Le méchant et le bienveillant

3 Sep

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Lecteur, lectrice, au cours de mon été, un phénomène que je connaissais déjà m’est apparu de façon plus flagrante encore qu’à l’accoutumée. Celui du méchant et du bienveillant. Le méchant étant en général celui qui s’intéresse à autrui pour mieux lui casser de l’aspartame sur la colonne vertébrale, et le bienveillant celui qui s’intéresse au même autrui juste parce qu’il juge cela normal. Cela ne veut pas dire que le second est un candide et qu’il aime tout le monde. Juste qu’il cherche à comprendre les autres et qu’il n’éprouve pas de plaisir à les écraser. Alors que le méchant, pour d’obscures raisons que toute ma bienveillante empathie n’a pas réussi à identifier, se sent grandi lorsqu’il parvient à rapetisser l’autre.


Mais quittons cette introduction théorico-philo-psychanalysante pour entrer dans l’observation empirico-technico-pratique réalisée in situ (oui, la rentrée professionnelle m’incite à me remettre au jargon, si vous n’avez rien compris, c’est normal, c’est le but de tout bon jargon). En résumé, observons ce qui se passe dans la réalité :


Gérer un simplet 
: je vous vois déjà objecter que le terme de simplet n’est pas d’une extrême bienveillance envers l’individu qui n’a guère de chance d’inventer un jour le robot à thé ou café qui viendra nous déposer directement le délicat breuvage issu de sa machinerie interne au lit. Mais il faut savoir aussi appeler les défauts par leurs noms, et il est hélas des gens pour qui ce qualificatif semble avoir été inventé.
Le bienveillant, donc, face au simplet, comprenant rapidement qu’il n’y a pas grand-chose à apprendre de cette personne, adoptera une attitude discrète, l’écoutant avec patience sans pour autant l’encourager à étaler ses opinions. Il prendra acte poliment et restera courtois le temps de la rencontre.

Le méchant, lui, voit dans le simplet une parfaite victime. Il fera donc en sorte que celui-ci  en raconte le plus possible à son auditoire, le plaçant en quelque sorte dans le rôle du con au dîner du même nom. Et dès que celui-ci ne pourra plus entendre, il rebondira sur chaque maladresse avec une délectation qui lui fera briller les yeux.

Se trouver face à une personne déguisée en sac à patate ou en guirlande lumineuse (au mieux) : là encore, la description de monsieur ou madame farfelu(e) n’est guère élogieuse. Mais il est des personnes qui n’ont pas reçu le gène du bon goût à leur naissance et qui n’ont pas non plus suivi de cours de rattrapage. Donc il arrive que, devant l’individu, vous vous sentiez pris(e) au dépourvu. Surtout lorsque vous sentez qu’il ou elle attend une réaction de votre part.

Le bienveillant fera son possible pour éluder toute remarque au sujet de la tenue vestimentaire incriminée. S’il se trouve réellement acculé, il tentera d’émettre une remarque ne laissant pas paraître l’euphémisme sur la coupe de la chemise ou du pantalon qui pourrait être plus ceci ou plus cela pour révéler pleinement le potentiel du mannequin d’un jour, ou sur le rose du foulard qui n’est peut-être pas nécessaire avec ce pantalon orange et kaki, cette chemise jaune et rouge et ce pull violet. 

Le méchant, devant pareille occasion, s’en donnera naturellement à cœur joie (pardonnez mon expression qui fleure le parfum des 1960s). Surtout s’il est plus ou moins explicitement invité à démonter l’accoutrement de son interlocuteur. Il pourrait même s’amuser à y aller 10cm² par 10cm², détaillant l’irrégularité des tâches kakis du pantalon ressemblant à des tests de Rorsach miniatures, soulignant que le jaune est une couleur déclarée importable depuis 50 ans et que le violet est passé de mode depuis au moins 3 mois et 10 jours (parce que le méchant peut s’y connaître en matière de mode), et que le foulard est un accessoire parfaitement inutile, quelle que soit la saison.


Valider un document à reprendre de A à Z
: imaginons une personne que l’on suppose de bonne volonté s’étant portée volontaire comme trésorière d’association, ou bien que vous soyez au bureau et ayez un rôle de supervision sur le travail d’un collègue. Il peut arriver que malgré le souhait de bien faire, les compétences ne suivent pas entièrement, et que chaque ligne des comptes ou chaque paragraphe ne soit qu’erreurq ou contresens. Il importe alors de trouver le moyen de faire passer le message, afin que la tâche soit effectuée de nouveau, et ce sans que vous ne soyez vous-même contraint de vous y coller.

Le bienveillant choisira naturellement la voie de la diplomatie, en prenant la personne à part, en l’encourageant, et en lui montrant point par point, en restant toujours d’un calme presque exemplaire, ce qu’il est nécessaire de changer. Il prendra même le temps de lui expliquer pour quelle raison son chiffre ou sa phrase est erroné. 

Le méchant ne prendra pas de gants pour gueuler un bon coup. Il ne prendra pas non plus en compte la présence ou l’absence d’autres membres de l’association ou salariés dans la salle. Il balancera d’un geste théâtral le papier sur l table, maculé de lignes barrées en rouge, et lui dira en hurlant que ce n’est ni fait ni à faire et qu’il a intérêt à reprendre ça fissa et sans erreur.


Le mot de travers 
: il arrive à tout le monde, et c’est toujours une expérience très désagréable, de recevoir une remarque très déplaisante et de surcroît totalement injustifiée. Tout gentil que l’on puisse être, il est alors difficile de passer outre et d’encaisser sans rien répliquer. Défendre son honneur et son intégrité sont des réflexes qui devraient être naturels. Mais il existe différentes méthodes pour ce faire.

le bienveillant, qui n’est donc pas un pur candide béat, va dire sans agressivité mais avec fermeté que la phrase prononcée était blessante et placer l’autre face à ses contradictions, en lui demandant sur quelles bases il fonde son affirmation. Si la personne n’en démord pas, il lui démontrera ses torts de façon objective et l’invitera à bien réfléchir aux conséquences de ses paroles. 

Le méchant ne s’encombrera pas de scrupules et ne cherchera pas à dialoguer. Se sentant accusé, il répliquera en lançant à la gueule de l’autre tout ce qu’il peut lui reprocher, des éléments les plus bénins au plus mesquins, allant même jusqu’à proférer les mêmes insultes mensongères dont il a été victime.


L’ami toujours en galère ou en train de se plaindre
: il est des gens dont la vie n’est objectivement pas catastrophique, mais dont la capacité à la prendre du mauvais côté pourrait avoir un côté presque fascinant s’ils ne s’adressaient pas à vous en cas de problème. Et l’accumulation de sollicitations finit par vous peser. D’autant que vous vous demandez comment il ou elle fait pour se placer toujours dans des situations aussi nulles, ou bien d’où vient cette inspiration inaltérable lorsqu’il s’agit de se lamenter sur leur sort. Mais puisque cela tombe sur vous, il faut bien leur répondre.
Le bienveillant fera donc preuve d’une grande empathie dans les premiers temps, puis plus distante dès lors qu’il aura cerné le personnage. Il essaiera alors de lui ouvrir les yeux sur les options plus raisonnables à prendre lorsque deux choix se présentent à lui, ou sur les aspects positifs qui pourraient lui permettre d’exprimer un peu plus de joie de vivre. 

Le méchant sera d’abord froid et circonspect, avant de témoigner d’une hostilité non masquée et de lui expliquer en termes peu diplomatiques en quoi il ou elle pollue tous ses proches et moins proches à aller chercher les problèmes ou tirer une tête de six pieds de long quand tout le monde se décarcasse pour lui / elle.

Des exemples il en existe bien d’autres, tant les petits et grands tracas causés par les autres peuvent se multiplier, d’ailleurs Sartre l’avait bien dit. Et il est vrai que l’idée de se défouler un bon coup avec hargne sur les pollueurs de bonne journée ne manque quelquefois pas de charme. Cela étant dit, si vous voulez éviter de vous retrouver un jour qualifié de sac à patate simplet infoutu de rendre un travail correct et toujours en train de se plaindre en insultant les autres à tort, sachez aussi mettre un peu de limonade dans votre diabolo.

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Une Réponse to “Le méchant et le bienveillant”

  1. Jean-Marie 4 septembre 2014 à 02:06 #

    C’est toujours un régal de te lire… surtout en vacances au fin fond de La Corrèze…. et çà pour le coup, c’est sincère !…. :))

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