Clôture de l’amour

28 Mai

 Clôture de l’amour

 

Cela fait maintenant quelque temps que je ne vous ai pas parlé théâtre. Non pas parce que j’ai cessé d’y aller, mais parce que je n’y ai rien vu de suffisamment notable pour en parler. Jusqu’au week-end dernier où j’ai découvert « Clôture de l’amour » à la Folie Théâtre, charmant lieu situé dans une impasse du 11ème arrondissement, où l’on est toujours bien installé en attendant la représentation (autant le dire, la petite salle est peu confortable, tandis que la grande est assez agréable).

J’avais repéré la pièce il y a déjà quelque temps, mais, hasard du calendrier, l’occasion ne s’est présentée qu’une semaine avant que le spectacle ne s’arrête. Aussi ne puis-je que vous encourager, Franciliens, qu’à annuler toutes vos activités prévues pour vendredi et samedi soir pour aller vous faire votre impression par vous-même. Pour ma part, je suis restée totalement sans voix d’émerveillement, mais aussi de ce que cette représentation suscite comme émotions.

Le texte de Pascal Rambert est, comme vous pouvez le deviner, un écrit sur la rupture. Un homme, interprété par le ténébreux Régis Lionti, rentre chez lui où se trouve sa compagne et lui annonce froidement que leur relation est terminée. Brutalement même. Et il n’aura de cesse de lui expliquer avec une violence morale presque insoutenable qu’elle ne peut pas lutter contre cette décision, la détruisant intérieurement presque jusqu’à l’écroulement.

Mais la femme, dont les traits sont pris par la très sensible Margo Boch, est forte, talentueuse et intelligente comme il le souligne lui-même. Et elle va se relever et retourner cette violence contre celui qui l’a fait rentrer en elle. Décomposer ses paroles, le renvoyer à son attitude, soutenir sa froideur, et recouvrer sa fierté. Dans un jeu dont les deux sortiront inévitablement perdants.

L’originalité de la mise en scène tient à l’utilisation peu commune de la peinture, qui est presque comme un troisième acteur au milieu de ce qui finit par devenir un véritable tableau. Et aussi à l’implication totale des deux comédiens dans leur rôle, à la fois physique et morale. Et qui fond de cet homme qui se parle comme la pire des pourritures un personnage assez humain pour que l’on ne puisse pas tout à fait le détester. De même que la femme est assez sûre d’elle que l’on ne la plaint pas entièrement. Toute la subtilité et la richesse du spectacle réside dans cette capacité à faire passer ces nuances de caractère, à les rendre tout à la fois forts et faibles, inflexibles et éminemment fragiles. Et se dire des vérités atroces avec des mots qui rendent leur laideur presque esthétique. Le tout sans lâcher les pinceaux et les pots de peinture, en mettant autant de couleur partout sur la toile qui recouvre la scène qu’ils ont de noirceur en eux. Et avec des phrases qui résonnent inévitablement dans l’esprit du spectateur, parce qu’elles sont d’une justesse incroyable, le talent de l’auteur assurément, et aussi de la diction de ces deux jeunes créateurs-acteurs du spectacle qui je l’espère seront reconnus à leur juste valeur.

Un moment magistral de scène comme on a rarement l’occasion d’en voir. Au risque de me répéter, annulez vos soirées du we et allez remplir la salle, ils le méritent amplement (et vous aussi, vous méritez de les découvrir).

 

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