La fille qui avait peur

18 Mai

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C’est l’histoire d’une fille qui avait peur. Elle avait peur de traverser la rue, parce que c’est dangereux une rue, même quand il y a un feu, et même si on regarde bien à droite et à gauche, on peut se faire écraser. Elle avait peur aussi quand les autres n’étaient pas à l’heure qu’il leur soit arrivé quelque chose. Elle avait peur que la maison explose si elle oubliait de fermer le gaz. Alors elle prenait beaucoup de précautions et très peu de risques.

La fille grandit et elle avait toujours peur. Elle avait compris que pour les voitures, on n’était pas à l’abri mais qu’il était rare qu’un accident arrive quand on regardait bien des deux côtés. Et puis que la maison n’allait pas exploser comme ça d’un coup. Et que beaucoup de gens étaient en retard, et qu’il ne devenait normal de s’en préoccuper qu’à compter d’un délai conséquent. Mais elle avait trouvé d’autres peurs pour l’occuper. La peur des piqûres de frelons en été, la peur qu’on se moque d’elle si elle était mal habillée, la peur d’avoir des mauvaises notes…Alors elle continuait à faire attention à tous les dangers et elle travaillait dur pour être une bonne élève.

Elle grandit encore, et les peurs changèrent encore. Elle s’efforçait d’avoir toujours le bon comportement pour éviter les dangers et pour qu’on l’apprécie. Et puis les années passèrent et malgré sa prudence et sa bonne volonté, elle ne pût pas tout anticiper. Elle eût quelques piqûres d’abeilles parce qu’elle ne regardait que les frelons, elle comprit que la géographie et tous ces noms à retenir, de villes, d’états et de couches atmosphériques ne rentreraient jamais dans sa tête et que la vie des vers de terre et des fougères ne parvenait pas à l’intéresser. Elle constata également que les autres n’appréciaient pas les gens qui ont toujours peur et n’osent jamais sortir du droit chemin. Mais d’un autre côté, elle avait bien en tête les avertissements des adultes autour d’elles qui lui disaient de respecter les règles et de faire bien attention. Et ces adultes paraissaient heureux avec leur philosophie.

Les années passèrent et elle devint adulte. Elle avait toujours peur. De déplaire. De revivre certains moments douloureux. Et des piqûres de frelons aussi. Mais elle avait quand même envie de se prouver à elle et aux autres qu’elle n’était pas une trouillarde, juste quelqu’un d’avisé. Alors, elle fit de nouvelles expériences. Certaines lui valurent des réussites, d’autres connurent le même succès que l’apprentissage des couches atmosphériques. Mais au final, ce n’était pas si grave. Un jour où elle avait connu un échec retentissant, une amie prononça cette parole qu’elle n’oublia pas : « tu es malheureuse aujourd’hui, mais tu te relèveras, on a tous en nous la faculté de surmonter ses chagrins ». Sur le coup, elle se dit que ce n’était pas vrai, qu’elle allait rester malheureuse, et puis cela se passa comme l’amie avait dit.

Après cet épisode, la jeune adulte réfléchit et réalisa qu’elle se privait de plein de bonnes choses par anticipation des effets négatifs, alors qu’elle avait autant de chances d’avoir les effets positifs. Et que même lorsqu’elle avait cherché à éviter tous les risques, certains imprévus lui étaient tombés dessus. Alors elle décida de faire un grand ménage de printemps de ses peurs et de garder celles qui pouvaient être utiles (la peur des piqûres de frelons étant la plus importante) et celles qui n’étaient pas réellement ses peurs à elle. Et elle se rendit compte que ce tri l’allégeait beaucoup et lui permettait de s’ouvrir à plein de nouveautés qui rendaient sa vie plus agréable et mille fois plus passionnante. Parfois, elle essaya aussi de dire aux autres que certaines de leurs peurs étaient inutiles, mais ils n’étaient pas forcément prêts à faire le tri, comme elle avec les piqûres de frelons, et elle savait qu’il fallait respecter cela. D’autres fois, on cherchait à lui faire comprendre qu’il fallait qu’elle craigne telle ou telle chose, et elle savait qu’il fallait résister à la pression même lorsque celle-ci était forte. Et que la peur la pire, c’est celle d’être soi. Alors, elle continua à agir avec naturel, avec vigilance mais sans catastrophisme. Un jour, elle décida de refaire le tri et vit le chemin accompli, toutes les choses qui lui avaient paru insurmontable et qu’elle avait accompli. Il restait des étapes à franchir, mais elle pouvait se féliciter.

Un jour, devisant avec une amie, qui elle aussi avait vaincu l’une de ses craintes, elle lui dit : « Non, tu n’as pas fait ça ? », et celle-ci eut une réponse de circonstance : « Si, j’en ai bien peur ! Et ça m’a fait un bien fou ». Et elles partirent d’un de ces fou rires que seules les aventures un peu folles peuvent provoquer.

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