S’arrêter et regarder

19 Mar

Image

Bien que cet information n’ait aucun intérêt particulier pour vous, hier, j’ai eu l’occasion de voir une belle exposition de photos. Rassurez-vous (ou désolez-vous, enfin faites comme vous voulez), je ne vais pas vous en faire un compte-rendu complet, pas même partiel. Mais ce moment a été l’occasion de constater une nouvelle fois que, ce qui fait la force des clichés les plus réussis, c’est que l’homme ou la femme qui tient l’appareil, à un moment donné, a choisi de s’immobiliser en un point précis et d’immortaliser ce qui était sous ses yeux. Ou de laisser la vie se dérouler devant son objectif jusqu’à capter ce moment unique à ses yeux qu’il ou elle a immortalisé. La photo nécessite ainsi que le photographe soit à l’arrêt. Qu’il s’efface pour laisser place au sujet. Dans un second temps, ayant développé le cliché, la personne a le loisir de le contempler, de revivre l’émotion qui était la sienne à cet instant. Puis, un jour, ayant laissé les clichés s’entasser, le photographe les reprend tous pour les classer. Et se rend compte de la façon dont son regard, ses sujets de prédilection, sa technique aussi ont évolué.

Réfléchissant à cela, à cet art si particulier, qui s’inscrit à la fois dans l’instantanéité et dans l’atemporel, parfois dans l’intemporel, je me suis fait la remarque que nous sommes tous un peu photographes. Parfois, notre cerveau s’arrête, enregistre une image, un mot, une odeur, une sensation, et la mémorise.  A la fin de la journée / de la semaine / du mois, il fait revenir tous ces instantanés qui nous font relire ce laps de temps avec une autre vision que celle de chacun de ces petits moments. Et puis, si l’on va plus loin, que l’on rassemble l’ensemble de ses souvenirs, qu’on les classe, on voit généralement se dessiner les années passées, voir nos vies entières dans leurs ruptures et leurs continuités.

Du coup, j’ai eu envie de me livrer à cet exercice sur ma vie d’adulte (dont je situe le début à l’obtention de mon premier contrat de travail, en CDD je vous rassure) :

  • L’apprentissage de la vie active : à l’université, je croyais apprendre des choses qui me seraient utiles dans mon job (ça n’est pas totalement faux, j’ai appris quelques notions comptables, juridiques ou techniques qui ont fini par me servir). Et puis j’ai débarqué dans un autre monde, où j’étais là pour permettre à ta société de faire ses objectifs. Donc on m’a dit qu’il fallait faire tel ou tel truc, j’ai galéré, j’ai essayé de demander comment on fait sans passer pour une bleue, j’ai fini par trouver un collègue sympa et compatissant que je  dérangeais 35 fois par jour le temps de maîtriser à peu près les bases, suite à quoi on m’a demandé des trucs plus compliqués jusqu’à ce que, après quelques mois à transpirer, questionner, me tromper, refaire, me retromper, re-refaire, je maîtrise bien les choses. Et là, ô bonheur (en tout cas pour moi), j’ai vu arriver ce fameux CDI, comme Clé du Début de l’Indépendance (enfin au bout de 6 mois de période d’essai).
  • L’autonomie : mon super contrat en main, avec confirmation d’embauche dûment signée, je me suis précipitée vers les agences immobilières (oui, j’étais restée confortablement chez papa maman en CDD plutôt que d’emménager dans un « appartement » de 8m² sans ascenseur avec WC sur le palier, je suis atrocement faible) en pensant pouvoir louer un studio facilement. Et là, j’ai découvert la politique des agences : « Mais que vois-je, vous ne gagnez pas 4 fois le montant du loyer en net ! (air outré) ». Réprimant une envie de leur balancer mon dossier contenant mes 3 derniers bulletins de paie, mes antécédents judiciaires, mon carnet de vaccination, la caution de 5 adultes de race blanche de plus de 45 ans en parfaite santé et mes résultats au test de Rorsach en leur disant que si je gagnais cette somme-là, je ne visiterais pas leur 25m² au sol, 21m² loi Carrez, je suis restée patiente et ai tendu maintes fois ledit dossier. Et puis un jour, il a été accepté. Pour un 31m² (oui, tu as renoncé à louer à Paris intra-muros au profit d’un peu d’espace). Le début de la vraie autonomie. Pas celle de de la vie étudiante. Celle de quand tu es une jeune travailleuse avec un salaire chaque mois et un sens des responsabilités suffisant pour prendre soin de ton intérieur, ne serait-ce que pour récupérer tes 1500€ de caution à la sortie. L’autonomie, j’avoue, je n’ai pas eu de difficultés. Gérer le quotidien, j’ai toujours trouvé ça plutôt facile. Pour d’autres, c’est plus compliqué.

–          Trouver ses marques : une fois que bien chez moi, j’ai commencé à avoir envie de profiter des soirées et des week-ends. Seulement, les amis de la fac et du lycée avaient  pour un certain nombre évolué depuis qu’eux aussi étaient dans la vie active. Certains étaient partis bosser loin, d’autres s’étaient pacsés ou mariés après les études, d’autres avaient changé d’amis. Il est temps donc de se faire d’autres relations. Pour ma part, j’ai joué la carte associations locales pour connaître des gens pas loin. Et puis, petit à petit, la sauce a pris, mon cercle s’est élargi, ma vie s’est bien remplie, et là, il a fallu  apprendre à mettre le curseur. Avoir du temps pour les autres et pour moi, trouver l’équilibre, comprendre ce que j’aime (les bons restos) et ce que je n’aime pas (les soirées où tout le monde finit bourré et rentre à 3h du matin en semaine). Pour moi, ça a pris du temps. C’est toujours un peu compliqué parfois. Mais globalement ça va, je sais dire oui ou non.

  • Penser à sa vie sentimentale : aussi étrange que ça puisse paraître, avec un boulot prenant et des sorties fréquentes, la présence d’un homme ne m’a longtemps pas spécialement manqué. Et puis, j’ai commencé à y songer. Et à collectionner les fiascos. Juste parce que plaire me suffisait pour tomber dans les bras du premier loser quidam venu. Là aussi, il faut trouver ses marques. Aujourd’hui, je veux être bien accompagnée ou sans homme. Toute autre alternative est vouée au fiasco.
  • Construire des projets : là, c’est la grande étape. Après quelques années de vie professionnelle, avec quelques très bons amis et pas mal de copains très sympa, j’ai envie de plus. Sans forcément savoir quoi, mais quelque chose de plus. Des projets qui me tiennent à cœur. Qui me font grandir ou qui ont une utilité. Voir plus loin que dans un ou deux ans. Relever un défi. C’est l’étape du moment. On verra où elle me mène.

En relisant ces dernières années, je vois quelques succès, quelques échecs aussi, mais surtout une jeune femme timide qui a escaladé des murs et couru dans les prés qui les séparaient. Alors j’ai confiance. Je sais qu’au moindre doute, je peux m’arrêter et regarder. Savoir où j’en suis. Me réjouir de tous ces instantanés de vie qui viennent grossir la pile. Et aller en collecter d’autres.

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