Quand le temps manque vraiment

20 Avr

 Temps

Lecteurs et lectrices bien-aimés, si vous suivez ce blog régulièrement, vous avez sans doute remarqué que ces dernières semaines, je me suis montrée moins prolixe qu’à l’accoutumée. Non pas que je boudais ou que j’avais soudainement perdu le goût des mots. Simplement, je me suis trouvée à court de temps. Vous objecterez peut-être que j’ai l’air d’une hyperactive habituée à jongler entre travail, amis et autres activités et je ne peux pas le contester sans passer pour une fieffée menteuse. Cependant, il arrive que j’ai les yeux plus gros que le ventre (et ce malgré les réserves de chocolat qui se trouvent dans ce dernier). Ou que d’un coup, les priorités frappent toutes en même temps à ma porte et que je ne puisse dire non à aucune.

Ces dernières semaines ont ainsi été une épreuve de résistance comme je crois n’en avoir plus connu depuis pas loin de dix ans. Entre un gros surplus de travail et un coup d’accélérateur sur mes répétitions puis mes représentations de théâtre, j’ai eu l’impression de plonger en apnée avec une dose d’oxygène à peine suffisante pour tenir. Le tout pendant cinq semaines et un jour. 36 jours, ça peut paraître peu, mais c’est tout de même 10% du total de l’année. Il serait long et rébarbatif pour vous de détailler jour après jour ou semaine après semaine la genèse d’un épuisant marathon. Mais à compter du début de la 3ème semaine, la privation d’un des deux jours du week-end qui devait donc se poursuivre encore une vingtaine de jours a commencé à peser sérieusement sur ma forme et sur ma capacité à ne pas maudire mon réveille-matin et à bien l’entendre sonner en temps et en heure chaque jour. Le samedi, jour libre de cette semaine-là, m’a juste permis de reprendre souffle. Une grasse matinée, une bonne séance de shopping aux vertus curatives, j’allais passer la 4ème semaine brillamment. Hélas, mes plans furent quelque peu contrariés par des cernes qui se creusaient de plus en plus, d’autant que 2 soirs de la semaine furent tardivement consacrés aux répétitions.

Mais le plus difficile était à venir : 28ème jour, encore une demi-journée de travail à assurer le samedi tandis que le dimanche, 29ème jour, était consacré au théâtre. Fin de ce week-end sur les rotules avec un ultime défi : assurer la semaine en répétant de 20h à 23h45 le lundi, le mardi et le jeudi avant de jouer le vendredi, qui marquerait aussi (enfin) le début d’une semaine de vacances. Donc boucler ou transmettre tous mes dossiers proprement en n’ayant qu’une soirée possiblement libre pour cela. C’est là que j’ai réellement compris ce qu’était manquer de temps. Pour tout. Pour travailler, pour manger, pour se brosser les cheveux, pour dormir. Passer du lit au métro au bureau au métro à la scène en adaptant le cerveau à la situation. Ne pas vraiment savoir où l’on est. Juste y être. Suivre des indications données dans un laps de temps donné. Être à fond à chaque minute et vouloir s’écrouler à 0h30 à peine rentrée mais se trouver encore dans l’énergie insufflée par les planches. Tenir bon. Parce que c’est nécessaire. Parce qu’on a une conscience professionnelle et qu’on veut que les trains arrivent à l’heure (pas comme les métros que j’emprunte). Parce qu’on croit au spectacle que l’on va représenter. Parce que simplement on est jusqu’au-boutiste.

Seulement, quand on joue ses limites, il y a toujours ces moments de tension. Où l’on sent qu’on a mal ici ou là, qu’on laisse de côté l’important pour l’ultra-urgent, que l’on n’a plus le temps de s’écouter soi et plus l’énergie pour écouter les autres au-delà de ce qu’eux aussi ont d’ultra-urgent à dire. Où l’on est tout à la fois frustré de ce dont on se prive et entièrement tourné vers son but. Le dépassement de soi, cela implique aussi l’humilité. Laisser venir ce moment où l’on doit avouer qu’on ne pourra pas tout faire aussi bien que prévu ou voulu, malgré tous les moyens que l’on y met. Et voir une main ou une épaule qui se tend, qui comprend. Qui ne fait rien de plus que ça, qui ne fera pas votre travail pour vous, qui ne récitera pas vos répliques, mais qui est là. Cet encouragement dans la dernière ligne droite qui permet de finir la course. Pas en pole position, juste de la finir. Et d’être fière de ce que l’on a accompli mais penaude du prix payé. De ces cernes qui seraient en surplus du poids des valises à l’aéroport. Des choses que l’on aurait pu peaufiner. Des sourires que l’on n’a pas eus. Du peu de temps consacré à son matelas qui était malheureux tout seul. Des nerfs qui ont fini par lâcher et des larmes qui ont coulé. Mais pour un résultat qui en valait la chandelle. Un « quand on veut, on peut, mais on ne peut pas si l’on est seule ».

Tout cela n’occasionne pas de regrets. Expérimenter, c’est apprendre. Et une fois tous les dix ans, il est bon de réapprendre qu’une journée fait vraiment 24 heures. Cette leçon m’ayant appris à fermer mon camembert valait bien une grasse matinée sans doute…

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4 Réponses to “Quand le temps manque vraiment”

  1. phylloscopus 22 avril 2014 à 09:59 #

    Parce que notre finitude est plus belle que nos rêves de toute-puissance, merci pour ce partage tout d’humanité et d’humilité.

  2. charmithorinx 20 avril 2014 à 22:15 #

    tu es une femme hyperactive, avec des sentiments livrés au peuple de la websphère exprimant ta sensibilité … pour ma part , tu es une vivante copine de compagnie twitterienne ! j’espère pouvoir t’offrir un repas ou apéro avant que tu m’invites au théatre ! Je t’apprécie énormément …

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