Je suis catholique agnostique

4 Sep

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Je me suis très longtemps refusée à parler de religion sur ce blog. Parce que c’est très personnel la religion. Parce que ça déchaîne les passions. Parce que d’autres le font mieux que moi. Parce que ça vous colle une étiquette sur le front et que vous êtes supposé être plus comme ci ou moins comme ça de ce fait. Parce que l’on croit connaître vos opinions sur tel ou tel sujet. Parce que d’une manière ou d’une autre, que l’on soit hindou, athée, juif, musulman, bouddhiste, évangéliste, orthodoxe, protestant ou catholique, on doit en théorie obéir à certaines règles et désobéir à d’autres. Parce que je voulais éviter les éternels et interminables débats sur le voile, la Shoah et la contraception.

Toutes ces raisons de ne pas m’exprimer sont toujours bien présentes. Et pourtant, j’ai fini par avoir envie d’écrire sur le sujet. Parce que je n’ai aucune leçon à donner. Parce que je ne suis pas dans un schéma préétabli. Parce que je me forge mes opinions à partir de plein d’éléments différents, mais aussi à partir de celui-là. Parce que je considère que les règles comptent moins que les raisons pour lesquelles on les suit ou on les enfreint. Et puis parce que j’ai la naïveté de croire que l’on peut échanger plutôt que débattre voire se retrouver à couteaux tirés sur ce sujet.

Mon histoire avec la religion est simple. J’ai grandi dans une famille catholique fervente, au sein de laquelle la religion était une composante prégnante de nos identités. Un peu comme une double nationalité. Franco-catholique ou catholico-française donc. La prière du soir et la messe du dimanche rythmaient les semaines comme les heures de cours rythmaient les journées. Avec le plus grand naturel. Mes colonies de vacances avaient un prêtre comme chef de camp. A l’université, j’étais membre de l’aumônerie et ensuite, j’ai toujours été plus ou moins engagée dans des mouvements catholiques. Toujours avec le même naturel. Et avec le plaisir des rencontres et des amitiés, au gré des soirées, week-ends ou vacances. Et bien entendu avec cette dimension spirituelle, ce face à face avec celui que l’on nomme Dieu. Portée par la conviction de son existence et contente de ce dialogue qui se faisait dans ce que j’appelais prière. Et puis, petit à petit, le sentiment qu’il y avait quelqu’un quand je parlais (en réalité débitais un nombre incroyable de pensées hétéroclites) s’est estompé. Au début, je me disais que le Père, le Fils et le Saint-Esprit avaient décidé de se faire une petite virée entre hommes au Népal loin de toute boîte aux lettres / téléphone / connexion 4G. Et puis, ce voyage à l’autre bout du monde a semblé se prolonger, jusqu’au jour où j’ai constaté que j’ignorais totalement si je n’avais pas juste rêvé leur existence, un peu comme les amis imaginaires des petits enfants.

Pendant quelques mois, ce doute a été perturbant. Quand on a toujours grandi avec des repères et qu’ils disparaissent, il faut apprendre à vivre autrement. J’ai donc essayé de « retrouver » la foi. J’ai frappé à plusieurs portes (frappez et l’on vous ouvrira, pour reprendre une citation de la Bible) et reçu un accueil froid pouvant tourner à la franche hostilité. Avec des réponses à mes interrogations de deux ordres : « lis une phrase de l’évangile / récites telle prière et ça reviendra » ou « mais qu’est-ce que c’est que ces caprices / cette crise d’ado tardive ? ». J’ai parfois hésité entre le rire et les larmes. Et puis à force d’insister, j’ai malgré tout fini par avoir une discussion un peu plus constructive avec un moine.

C’est à partir de là (et je le prie de ne pas devenir tout rouge s’il me lit et se reconnaît sur ma mésinterprétation de ses propos alors qu’il souhaitait quand même que je retrouve les égarés du Népal) que j’ai décidé d’assumer mon agnosticisme. Parce que c’est un fait, j’ignore totalement si derrière la création du monde il y a le boson de Higgs ou un trio d’éleveurs de chèvres qui font fabriquer des pulls en cachemire par Marie, sa cousine Elizabeth et Marie-Madeleine. Peut-être qu’un jour, lors d’une randonnée, je les croiserai sur les canyons américains parce qu’ils auront choisi de déménager. Ou peut-être que leur trek prolongé n’est qu’un mythe comme ceux d’Athéna ou de Poséidon. Je vis donc aujourd’hui dans l’acceptation plénière de ces deux possibilités. En respectant ceux qui sont convaincus de l’une ou de l’autre. Sans jouer au pari de Pascal, parce que je ne crois pas plus à l’efficacité de la méthode Coué qu’au Grand Créateur de l’univers.

Malgré cela, je continue à me définir comme catholique. Ou au moins chrétienne. En théorie, je ne devrais pas parce que la foi est un impératif pour faire partie de la grande communauté de l’Eglise. Parmi toutes les règles que j’enfreins plus ou moins consciemment, il y a donc aussi celle-ci. Oser me proclamer ce que mon rapport au mythe trinitaire ne me permet pas. Pourtant j’ai quand même le catholicisme dans le sang. Parce qu’au-delà de Dieu, j’ai appris que la vie doit être guidée par l’amour et la charité, et que lorsqu’elle l’est, on est plus heureux. C’est une chose complexe à comprendre, d’abord parce que les notions d’amour et de charité ne sont pas les plus aisées, ni les moins exigeantes. Et qu’elles sont toutes les deux protéiformes pour ne rien arranger. Je ne tenterai donc même pas de les définir, je vous renvoie au petit R, au grand L, ou au savant monsieur W. Et puis, parce que même si monsieur le curé en parle au détour de l’un de ses sermons, la transmission de la parole biblique, son explication, l’apprentissage des bonnes façons de se retrouver en relation avec Dieu et, facteur déterminant, le temps passé à insister sur les dogmes et les règles, laissent peu de place pour ce qui est essentiel pour moi aujourd’hui. Et d’ailleurs, ces éléments essentiels l’étaient moins lorsque je me rendais à la messe dominicale. Parce qu’occupée moi aussi avec toutes les autres préoccupations liées à la religion, je l’étais moins par ce qui pouvait réellement me mouvoir au quotidien.

Aujourd’hui, j’ai le temps de penser à ce qui importe vraiment. Ce que je vis n’est pas une épreuve comme certains croyants avec lesquels j’ai discuté le pensent. Je ne suis pas tiraillée entre deux directions, avec un diablotin d’un côté et un angelot de l’autre (sauf lorsqu’il s’agit de céder ou non à la tentation d’une orgie de chocolat, mais c’est une autre affaire). Cela ne m’empêche pas de réfléchir, de me poser des questions ou de les poser à d’autres, parce que le sujet m’intéresse, mais avec beaucoup de sérénité. Je me concentre sur mon petit bonne femme de chemin. En essayant autant que possible d’être bienveillante, de rechercher l’authenticité dans mes relations aux autres et de tenter d’apporter mon caillou en cours de polissage au collier géant de l’harmonie entre les humains. Et puis, de tenter d’aimer ceux qui me sont proches avec le même naturel que j’en avais il y en a vingt ans à réciter des « notre Père » et « je vous salue Marie ».

Ce qui me fournit une excellente transition pour vous saluer, chers lecteurs.

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3 Réponses to “Je suis catholique agnostique”

  1. Comme une image 7 octobre 2014 à 19:33 #

    Je crois qu’une des phrases classiques de la liturgie catholique est « il est grand le mystère de la foi ».
    Pour moi, il n’est pas si grand ; notre croyance vient, le plus souvent, de notre éducation et parfois, comme dans ton cas, la réflexion personnelle prend le pas sur les préceptes et on réoriente sa croyance. Personnellement, mes parents sont tous les deux nés dans des familles cathos croyantes, assez vivement pour mon père, plus mollement pour ma mère, et mes parents ont « perdu » la foi à l’âge adulte, basculant vers quelque chose entre l’athéisme et l’agnosticisme. Par ailleurs j’ai observe qu’en se rapprochant de la mort, la tendance à croire à un « au-delà » va croissante – ce qui me paraît logique puisque ma conviction profonde est que les religions ont été créées par les hommes pour répondre à leur angoisse du néant, et mettre aussi un peu d’ordre social (« tu ne tueras point, tu ne convoiteras pas etc. »).

    Je ne peux pas aujourd’hui ni prouver l’existence de Dieu ni son absence. Ma conviction qu’il n’y a rien est donc de l’ordre de la foi (de la croyance) même si j’étaye cette foi de raisonnements que je considère rationnels et logiques.

    On notera que notre époque moderne manque sérieusement de faits concrets qui pourraient renverser la donne et faire de la population entière des croyants en un Dieu qui se serait enfin manifesté avec clarté. Les miracles qui font les saints du XXIe siècle ne sont hélas guère convaincants côté catholicisme, et quand on voit les crimes commis « au nom de Dieu » sans la moindre sanction divine, on se demande ce qu’il reste du message d’amour initial des religions du livre.

    Il y a un point sur lequel je ne suis pas d’accord avec toi, c’est quand tu dis « je considère que les règles comptent moins que les raisons pour lesquelles on les suit ou on les enfreint. » Je considère pour ma part que ce qui compte, ce sont les actes plus que les pensées. La crainte du châtiment divin devrait, quand on se dit croyant, dicter nos actes. Hélas, je ne fais que constater que le message central des religions monothéiste est piétiné avec le plus de vigueur par leurs plus ardents « défenseurs ».

    Je te rejoins pleinement en revanche dans ta conclusion.

  2. une catho progressiste 6 septembre 2014 à 21:48 #

    A reblogué ceci sur Blog d'une jeune catholique progressisteet a ajouté:
    Aeticle très intéressant à lire

  3. blogdemissbavarde 6 septembre 2014 à 14:54 #

    Je suis catholique non pratiquante, j’ai mes croyances elles juste sont différentes ! On nous éduque ou pas dans une religion, à nous d’évoluer avec ou sans ! Je le trouve bien moi ce post 🙂

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