Nan mais tu comprends (pas)

13 Mar

laffoley 3

Amis lecteurs, vous êtes tous potentiellement des coupables en série, parce que, lorsque vous parlez, vous voulez que l’on vous comprenne. Et lorsque ce n’est pas le cas, vous n’arrivez généralement pas à réprimer un geste d’agacement (au mieux) ou de franche irritation (vous devenez tout rouge, vous vous agitez dans tous les sens, de la fumée vous sort des narines et vous sautez rageusement comme Joe Dalton à ses bonnes heures). Et puis, parfois, vous êtes celui qui n’a pas compris l’autre, et vous le regardez vociférer comme un fou furieux ou s’enfermer dans un mutisme dont il est plus difficile de le faire évader que d’Alcatraz. Le plus souvent, cette réaction vive et qui vous paraît (très légèrement) surdimensionnée arrive en plus de nulle part, alors que vous devisiez en toute tranquillité sans signe avant-coureur de la tension qui sévit tout d’un coup. Désireux de ne pas contrarier votre interlocuteur, vous lui demandez ce qui se passe, et c’est là, que, sur un ton méprisant, dépressif ou colérique, vous vous entendez dire ce fameux « nan, mais tu comprends pas ». Dans le cas de l’incompris notoire comme dans celui de l’agressé ignare, il est ainsi quelques principes simples qui méritent d’être posés, pour le bien de tous.

Il existe ainsi plusieurs situations où l’incompréhension a de fortes, voire d’immenses probabilités d’émerger :

  • Si l’explication n’est pas claire : cela paraît évident de prime abord, mais la réalité ne l’est pas autant. Imaginons ainsi qu’un passionné de finances discute avec une personne normale (il est communément admis en effet que la passion pour la finance est un signe avant-coureur de désordre mental). Sachant qu’il a à côté de lui un ignare qui le prend pour un doux-dingue (parce que malgré ce désordre mental latent, notre passionné a des éclairs de lucidité), il va tenter de lui expliquer une notion aussi ridiculement simple que celle du délit d’initié. De façon assez pédagogique pour que la personne croit revivre un remake de n’importe quel film américain des années 80 se déroulant dans le milieu de la finance. Seulement, à part se dire que tel acteur canonissime serait au top avec un costume cravate dans Wall Street 3, le concept devient vite trop embrouillé avec cette histoire de miser sur un effondrement des actions et les conséquences ravageuses que cela finit par avoir sur le PEA (un quoi ? un péheuha ? tu mâchonnes du chewing gum ou quoi ?) qui contient toutes les économies du père Michel (oui, il y a aussi un père Michel et des enfants Michel, ras-le-bol de ne parler que de la madone). Moralité : il y a trop de détails dans tout ça, vous vous y perdez, et le financier est très contrarié de ne pas avoir réussi à susciter l’intérêt, malgré tous les efforts faits pour rendre l’histoire ludique. C’est tout de même qu’a priori, ce qui est dit ne coule pas de source. Devant votre air dubitatif, ou si vous-mêmes êtes ce fameux financier, il est donc nécessaire de revenir à du basique. En gros, on te donne une info illégale qui rapporte plein d’argent (comme si on te révélait les 6 chiffres du loto du lendemain), tu t’en sers (en gros tu valides une grille avec ces 6 numéros + 15 autres pour que ça n’ait pas l’air trop suspect) et tu gagnes plein de de pognon. Bon, potentiellement, tu peux aussi te retrouver en prison. Au moins, dit comme ça, c’est limpide (plus que le PEA du père Michel).
  • Si ce n’est pas à la portée de celui ou celle qui écoute : dans le prolongement de l’explication pas claire, il y a la tentative d’expliquer quelque chose à quelqu’un qui n’est pas armé pour comprendre. Gardons ainsi notre financier et choisissons-lui pour acolyte un infirmier. Mettons que le financier ait très envie de parler des conventions de Bâle III (rien à voir avec le bal populaire de la ville de Troyes, c’est juste un vaste amas de règlementations incompréhensibles pour nous faire croire que ce qui s’est passé avec Madoff et Kerviel ne recommencera pas, pas davantage que Dexia ne refera de déficit de plusieurs milliards d’euros, entre autres banques dans son cas). Il est ainsi fort probable que l’infirmier d’une part s’en fiche totalement (et il aura raison), d’autre part qu’il faille une année complète pour qu’il commence à en saisir le quart de la moitié (certaines blogueuses que je ne nommerais pas ont essayé, elles ont fini par conclure qu’un truc aussi compliqué était très certainement une fumisterie à 2 balles). Cela dit, il est fort probable que l’infirmier lassé aura de quoi répliquer avec les doses de tel ou tel produit que l’on injecte ou pas et dans quels cas.
  • Si la chose n’est pas dite : pour un temps, laissons de côté le monde de la finance pour tempêter sur nous intéresser à nos amis les hommes. Spécialistes du mutisme spontané (la fameuse théorie de la grotte / caverne / abri antiatomique). Ainsi, la douce femelle meuble gentiment la conversation, tenant tendrement son amoureux par la main, quand soudain, celui-ci se fige, se détache, et marche au choix 3 mètres devant ou 5 mètres derrière. Cette réaction peut également arriver alors même que la charmante demoiselle/dame époussette le coussin du salon en lançant un soupir d’exaspération de le voir affalé sur le canapé pendant qu’elle essaie de rendre l’appartement à peu près propre. Bref, impossible de ramener l’homme à la raison, il est contrarié. Après avoir demandé 20 fois ce qui se passe, elle laisse tomber l’affaire et lui suggère de venir la trouver quand il aura fini de faire du boudin comme un gosse sera prêt à dire ce qui le contrarie. Le moment finit par venir, et là, grande surprise, il sort un truc du genre « tu comprends pas, c’est toi qui as pas voulu t’asseoir dans cette petite alcôve trop mignonne » ou « on avait dit que samedi on irait au ciné voir Hulk contre Godzilla ». Il se trouve que cette alcôve, l’amoureuse ne l’a pas vue quand il lui a fait un micro-signe pas clair pour qu’elle tourne la tête, et que le ciné, ils en avaient parlé le dimanche d’avant et que l’idée n’a pas ressurgi la veille ou le jour même, donc elle n’y a pas pensé, tout simplement. Parce que oui, si on n’exprime pas clairement ses désirs, la personne en face n’a pas de boule de cristal. De la même façon, si, à l’approche de votre anniversaire, votre meilleur ami vous demande ce que vous voulez, que vous répondez rien et que vous ne recevez pas une cafetière à dosettes en cadeau collectif, il ne faudra pas vous plaindre qu’il n’a pas compris.
  • Si comprendre ne veut pas dire comprendre mais approuver : après avoir écorné un peu l’image des hommes (enfin certains du moins), l’équité commande de s’en prendre un peu à celle des femmes (enfin également certaines, pas toutes). Prenons un après-midi entre filles où l’une d’entre elles, dont la vie affective pourrait inspirer un régiment de scénaristes de sitcoms, raconte à l’autre ses aventures des 6 dernières semaines (remonter plus loin serait aussi ambitieux que de vouloir comprendre les conventions Bâle III). Donc là, il y a Piotr, son mec officiel depuis cinq mois (mais ils sont intimes depuis huit mois, du temps où elle était avec Yannick, non mais si, tu sais bien, Yannick). Dans les cinq mois il y a eu déjà deux séparations durant lesquelles Bruno et Jonathan ont débarqué d’on ne sait pas trop où (Bruno, pas David, j’insiste). Là, elle continue à « voir » Bruno. L’autre copine lui dit gentiment, que tout de même, elle joue peut-être un peu avec le feu, et que Bruno s’étant en plus déjà fait tromper par son ex et ignorant l’existence de Piotr, il serait peut-être plus sain de ne pas le « voir ». Bien évidemment, l’autre copine n’est qu’une « frustrée jalouse qui n’est pas capable de comprendre ce qu’elle vit ». En fait, il s’agit juste de dire à la première qu’elle a raison de profiter de la vie et que l’on admire ses capacités en termes de gestion de planning. Toute marque d’empathie à l’égard de Bruno ou mise en garde sur le risque de propagation des chlamydiae est une preuve, non seulement d’incompréhension du fonctionnement et des besoins d’une femme, mais aussi d’un cruel manquement à l’amitié.
  • Si celui qui écoute n’a pas envie de comprendre : le refus de comprendre est le dernier cas courant que je développerai ici. Il est certainement plus courant que l’on ose l’imaginer, prêtant souvent de nobles intentions à celui à qui l’on s’adresse. D’ailleurs, nous-mêmes le pratiquons tous plus ou moins aussi. Parce que celui qui parle agace systématiquement celui qui écoute, ce dernier étant par conséquent totalement dénué d’empathie à l’égard de l’individu énervant. Ou parce que l’auditeur tient mordicus à son idée, même en ayant conscience qu’elle est potentiellement fausse. Ou parce qu’il est de mauvaise humeur et n’a envie de donner raison à personne. Ou parce que témoigner de la compréhension l’obligerait à prendre parti ou à s’engager dans une action qu’il n’a pas envie de mener. Là, toutes les méthodes de déclinaison de la mauvaise foi sont permises. Pour peu qu’elles soient crédibles bien sûr. Et pour celui qui prend la parole, tout l’enjeu est de savoir contrer ces mêmes techniques dont il lui arrive d’user. A défaut de consensus, le jeu peut procurer un certain amusement, en user sans en abuser est une saine distraction.

Et je profite de cette occasion pour présenter de bonne foi mes excuses aux financiers dont j’attends avec impatience qu’ils m’aident à comprendre la convention de Bâle Daquin. Bonne nuit à tous et toutes.

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