Mécanique instable

10 Mar

Faire se rencontrer le théâtre et le monde de l’entreprise est de plus en plus fréquent, comme une sorte d’effet de mode amplifié par la crise. Au cours des dernières années, j’ai ainsi assisté à plusieurs de ces tentatives pour montrer la vie des employés de bureau vue par le monde de l’art. Et j’ai souvent été déçue, d’où mes réticences initiales à aller voir Mécanique Instable. Mais il se trouve que l’insistance de certaines personnes l’ayant vue m’a poussée à faire fi de mes préjugés. Et je les remercie d’avoir su me convaincre. Parce qu’il s’agit réellement d’une bonne pièce, avec un vrai travail de recherche, d’écriture, et de décryptage des jeux de pouvoir dans l’entreprise.

L’histoire est celle d’une PME à succès que le patron, Stéphane, décide de vendre au bout de dix ans, parce que son âme d’entrepreneur est tentée par de nouvelles expériences. Seulement, ses salariés vivent mal la perspective d’être rachetés, et petit à petit germe dans leur esprit l’idée de se constituer en SCOP (société coopérative, dont les salariés sont collectivement propriétaires et touchent donc tous une part égale des bénéfices). L’on assiste donc à tous les échanges et débats qui vont les amener à faire ce choix, alors même qu’ils sont peu convaincus au départ. Déjà, l’on y voit le poids des arguments, du charisme, de la conviction et de la détermination de ceux qui croient à l’idée dès le départ. Mais aussi les résistances, les contre-argumentations et les peurs qui s’expriment devant une décision difficile.

Quelques années plus tard, le succès est au rendez-vous, mais implique de ce fait d’opérer un choix stratégique de prime importance. Il est alors étonnant de voir à quel point un changement d’organisation a pu transformer chacun des employés, la plupart prenant davantage de responsabilités et d’assurance, certains restant en retrait, les caractères se révélant réellement différents dans le travail que lors du départ du patron-fondateur. Et puis, au bout de dix ans, de grosses difficultés se présentent et Stéphane, qui a échoué dans sa deuxième aventure, est rappelé. Comme employé cette fois. Avec cette réflexion intéressante sur l’importance accordée par chacun à son statut dans l’organisation. Et puis toutes ces tensions et mises en cause réciproques que l’échec suscite là où le succès permettait une cohésion de façade plus aisée.

A chaque étape de la vie de cette PME, donc, le metteur en scène Yann Reuzeau a fait le choix de mettre en avant les interactions, jeux de pouvoir, et les facteurs qui amenaient chacun à s’impliquer et se désimpliquer. Tout en veillant au réalisme des propos tenus. Parce que cette entreprise pourrait en effet réellement exister et faire les mêmes choix. Ou en faire d’autres qu’on nous laisse entrevoir. Avec dans chaque cas des conséquences différentes mais non négligeables. Et l’on se prend au jeu d’avoir envie de participer à ces débats sur l’avenir de la production et de l’offre. Sur les changements de postes ou d’équipes nécessaires pour préserver la cohésion. Sur la distribution ou le réinvestissement des bénéfices. Autant de points que l’on a souvent le sentiment de ne pas maîtriser dans son propre travail. En retraçant ainsi la vie d’une organisation sur plus de vingt ans, Mécanique instable réussit ainsi là où plusieurs ont péché par excès d’ambition et manque de connaissances.

En somme, pour quiconque s’intéresse à l’entreprise, à sa structure, aux choix stratégiques et à tout ce qui s’y passe, ce spectacle est une pépite à haut rendement, à voir sans tarder !

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