Apportez ce dossier qui ne saurait attendre

2 Avr

Crédits photo : www.photo-libre.fr

Le 21ème siècle est celui de la vitesse. Qu’on le veuille ou non. On peut désormais aller de Paris à Toulouse en une heure d’avion, communiquer avec Pékin par visioconférence, utiliser un drone privé pour porter ses messages plutôt qu’un pigeon voyageurs et faire ses courses sans jamais se rendre dans un magasin. Il est donc logique que cette recherche de gain de temps impacte notre travail au quotidien. Ce qui n’est guère nouveau d’ailleurs. De tous temps, l’urgence a existé dans l’entreprise.

Simplement, le progrès technologique aidant, ce culte de l’urgence atteint un niveau qu’il n’avait pas auparavant. Parce que grâce à l’e-mail, il est possible de répondre à n’importe quelle question dans la minute suivant la réception et la lecture du message. Parce que nous avons aussi de supers logiciels capables de brasser des tas et des tas de données et de nous en ressortir de jolis documents avec des graphiques et/ou des textes complexes, là où auparavant, tout était rentré à la main, et calculé de manière artisanale. Parce qu’Internet nous permet d’avoir accès à des informations sur d’autres sociétés en un rien de temps, de trouver un synonyme grâce au super dictionnaire en ligne que nous avons placé en favori, ou de remplir tout un tas de paperasse sans avoir à décimer 3 forêts avant d’imprimer LE document sans erreur ni rature ni mot manquant.

Du coup, les repères ont tendance à être bousculés, et l’on passe sans arrêt d’un sujet à l’autre, parce que le client V. est super pressé vu qu’il a une réunion cet après-midi, que notre Chef veut cette information tout de suite parce qu’il est dans le RER et qu’il s’ennuie, parce que la collègue est dans la panade, il y a l’autre collègue qui est en réunion sur le site B et qui se trouve comme un con parce qu’il a oublié un tableau à l’imprimante et qu’il faudrait lui renvoyer urgemment. Bref, rien ne peut passer plus tard, et pourtant, l’emploi du temps du jour n’intégrait pas toutes ces demandes impromptues, et puis il y a surtout les conclusions du dossier P. à rendre demain. Pour lesquelles nous avons dégagé 3 heures de calme complet. Parce que pour rédiger ces conclusions, nous avons besoin de concentration.

Mais c’était sans compter sur ce besoin d’immédiateté qui est de plus en plus prégnant. Parce que par caprice, par facilité, par autorité ou habitude de se faire servir, chacun y va de sa petite demande et n’accepte pas qu’elle ne soit pas satisfaite dans les dix minutes. Nous aussi d’ailleurs, cela nous arrive, si nous regardons notre attitude sans œillères. La faisabilité technique semble justifier l’impatience, voire l’exigence de voir sa demande servie plus rapidement qu’un café au starbuck’s. Et pourtant, notre cerveau, lui, a besoin de temps pour intégrer l’information, pour ordonner les pensées qui s’y bousculent, pour réfléchir sur ce qu’il doit faire, pour formuler une réponse claire. Et ce jonglage permanent ne fait que le disperser, créant une tension le plus souvent inutile. Parce que, la plupart du temps, le client sait dès la veille qu’il aura besoin d’une information, votre chef peut s’acheter le journal pour passer le temps en RER, votre collègue aurait pu et dû vérifier qu’il avait son tableau sur lui et Machin qui nous rappelle pour la 4ème fois en 2 heures parce qu’il a besoin d’être rassuré ou parce qu’il ne veut pas faire l’effort de lire les 6 pages du contrat S. peut se débrouiller tout seul. Pour que nous puissions à la seule véritable priorité de cette demi-journée : nos conclusions à formuler impérativement pour celui qui a raisonnablement fixé un délai tenable et clair.

J’invite donc tous les esprits éclairés à apprendre d’une part à être plus autonomes lorsque cela leur est possible, d’autre part à anticiper les étapes nécessitant l’intervention d’autrui. Ce qui signifie au passage que les procrastinateurs pathologiques doivent apprendre soit à changer de comportement, soit à prendre sur eux plutôt qu’à déranger tout le monde à une heure de la deadline. Et que les maniaques de la mise sous pression doivent savoir lâcher du lest et demander moins de points intermédiaires, de manière à laisser leurs collègues ou subordonnés respirer. Ainsi, le monde se portera mieux, et surtout, on évitera une explosion de cervelles généralisée.

A bon entendeur, il est urgent que j’aille éteindre l’eau de ma tisane avant qu’elle ne s’évapore complètement.

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