Le prochain train

11 Juil

            Retrouvez le prochain train au festival off d'Avignon 2014 au théâtre notre dame

Lorsqu’il y a quelques mois, l’auteur du prochain train m’a contactée grâce à la magie d’Internet pour me demander si je voulais bien lire sa pièce pour exprimer un avis, j’en ai été flattée et j’étais très curieuse. J’ignorais absolument tout du sujet, de la compagnie « Les Bandits de Grand-Moulin » et de ce que mon œil pouvait apporter. Tout ce que je peux dire aujourd’hui c’est que cette pièce m’a apporté à moi beaucoup d’émotions.

Le texte, je l’ai lu quasiment d’une traite. Le personnage de Vincent, workaholic déjà vieux en étant jeune, et si absorbé par son travail qu’il n’en voit plus les gens qui l’aiment avait quelque chose de percutant. Au début de la pièce, il a franchi cette frontière qui le rend tellement peu accessible et peu attentif à ceux qui l’entourent que son amie est obligée de lui envoyer un texto pour lui dire qu’elle le quitte. Pour autant, il n’est absolument pas, comme Karine, un hyperconnecté. Karine est la fille qu’il engage au bout de quelque temps pour lui créer une vie sociale virtuelle, un métier qui n’existe pas encore en soi, mais qui pourrait, pourquoi pas voir le jour : elle est donc plus ou moins consultante experte en création et gestion de profils virtuels sur les réseaux sociaux. A l’inverse de Vincent, plongé dans ses dossiers informatiques, elle ne cesse donc d’interagir. Mais toujours à distance.

Deux personnages atypiques donc, chacun très seul à sa manière et pourtant pas des marginaux : l’un comme l’autre ont un travail et restent au contact physique du monde mais sans savoir réellement communiquer. Et chacun des deux enfouit ses rêves et ses blessures sous une apparente normalité. Là est précisément la richesse et toute la finesse du prochain train, avoir su créer des caractères qui font réfléchir sans jamais faire pitié. Et aborder en une trentaine de pages et 1h30 de spectacle énormément de questions sur les relations humaines, familiales, les carapaces que l’on se crée, la capacité à se laisser toucher par ce que les autres vous donnent, chacun y verra certainement des thèmes, des phrases, des attitudes qui le toucheront.

Un texte fort donc, et qui surtout prend vraiment toute sa dimension une fois mis en scène. Parce que fin juin, pas loin de 6 mois après cette lecture, j’ai pu découvrir la version vivante à Ivry, interprétée avec énormément de subtilité par Stéphane Duguin et Jeanne Couppié. Et si l’on sentait déjà le potentiel des mots, celui-ci explose lorsqu’ils sont prononcés. Avec cette beauté des comédiens qui savent porter tous ces messages avec simplicité, en évitant tout moment de surjeu et en livrant l’essentiel, leur vérité et leur émotion. Un travail qui fait que, ne sachant pas tellement où tout cela allait mener, au départ, redécouvrant cette histoire un peu oubliée du fait du temps écoulé depuis sa découverte, je me suis laissée entraînée, avant d’être totalement portée par ce tout fait d’autant de petits détails que ceux que Karine invente sur l’existence de son employeur. Et d’être aussi marquée par la justesse de leurs traits de caractère, entre coups de gueule et colère rentrée, entre rires partagés et sourires nostalgiques. Un très joli moment de vie.

Si vous aimez vibrer, ressentir, et surtout ne pas sortir d’une salle de spectacle tout à fait comme vous y étiez entrés, n’hésitez pas à monter dans le prochain train.

Addendum

Comme cela peut parfois arriver lorsqu’une pièce est bien écrite, émouvante, et plaît à son public, le Prochain Train a changé de salle et aussi de casting. Ce sont désormais Elsa de Belilovsky et Bruno Hausler qui donnent corps à nos deux héros, dans une mise en scène de Laetitia Grimaldi, en contact et en accord sur son intention de direction avec l’auteur.  On retrouve ici l’essentiel de ce qui faisait la beauté et le plaisir à voir cette pièce précédemment.

Seulement, bien évidemment, les nouveaux acteurs apportent leur singularité et leur touche personnelle, et il est très agréable de voir le personnage de Karine prendre plus d’ampleur et de profondeur dans cette nouvelle version toujours aussi plaisante. Une bonne occasion de (re)découvrir ce spectacle.

Plus d’infos
• La Prochain train, jusqu’au 28 novembre 2015, du mercredi au samedi à 19h
• La Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, 75018 Paris
http://www.leprochaintrain.com/

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