Quand les femmes s’imaginent le prince charmant

27 Mai

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Après avoir un peu écorné les messieurs récemment à l’occasion d’une petite diatribe sur ceux d’entre eux que l’on peut qualifier de nazebroques, je tenais à rééquilibrer un peu les choses. Parce que je ne peux pas décemment aspirer à l’équité de traitement dans la vie professionnelle et estimer dès que je suis sortie de l’espace ouvert, que nous, femmes avons, toutes les vertus, tandis que les hommes seraient d’odieux lobbyistes exigeant tout de nous sans être prêts à lâcher sur rien. Je ne me ferai pas la voix de ce féminisme de mauvais aloi qui n’envisage le progrès que dans la lutte. Parce que, dans cette série de batailles que nous menons pour tenter de conquérir le cœur d’un preux chevalier, nous aussi avons (bien que ce trait de caractère soit très léger) une microscopique tendance à vouloir le fondant au chocolat (celui qui ne fait pas grossir), le pâtissier, ses tablettes de chocolat, et le cerveau d’Einstein. Une petite infiltration au cœur de nos idéaux s’impose donc, pour mieux comprendre ce que peuvent être nos aspirations amoureuses.

Parmi les désirs communément exprimés, il y a celui du bad boy. On pourrait croire que, passés 25 ans, ce garçon devient aussi attirant que ne l’est Justin Bieber pour un mélomane, et pourtant, le fantasme demeure. Se promener au bras de cet homme mystérieux et imprévisible qui sent bon l’aventure et dont le côté macho donne le sentiment d’être protégée (ceci tant que sa bad boy attitude ne se traduit pas en violence envers sa copine). La joie de vivre au jour le jour, d’avoir un mec qui soit un peu rock’n’roll, avec lequel demain est toujours différent d’aujourd’hui. Son assurance attire, ses tatouages excitent, son côté spontané fait voyager. Mais avoir un vrai bad boy qui va se battre à la première occasion, passe sa vie en pantalon baggy et en marcel, et n’a aucun projet d’avenir, ça, non. Le bad boy charmant a un travail fixe et si possible correctement rémunéré, n’est impliqué dans aucun trafic d’aucune sorte, et a des accès de spontanéité qui nous mènent en we dans les pubs des Pays-Bas ou sur les plages du Touquet. Et veille bien à ne pas laisser apparaître certains de ses tatouages lors des présentations à ses beaux-parents.

Incarnant la modernité 2.0, le geek est très tendance. Personnage cool, ayant la caractéristique d’avoir la quasi-garantie de l’emploi jusqu’en 2020 (et en plus bien rémunéré, ce qui lui confère un avantage majeur par rapport au bad boy, le vrai cette fois), il semble garantir une relation simple et sans prise de tête. Il s’habille comme un jeune avec des T-shirts cools, ce qui donne le sentiment, étant à ses côtés, de ne pas vieillir. Et en plus, il est toujours prêt à voler au secours de sa chère et tendre lorsqu’elle se débat avec son ordinateur ou son smartphone. Cependant, une femme veut un geek qui sache décrocher. Hors de question qu’il passe ses soirées à coder des trucs incompréhensibles, qu’il ne se promène jamais sans sa tablette + son ordinateur + ses 2 smartphones, ou passe leurs quelques dîners au restaurant à lui parler de Linux ou de la nouvelle appli qui permettra d’ordonner à la cafetière de fonctionner toute seule depuis son téléphone qui est posé à 2m de ladite cafetière. Pas question non plus qu’il aime les jeux en réseau et y passe ses week-ends au lieu de profiter du beau temps pour une ballade romantique au bord du lac. Bref, un homme avec uniquement les signes extérieurs de l’accro aux NTIC, mais connecté seulement de 9h à 20h en semaine et une heure par jour le samedi et le dimanche.

Autre objet de curiosité, le beau brun ténébreux au corps athlétique et à l’air impénétrable. Physiquement très attrayant, cet homme donne envie de relever le challenge de percer les mystères insondables qui se cachent derrière son air renfrogné énigmatique. Cet homme présente le double avantage d’être calme et de pouvoir faire bonne impression lorsque vous sortez avec lui en soirée. Son côté silencieux peut même passer pour un mélange de politesse et de réel intérêt pour ce que disent les personnes autour de lui. Mais le ténébreux dont une femme rêve est très éloquent lorsqu’il le faut, est aussi sensuel qu’un prof de salsa, et lorsqu’il se tait, c’est pour l’écouter avec attention en lui caressant doucement les cheveux. Et sous sa carapace qu’elle sera la première et la dernière à fendiller avant de la rompre se cache un grand jovial sensible, et certainement pas un éternel mutique qui rejette la société de consommation / le travail cette absurdité / le culte du corps (sauf le sien lorsque la femme se prosterne) / les vacances dans des lieux touristiques / les barbecues interminables l’été… (rayez les mentions inutiles). En résumé, l’apparence d’un homme inatteignable et raide comme une barre de fer avec un cœur en chamallow et une souplesse de maître yogi.

Figure de proue des demoiselles de la rive gauche, l’intellectuel est pour certaines le mâle idéal. Pas n’importe quel intellectuel cela dit, la coupe de Beigbeder est un peu incontournable, mais point ne faudrait qu’il étale sa culture avec snobisme comme les adeptes d’un certain magazine dont le nom commence par un terme désignant un écran LCD et finit par la dénomination d’une divinité hindoue (oui, j’ose faire des charades pourries au milieu de cet article éminemment sérieux). Ainsi, cet homme est une mine de connaissances, qui a tout lu de Jonathan Franzen à Guy Debord en passant par Kazuo Ishiguro et Michel Houellebecq Eric Reinhardt (oui, j’ose aussi vous balancer des noms d’auteurs que vous ne connaissez pas). Mais qui ne la ramène pas sur la contingence leibnizienne ou le concept d’esthétique à travers les âges, et qui, au contraire, valorise celle qui lui fait face, quand bien même ses références iraient d’un célèbre magazine dont le nom rime avec Arriba (et oui, en effet, je me permets en plus des rimes pourries) à Armistead Maupin sans passer par Duras ou Simone de Beauvoir. Et il va sans dire qu’intellectuel rime avec sensuel et qu’entre deux discussions à bâtons rompus sur un sujet maîtrisé par son aimée, il lui murmure à l’oreille des vers en italien, doux prélude à une soirée inoubliable (et censurée par la rédaction). En aucun cas, il ne passerait 3 heures à lui expliquer dans un bar tendance où l’on savoure des cocktails à 15€ les 10cl que l’amour s’éteindra inévitablement dans les trois ans et que l’on ne saurait trop s’impliquer, y compris en se promettant fidélité, ce principe d’un autre âge étant la négation de la liberté, fondement même du bonheur de l’être humain, comme l’a bien montré un grand philosophe de derrière les fagots (ceux-là même qui serviront de bûcher aux sentiments parce que mieux vaut se séparer dans un rituel symbolique expiatoire avant de se détester).

Dans un mélange d’éclair de lucidité et de complète lassitude suite à une série de relations chaotiques avec des idéaux sans doute trop élevés  (le manque de réalisme sur les inconvénients des hommes répondant à certains sociotypes ne saurait bien sûr être mis en cause), la femme se surprend parfois à désirer un gentil homme. Quelqu’un de doux, qui l’écoute, qui s’intéresse à ses goûts, lui laisse le choix des sorties régulièrement, qui ne traîne pas assez de valises pour remplir la soute d’un A 380 et qui soit disponible dans les années à venir, sans projet imminent de décollage pour Tombouctou dès lors que celle qui lui fait face évoque, même sans directement l’impliquer, l’envie d’avoir un jour des enfants. Presque un peu gentilhomme en somme, se montrant galant, respectueux, heureux d’être en présence de sa bien-aimée, et capable de planifier des activités communes plus d’une semaine à l’avance. Il ne faudrait pas pour autant que cet individu soit trop gentil, tirant vers le brave garçon, et limitant son univers à sa petite amie. Le gentil homme a aussi de la poigne, est souvent prévisible mais tout aussi souvent capable de la surprendre, gère les menus travaux et tout ce qui est administratif comme un pro mais avec des lunettes qui lui donnent l’air ultra sexy plutôt que celui du comptable de mairie d’une petite bourgade isolée et sans attendre de reconnaissance. Son sérieux ne l’empêche pas d’être facétieux et de fourmiller d’idées d’activités originales (il n’est pas du genre à sortir du « on fait comme tu veux » quand une femme lui demande ce qu’ils vont faire le soir même). Cet homme est donc un boute-en-train plein de surprises déguisé en gendre idéal.

Mais le vrai, l’authentique mâle charmant, est bien entendu celui qui mélange tous ces idéaux n’ayant absolument rien de fantasque : un gentil bad boy pro de l’informatique, intellectuel modeste au physique parfait de grand ténébreux.

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7 Réponses to “Quand les femmes s’imaginent le prince charmant”

  1. phylloscopus 13 juin 2014 à 11:50 #

    Serait-ce en somme que les femmes aiment les hommes bourrés de qualités et n’ayant aucun défaut, et surtout pas les défauts de leurs qualités ? 😉

    • plumechocolat 13 juin 2014 à 14:19 #

      En somme, un certain nombre de femmes sont probablement de ferventes adoratrices du tout-puissant qui croient à l’adage selon lequel « ce que femme veut, Dieu le veut ». Personnellement je suis réaliste : je veux juste un intellectuel curieux et ouvert d’esprit tout en ayant des convictions bien ancrées, absolument toujours de bonne humeur, qui comprenne immédiatement la moindre des mes pensées sans que j’ai besoin de la lui dire, qui fasse les massages comme personne, et qui sache trouver le juste équilibre en toute chose, et bien sûr d’une beauté inégalable mais qui jamais ô grand jamais ne jette un regard sans une autre femme sans se dire à quel point il a de la chance de m’avoir. Le réalisme quoi ;-).

  2. Paul B. 28 mai 2014 à 15:12 #

    La société CupidonCorp© a le regret de vous annoncer que l’article commandé n’est malheureusement plus disponible. Nous vous tiendrons informée en cas de réapprovisionnement fort improbable.
    Entre temps, nous attirons votre attention sur notre offre promotionnelle du mois : -40% sur le nazebroque. Satisfait ou remplacé !

  3. Chouyo 27 mai 2014 à 17:43 #

    Et avec un fessier sexy, charnu ce qu’il faut et affriolant dans son boxer !

    Oui les fesses ça compte, le Prince Charmant sans Fesses c’est un peu comme le Prince Jean sans Terres…

    (Premier commentaire ici, je tenais donc à intervenir avec fougue et fracas, c’est réussi je crois… #JeCoursMeCacher)

    • plumechocolat 30 mai 2014 à 16:19 #

      Pas de raison de te cacher, le brun ténébreux est encore plus prince charmant sous son costume élégant.

  4. NDEM 27 mai 2014 à 09:11 #

    Voilà une liste bien complète me semble-t-il des profils existants, y compris le dernier qui compile tous les autres! Un mec normal en somme!

    • plumechocolat 27 mai 2014 à 09:42 #

      Oui, le dernier est un profil que l’on trouve facilement… sur Pluton (d’après une rumeur non confirmée)

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