par les penseurs contemporains, telles que l’Autrefois et le maintenant, l’expérience vécue ou le vécu de l’expérience, la lumière et l’obscurité, l’absence et l’absentéisme, et bien d’autres choses encore.  Dans une réelle dynamique de jeu qui donne un relief particulier aux pensées exprimées. Car le brillant texte de Nicolas Truong a ceci de particulier qu’il constitue une synthèse extraordinaire de tout un tas de références que ni vous ni moi n’aurions jamais eu la patience de lire intégralement, et qu’en plus, il est conçu pour le jeu (je peux vous le certifier didascalies à la pluie… euh non pardon à l’appui). La mise en espace, la musique et les décors font ainsi intégralement partie du raisonnement qui est tenu et de la place. L’on y voit ainsi des livres tomber. Des papiers phosphorescents briller dans le noir. L’on voit aussi Judith Henry inscrire la phrase « notre héritage n’est précédé d’aucun testament » sur papier fluorescent accroché à la table. Et puis surtout on voit ces deux comédiens se disputer puis se sauter dessus, s’affronter à distance puis se rapporcher avec tendresse, se titiller l’un l’autre, se répondre avec colère ou facétie, le tout dans une vaste célébration de la réflexion et de l’intelligence. Car c’est bien ce qu’est le projet Luciole. Une fête de la philosophie sur les planches. Une occasion unique de ne pas laisser son cerveau au vestiaire. Un anti-vaudeville où l’on rit pourtant autant qu’en voyant un Feydeau bien interprété. Un chemin éclairé par une armée de luciole dans la nuit noire. Toutes ces petites lumières qui se trouvaient dans la tête de l’auteur et qu’il a généreusement allumées pour nous. Avec l’appui de cet homme et de cette femme qu’il n’a certainement pas choisis au hasard tant ils sont faits pour cette facétie d’intellectuels non pédants.

Encore une fois, je suis désolée de vous frustrer. Mais j’ai vécu un moment de pur bonheur. J’avais envie d’en parler. Et de remercier les acteurs de ce joli projet, dont l’aventure mériterait de se poursuivre.

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Une Réponse to “Projet Luciole”

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  1. Pièces à l’affiche | plumechocolat - 18 novembre 2014

    […] Projet Luciole […]

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